Matt Collis
« Les décisions politiques en matière de faune et de flore sauvages doivent faire partie intégrante des actions du gouvernement — elles ne sont pas optionnelles. »
Entre victoires et mises en garde, quel impact aura la dernière conférence de la CITES pour les animaux ?
Le message qui est ressorti de la dernière Conférence des Parties à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), à Samarcande (Ouzbékistan), est clair : la faune sauvage est en danger, et les dirigeants mondiaux savent qu’ils doivent agir.
À l’issue de deux semaines de négociations, les gouvernements se sont mis d’accord sur l’octroi de protections renforcées à des centaines d’espèces menacées par le commerce international. IFAW a salué cette série de décisions visant à mieux protéger la faune sauvage, en particulier les requins et les espèces touchées par le commerce d’animaux de compagnie exotiques.
Si la conférence s’est soldée par plusieurs victoires majeures, elle a également mis en exergue les pressions urgentes et croissantes auxquelles sont confrontées de nombreuses espèces.
Voici les principales victoires remportées lors de la dernière conférence de la CITES, ainsi que les mises en garde qui en ressortent.

De toutes les décisions prises lors de cette CoP20, l’une des plus importantes concerne l’inscription de plusieurs des espèces de requins et de raies les plus en danger au monde à l’Annexe I, qui correspond au plus haut niveau de protection de la CITES.
Le requin océanique à pointe blanche, en danger critique d’extinction, a été le premier requin à se voir accorder cette protection, qui était considérée comme « l’ultime espoir » de survie pour cette espèce. Malgré cette issue positive, l’espèce reste en danger d’extinction et il faudra beaucoup de temps pour que ses populations se rétablissent.
Les requins baleines (la plus grande espèce de poisson au monde), qui restent particulièrement menacés en raison du commerce de leurs ailerons, ont également été inscrits à l’Annexe I de la CITES, de même que les raies manta et les raies aigles géantes (mobulidés), dont les neuf espèces connues sont toutes menacées d’extinction (certaines ayant déjà perdu plus de 90 % de leur population). Les espèces inscrites à l’Annexe I ne peuvent faire l’objet d’aucun commerce international, ce qui pourrait permettre aux requins baleines et aux mobulidés de remonter la pente.
Les raies-guitares et les Rhinidae se sont vues imposer un quota annuel d'exportation nul, réduisant quasiment à néant tout commerce international légal.
Les requins hâ et les émissoles ont été inscrits à l’Annexe II pour la première fois, ce qui signifie que leur commerce sera désormais encadré et surveillé. Les mystérieux requins chagrins, prisés pour leur huile de foie qui est utilisée dans l’industrie cosmétique, ont également été inscrits à l’Annexe II.
Ces décisions marquent un tournant majeur pour certains des animaux marins les plus menacés au monde.

Face à plusieurs propositions visant à autoriser la vente des stocks de cornes de rhinocéros et d’ivoire d’éléphant de la Namibie, IFAW avait mis en garde contre toute tentative de réouverture du commerce de l’ivoire et des cornes de rhinocéros, qui reviendrait à offrir aux trafiquants exactement ce qu’ils recherchent : une couverture idéale pour blanchir des cornes et de l’ivoire illicites.
Braconnés depuis des dizaines d’années pour leurs cornes et leurs défenses, les éléphants et les rhinocéros sont aujourd’hui au bord de l’extinction. En 2008, la décision de la CITES d’autoriser la vente de stocks d’ivoire avait entraîné une hausse du braconnage, les trafiquants ayant profité du fait qu’il est difficile de déterminer si de l’ivoire provient d’une source légale ou illégale.
Les populations de girafes sont également en net déclin, touchées par ce que certains scientifiques appellent une « extinction silencieuse ». Jusqu’à récemment, l’ampleur du commerce international des produits dérivés des girafes demeurait pourtant relativement méconnue. Depuis l’inscription des girafes à la CITES, en 2018, les données recueillies permettent à présent d’établir que les produits dérivés de ces animaux (os, sculptures en os, peaux) font l’objet d’un important commerce, porté par la demande internationale. Lors de la CoP20 de la CITES, les gouvernements ont approuvé le maintien des protections vitales accordées aux girafes.
Les dirigeants mondiaux ont convenu que ces animaux sont déjà confrontés à de multiples menaces et que tout doit être fait pour les protéger.

