Le Japon cible des baleines menacées dans le Pacifique Nord au nom de la « science »

Le Japon a soumis sa proposition à la Commission baleinière internationale (CBI) pour mener encore 12 ans d’expéditions prétendument scientifiques de chasse à la baleine dans le Pacifique Nord.Hier, vous êtes probablement passés à côté d’une information de taille sans vous en apercevoir. Alors que tous les regards étaient tournés vers les résultats des élections présidentielles américaines, le Japon en a profité pour faire passer en douce son plan pour massacrer plus de baleines au nom de la science.

Rien de mieux qu’un événement important pour faire passer les mauvaises nouvelles à la dérobée et autant vous dire que ces dernières nouvelles s’annoncent désastreuses, non seulement pour les baleines, mais aussi pour la science et la réputation mondiale du Japon.

Le Japon a en effet soumis une proposition à la Commission baleinière internationale (CBI) pour mener encore 12 ans d’expéditions prétendument scientifiques de chasse à la baleine dans le Pacifique Nord, alors que son programme précédent s’est terminé l’année dernière.

Précisons en outre que cette proposition vient s’ajouter aux expéditions de chasse à la baleine que le Japon mène déjà en Antarctique, alors que la plus haute cour de justice du monde, la Cour internationale de justice (CIJ), les avait jugées illégales en 2014, avant d’ordonner leur arrêt. Mais qu’à cela ne tienne, après avoir consenti à l’accalmie pendant un an, le gouvernement japonais a remis ses velléités sur le tapis.

Ce « nouveau » plan de chasse à la baleine prétendument scientifique dans le Pacifique Nord s’appuie sur les mêmes arguments fallacieux que le Japon utilise depuis des décennies pour s’adonner à cette pratique mortifère. Mais en réalité, il ne s’agit guère plus que d’un prétexte pour continuer de se livrer à la chasse commerciale, d’autant plus que le Japon a augmenté ses quotas de plus de 100 baleines par an, ce qui signifie que 3 700 baleines seront tuées au cours des 12 prochaines années dans le Pacifique Nord, en plus des 4 000 cétacés que le pays a l’intention de massacrer en Antarctique.

Mais plus préoccupante encore est l’augmentation du nombre de prises de rorquals boréaux, une espèce menacée, qui sont passées de 90 à 140 en un an. Le rorqual boréal est de loin l’espèce la plus valorisée sur le marché japonais. L’autre espèce de baleines ciblée est la baleine de Minke, dans les eaux du littoral japonais, mais aussi et surtout en haute mer, où elle est pêchée par des navires-usines, dans une zone identique à celle des rorquals boréaux.

Il est évident que le but de ces expéditions, loin d’être scientifique, est de rentabiliser au maximum la chasse à la baleine, car pêcher des baleines à forte valeur dans les mêmes endroits permet à la fois de réduire les coûts et d’augmenter les potentiels bénéfices des ventes de viande de baleine.

Le mois dernier, la CBI a adopté une proposition visant à instaurer de nouveaux processus pour renforcer l’examen des programmes scientifiques de chasse à la baleine et faire concorder les délais de soumissions des propositions avec les cycles de commissions bisannuelles. C’est pourquoi, la date de soumission de cette dernière proposition est particulièrement pernicieuse, dans la mesure où elle prévoit de commencer la chasse à la baleine dans le Pacifique Nord avant la tenue de la prochaine réunion de la CBI en 2018.

Ce nouveau camouflet aux réglementations internationales soulève la question suivante : comment doivent réagir les gouvernements pro-conservation pour y remédier ? Dans cette perspective, le recours aux institutions internationales semble devenir une réponse de plus en plus évidente. Malgré les efforts du Japon pour limiter l’éventualité d’un nouveau procès à la CIJ, les experts en droit international mandatés par IFAW ont prouvé qu’il existe des alternatives. Mais reste à savoir quel pays aura le courage de les endosser.

Il existe sinon une solution bien plus simple, à savoir que le Japon décide une bonne fois pour toutes de laisser tomber ses plans, qui ne sont autre qu’un pied-de-nez à la science et un désastre pour les baleines et l’image du pays dans le monde, et se mette à développer la petite mais florissante industrie de l’observation des baleines.

Le Japon soutient que son activité de chasse à la baleine bénéficie aux communautés du littoral. Mais l’observation des baleines leur offre une solution bien plus viable sur le long terme que l’industrie moribonde de la chasse à la baleine.

Les grands médias japonais remettent de plus en plus en question le bienfondé de ces expéditions prétendument « scientifiques » de chasse à la baleine.

Il est temps que le Japon y mette un terme définitif.

Matt Collis

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