Centre de Sauvetage et de protection des espèces sauvages — Inde
Près du parc national de kaziranga, une seule autoroute menace toute la faune sauvage.Braver les épreuves pour sauver des animaux sauvages
Braver les épreuves pour sauver des animaux sauvages
Dans le monde entier, des vétérinaires, des biologistes et des soigneurs consacrent leur vie à sauver des animaux sauvages en situation de détresse, avec un engagement sans faille, même lorsque l’issue est incertaine.
Mais le sauvetage d’animaux sauvages présente également d’autres facettes, moins visibles, plus complexes, et profondément humaines.

Mais le sauvetage d’animaux sauvages présente également d’autres facettes, moins visibles, plus complexes, et profondément humaines.
C’est à ces autres facettes que s’est récemment retrouvée confrontée notre équipe du centre pour la réhabilitation et la conservation des espèces sauvages (CWRC), en Inde, en recueillant un jeune rhinocéros en état d’extrême fragilité.
Un début de vie fragile
C’est en janvier dernier que les gardes forestiers du parc national de Kaziranga ont trouvé ce petit rhinocéros âgé de quelques jours à peine, seul dans les hautes herbes. Comme sa mère était introuvable et qu’il n’avait aucune chance de survivre seul, il a été confié au CWRC, une initiative conjointe du département des forêts de l’Assam, du Wildlife Trust of India (WTI) et d’IFAW.
Les cas comme celui-ci sont la raison d’être de ce centre. Chaque année, de jeunes animaux venus de tout le parc de Kaziranga se retrouvent séparés de leur mère à la suite d’inondations, de pressions sur les habitats ou de conflits aux abords du parc. Le CWRC leur prodigue des soins vétérinaires d’urgence et assure, lorsque cela est nécessaire, leur réhabilitation à long terme, dans l’espoir qu’ils puissent à terme être remis en liberté dans la nature.
La survie de ces jeunes animaux n’est jamais garantie, d’autant plus lorsqu’ils sont âgés d’à peine quelques jours, comme ce petit rhinocéros. Les chances de survie sont alors extrêmement minces. Les rhinocéros nouveau-nés ont besoin d’un lait spécial, appelé colostrum, que produit leur mère durant leurs tout premiers jours de vie et qui contient des anticorps essentiels pour assurer leur immunité précoce. Sans cet apport spécifique, les petits rhinocéros sont très vulnérables aux infections et à des complications digestives.

Une prise en charge complète, 24h sur 24
S’occuper d’un rhinocéros nouveau-né nécessite un suivi très rigoureux et beaucoup de patience. Les vétérinaires et les soigneurs du CWRC se relaient jour et nuit pour nourrir, soigner et veiller en permanence le jeune animal.
Le petit rhinocéros a été nourri au biberon avec un lait maternisé spécial, conçu en Inde, dont la composition nutritionnelle se rapproche le plus possible de celle du lait de rhinocéros. Les tétées étaient soigneusement dosées et administrées à intervalles fréquents afin de stabiliser les fonctions digestives du petit et lui fournir un apport énergétique constant. Au fil des jours, l’équipe a surveillé son hydratation, sa température corporelle, sa prise de poids et son comportement général afin d’évaluer si ses organes et son système digestif commençaient à se renforcer.
Peu à peu, le petit rhinocéros a commencé à montrer des signes encourageants. Il buvait goulûment au biberon et a commencé à manger de petites quantités de végétaux frais, signe que son système digestif commençait peut-être à s’adapter. Des évolutions comme celle-ci sont d’une importance capitale dans la réhabilitation d’animaux sauvages fragiles. Chaque petite amélioration montre que l’animal acquiert peu à peu la force nécessaire pour survivre.
Une équipe dévouée
Tous les animaux sauvés au CWRC doivent leur survie à une équipe de personnes dévouées, des héros de l’ombre qui font tout pour remettre ces animaux sur pied.
Pour ce petit rhinocéros, l’une de ces personnes a été le Dr Bhaskar Choudhury, un vétérinaire expérimenté du WTI spécialisé dans la prise en charge d’animaux sauvages, qui a consacré toute sa carrière à soigner des animaux blessés et orphelins dans le nord-est de l’Inde.
Le Dr Choudhury est resté aux côtés du petit rhinocéros pendant des semaines, surveillant son état de santé et adaptant les traitements au besoin. Il a passé tout ce temps loin de sa propre famille, consacrant ses journées et ses nuits au petit protégé, pour lui offrir une chance de survivre.
Plusieurs soigneurs du centre étaient également au chevet du jeune rhinocéros, préparant ses biberons, surveillant la température et l’humidité ambiantes, nettoyant les enclos (ce qui est nécessaire après chaque miction) et procurant la présence calme et familière à laquelle les jeunes animaux sont souvent très réceptifs.
Dans les centres de réhabilitation comme le CWRC, les animaux et leurs soigneurs peuvent nouer des liens très forts, qui rendent les moments difficiles particulièrement pénibles à supporter.

Quand le vent tourne
Hélas, malgré des semaines de soins intensifs, le petit rhinocéros n’a pas réussi à remonter la pente. Son organisme était encore trop jeune, ses systèmes immunitaire et digestif n’étaient pas encore assez développés pour qu’il puisse survivre à une séparation d’avec sa mère dès ses premiers jours de vie.
Après quarante jours de prise en charge au CWRC, il est décédé.
Dans le domaine du sauvetage d’animaux sauvages, ces échecs sont toujours difficiles à vivre. Pour les personnes qui ont passé des semaines à se battre pour la survie d’un animal, voir celui-ci décéder peut être particulièrement douloureux. Mais cela fait aussi partie du métier.
Lorsqu’un animal arrive au centre, rien n’est gagné d’avance. Même en bénéficiant de soins vétérinaires spécialisés, de techniques de réhabilitation de pointe et d’un dévouement sans faille, certains animaux ne parviennent pas à se remettre.
Pourquoi nous continuons de nous battre
Au cours des vingt dernières années, le CWRC a sauvé et soigné des milliers d’animaux déplacés dans tout l’Assam. Beaucoup ont pu être relâchés dans la nature, comme 25 rhinocéros orphelins qui évoluent aujourd’hui dans des habitats protégés et ont même donné naissance, à leur tour, à des petits.
Ces succès nécessitent le même engagement que celui dont a bénéficié le jeune rhinocéros décédé, un engagement porté par la conviction que chaque animal mérite une chance.
Lorsque l’on travaille dans le domaine de la conservation, les réussites et les échecs font partie du métier. Faire preuve de transparence à ce sujet, c’est rendre hommage aux animaux que nous nous efforçons de sauver et aux personnes qui consacrent leur vie à les protéger.
Chaque sauvetage, quelle que soit son issue, nous aide à améliorer les soins que nous prodiguons, à approfondir nos connaissances et à renforcer les systèmes de protection de la faune sauvage. Grâce à votre soutien, IFAW et ses partenaires à travers le monde continueront de sauver, de soigner et de réintroduire des animaux dans la nature, dans toute la mesure du possible.
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