La dernière conférence de la CITES a également permis d’acter des avancées majeures pour les animaux sauvages touchés par le commerce d’animaux de compagnie exotiques.
Sur les 51 propositions soumises lors de la conférence, douze concernaient des animaux sauvages touchés par le commerce d’animaux de compagnie. Ces douze propositions couvraient plus de 80 espèces, incluant notamment des reptiles, des primates, des oiseaux et des paresseux.
Jusqu’à présent, les conférences de la CITES portaient principalement sur des animaux commercialisés pour des parties ou des produits dérivés de leur corps, comme l’ivoire ou les cornes. La conférence de 2025 est allée au-delà, en tenant compte de la croissance de la demande d’animaux sauvages vivants (en particulier des reptiles et des oiseaux) commercialisés en tant qu’animaux de compagnie. Une tendance inquiétante qui met en péril la survie des populations sauvages de ces animaux à long terme.
Deux espèces de paresseux, le paresseux à deux doigts et le paresseux d’Hoffmann, ont été inscrites à l’Annexe II. Bien que les paresseux à deux doigts soient actuellement considérés comme une espèce de « préoccupation mineure » au niveau mondial, leurs populations sont menacées et connaissent un déclin inquiétant dans certains pays. Ces paresseux sont de plus en plus nombreux à être capturés dans leur milieu naturel pour être vendus en tant qu’animaux de compagnie exotiques ou servir d’attractions dans des cirques ou des zoos non contrôlés, en particulier aux États-Unis.
En ce qui concerne les oiseaux, le sporophile de Maximilien a été transféré de l’Annexe II à l’Annexe I et d’autres espèces de sporophiles ont été inscrites à l’Annexe II. Ces oiseaux connus pour leur superbe chant sont commercialisés dans le cadre de concours traditionnels de chants d’oiseaux. Or, la popularité croissante de ces événements a entraîné un déclin rapide de leurs populations.
Plusieurs reptiles, dont Caribicus warreni (une espèce de lézard), Bitis harenna et Bitis parviocula (deux espèces de serpent), Kinixys homeana (une espèce de tortue), ainsi que l’iguane marin et les iguanes terrestres des îles Galápagos, ont également été inscrits à l’Annexe I.
Les iguanes des Galápagos, que l’on ne trouve que sur les îles isolées de l’archipel des Galápagos, en Équateur, sont devenus des animaux de compagnie particulièrement prisés. Malgré les lois strictes de l’Équateur interdisant l’exportation commerciale d’iguanes, ces reptiles continuent d’être proposés à la vente sur des plateformes en ligne, en étant souvent faussement présentés comme provenant d’élevages.
Des protections renforcées ont également été accordées à Phyllurus amnicola et Phyllurus caudiannulatus, deux espèces de geckos endémiques d’Australie.
Si de nombreuses espèces se sont vu accorder des protections lors de cette conférence de la CITES, il en est également ressorti que le marché mondial des animaux de compagnie est aujourd’hui profondément gangréné par le trafic d’espèces sauvages.
Toutes les propositions soumises lors de cette conférence n’ont pas abouti. L’inscription de plusieurs espèces de tarentules d’Amérique du Sud à l’Annexe II, par exemple, n’a pas été acceptée, alors que les espèces concernées sont de plus en plus menacées par le commerce international.
Quoi qu’il en soit, cette dernière conférence de la CITES a débouché sur bien plus de victoires que d’échecs.

Chaque nouvelle inscription, chaque nouvelle réglementation, chaque vide juridique comblé ont des conséquences bien réelles pour la faune sauvage. Du plus minuscule des geckos aux plus grands des requins, les espèces poussées au bord de l’extinction par la demande humaine se voient enfin accorder les protections nécessaires.
Mais le chemin est encore long.
Au cours des années à venir, IFAW ne compte pas s’arrêter là : nous continuerons de travailler avec les gouvernements, les communautés locales et nos partenaires afin de veiller à ce que les décisions de la CITES débouchent sur des actions concrètes, pour les animaux terrestres comme pour les animaux marins, et nous continuerons de plaider en faveur de protections renforcées.
Matt Collis
« Les décisions politiques en matière de faune et de flore sauvages doivent faire partie intégrante des actions du gouvernement — elles ne sont pas optionnelles. »
Conventions et accords politiques - International
La protection de la faune et des habitats est garantie par des accords internationauxCommuniqué de presse
CoP20 de la CITES : Les iguanes des Galápagos obtiennent la protection la plus élevée possible
En savoir plusCommuniqué de presse
CoP20 de la CITES : Deux espèces de paresseux mieux protégés contre leur commerce
En savoir plusCommuniqué de presse
Les dirigeants mondiaux s'unissent pour lutter contre le commerce des NAC
En savoir plusSans vous, nous ne pouvons rien faire. Le moindre don peut nous aider à protéger les animaux. N’hésitez plus.
Unfortunately, the browser you use is outdated and does not allow you to display the site correctly. Please install any of the modern browsers, for example:
Google Chrome Firefox Safari