Des cornes de rhinocéros seront vendues aux enchères par pur intérêt

Des rhinocéros africains en Afrique du sud.

MISE A JOUR - 28 août 2018 : La première vente aux enchères de cornes de rhinocéros en Afrique du Sud s'est terminée vendredi avec des ventes beaucoup moins importantes que prévu par l'éleveur de rhinocéros John Hume. Pour ce dernier, c'est le litige qu'il y a eu entre lui et le Département des affaires environnementales qui a découragé la participation aux enchères. Il a déclaré que ce ne serait que les premières ventes d'une longue série. IFAW se réjouit du faible volume vendu. Le Dr. Joseph Okori, directeur d'IFAW Afrique Australe a déclaré : « Autoriser la vente légale de corne de rhinocéros ne fera pas diminuer la demande. Tant qu'un marché légal existe, les criminels essaieront de blanchir les cornes afin de faire du profit. Actuellement, il n'existe pas de systèmes en Afrique du Sud ou ailleurs dans le monde qui proposent des vérifications suffisantes pour permettre de mettre un frein au commerce illégal et d'empêcher que des cornes issues du marché noir rejoignent le marché légal. Moins il y a de cornes de rhinocéros à vendre, mieux c'est. »

MISE A JOUR - 20 août 2018 : La justice sud-africaine a donné son feu vert pour la tenue cette semaine de cette vente aux enchères controversée de cornes de rhinocéros. Cette vente aura lieu mercredi 23 août. 

MISE A JOUR - 18 août 2017 : Cette vente va-t-elle vraiment avoir lieu ? L'éleveur de rhinocéros John Hume a obtenu le permis de mener cette vente de la part du Département des affaires environnementales mais n'a pas obtenu de document officiel l'attestant. Il a saisi en urgence vendredi la justice et la Haute Cour de Pretoria qui statuera avant dimanche.

 

Lundi prochain, une maison de vente aux enchères sud-africaine organisera la toute première vente aux enchères légale de cornes de rhinocéros du pays. Les cornes mises en ventes proviennent de la ferme de John Hume, le plus grand éleveur de rhinocéros d’Afrique du Sud.

Bien que cette vente concerne des cornes de rhinocéros élevés en Afrique du Sud, les acheteurs qu’elle cible ne sont pas nécessairement sud-africains. L’événement a en effet bénéficié d’une campagne marketing agressive et possède même un site internet dédié en anglais, ainsi qu’en vietnamien et en chinois. Le Vietnam et la Chine sont respectivement le premier et le deuxième plus gros consommateur de cornes de rhinocéros illégales, considérées à tort pour leurs soi-disant vertus thérapeutiques qui seraient capables de faire des miracles.

Les visées commerciales de M. Hume sont on ne peut plus claires et ne laissent plus de doute quant à ses motivations profondes. Si M. Hume prélève les cornes d’un cheptel de plus de 1 500 rhinocéros depuis plusieurs années, c’est bien dans la seule et unique intention de réaliser des profits qui pourraient s’élever à plusieurs millions de dollars. Même s’il s’en défend en avançant qu’une partie des fonds serait allouée à la protection de ses rhinocéros, le fondement même de son entreprise n’a aucune valeur de conservation. Il ne fait qu’agir en son propre intérêt et non au nom de la protection de l’une des espèces les plus menacées au monde.

Il n’existe pour l’heure aucun système en Afrique du Sud ou dans le monde qui soit suffisamment bien équilibré pour empêcher que les cornes de rhinocéros n’atterrissent sur le marché noir et n’alimentent le trafic d’animaux sauvages.

Pourtant, grâce à cette vente « légale » – rendue possible par la plus haute instance juridique d’Afrique du Sud, la cour constitutionnelle, qui a donné raison à M. Hume en annulant le moratoire imposé par le gouvernement en 2009 –, tout le monde peut désormais, s’il le veut, acheter et conserver des cornes de rhinocéros en Afrique du Sud, à condition d’en avoir le permis. Même si l’Afrique du Sud interdit le commerce international de cornes de rhinocéros, elle en autorise toutefois l’exportation à des fins non commerciales à tous les détenteurs d’un permis accordé par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES).

african rhino in south africa

Pour IFAW, il est totalement insensé que l’on puisse organiser une vente aux enchères, légale ou non, pour commercialiser les cornes de l’une des espèces emblématiques les plus menacées au monde.

À quelques jours de cette vente, nous espérons de tout cœur que le gouvernement sud-africain fait preuve d’une fermeté exemplaire dans le traitement des demandes de permis des propriétaires locaux, tout comme l’autorité de la CITES responsable des permis.

La mauvaise gouvernance dans les pays d’origine, de transit et de consommation pose déjà un frein à l’application de la loi en matière de commerce d’animaux sauvages et de produits dérivés. Nous n’avons donc aucune raison de penser que la régulation, la surveillance et le contrôle de cette vente aux enchères légale seront plus simples.

En moins de 10 ans, plus de 7 000 rhinocéros ont été sauvagement massacrés pour leurs cornes, notamment en Afrique du Sud, et au cours des six derniers mois, pas moins de 529 rhinocéros ont été chassés par des braconniers dans le pays. Les braconniers n’ont jamais autant fait preuve de violence qu’aujourd’hui et d’innombrables hommes et femmes ont sacrifié leur vie ou ont été blessés en protéger les rhinocéros.

Cette vente aux enchères s’en moque effrontément. C’est une honte.

 Joseph Okori 

A LIRE AUSSI : l'interview de Céline Sissler-Bienvenu, Directrice d'IFAW France et Afrique francophone, dans La Croix Comment mener la guerre au braconnage ? et dans la Libre.be 500 kilos de cornes de rhinocéros aux enchères: "Les réseaux de trafiquants sont puissants" (ENTRETIEN)

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