Vente de cornes de rhinocéros en Afrique du Sud : un massacre au nom du profit

Lundi, 21 Août, 2017
Le Cap, Afrique du Sud

La justice sud-africaine a donné son feu vert pour la tenue cette semaine d’une vente aux enchères controversée de cornes de rhinocéros. Les experts dénoncent la toute première vente aux enchères de cornes de rhinocéros organisée légalement en Afrique du Sud. Selon eux, elle ne profitera qu’à quelques personnes et ne fera qu’accélérer l’extinction de l’une des espèces les plus menacées au monde.

 « Cette vente de cornes de rhinocéros est totalement inadmissible », s’ indigne le Dr Joseph Okori, directeur régional Afrique Australe d’IFAW et expert de la conservation des rhinocéros. « Elle a lieu uniquement pour satisfaire la cupidité d’un homme qui ne fait qu’apporter de l’eau au moulin des braconniers et des trafiquants d’animaux sauvages. Il ignore totalement que plus de 7 000 rhinocéros ont été massacrés pour leurs cornes en moins de 10 ans et que cela a coûté la vie à d’innombrables rangers, qui se sont sacrifiés pour protéger l’espèce. »

La vente commencera aujourd’hui- lundi 21 août sur internet et est organisée par l’agence Van’s Auctions. Les cornes proviennent de la ferme de John Hume, le plus gros éleveur de rhinocéros d’Afrique du Sud. John Hume possède en effet un cheptel d’environ 1 500 rhinocéros et récupère depuis quelques années les cornes de ses rhinocéros dans l’intention de les vendre pour réaliser des profits. Le nombre de cornes qu’il compte vendre lors de cette vente aux enchères n’a pas encore été annoncé.

Des publicités en anglais, en chinois et en vietnamien ont été diffusées sur internet pour faire la promotion de la vente aux enchères. Or les marchés les plus porteurs pour le trafic de cornes de rhinocéros sont justement le Vietnam et la Chine, où la corne est utilisée pour ses soi-disant vertus thérapeutiques.

« D’après John Hume, les profits qu’il tirera de la vente de cornes de rhinocéros lui permettront de mieux protéger son cheptel. Mais le fait que cette vente cible obstinément les plus gros marchés consommateurs de corne de rhinocéros mettent en doute les intentions de M. Hume. Nous pensons que seul le profit l’attire et qu’il n’agit aucunement dans l’intérêt de la conservation », a ajouté le Dr Okori.

« Légaliser la vente de cornes de rhinocéros ne réduira pas la demande. Tant que les marchés légaux existeront, les criminels tenteront de blanchir les cornes pour s’enrichir. Actuellement, il n’existe aucun système en Afrique du Sud ou dans le monde suffisamment bien équilibré et capable d’empêcher que les cornes de rhinocéros n’atterrissent sur le marché noir et n’alimentent le trafic d’animaux sauvages. »

Cette vente aux enchères est la toute première vente de cornes de rhinocéros que l’Afrique du Sud autorise. Le gouvernement sud-africain avait suspendu le commerce en 2009, mais en 2015 John Hume a obtenu un arrêt de la cour constitutionnelle invalidant cette suspension. Pour avoir le droit de posséder des cornes de rhinocéros, les acheteurs doivent obtenir un permis, et le commerce international est totalement interdit. Toutefois, l’exportation internationale à des fins non commerciales est autorisées, à condition pour cela de se procurer un permis auprès de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES).

« Nous espérons que le gouvernement sud-africain saura faire preuve d’une fermeté exemplaire dans le traitement des demandes de permis des propriétaires locaux, tout comme l’autorité de la CITES responsable des permis », a déclaré le Dr Okori.

« La mauvaise gouvernance dans les pays d’origine, de transit et de consommation pose déjà un frein à l’application de la loi en matière de commerce d’animaux sauvages et de produits dérivés. Nous n’avons aucune raison de penser que la régulation, la surveillance et le contrôle du commerce de cornes de rhinocéros seront plus simples. »

En 2007, 13 rhinocéros ont été victimes du braconnage, ce qui élève à 1 054 le nombre de rhinocéros tués en 2016. Dans son rapport de progression sur la Gestion stratégique intégrée des populations de rhinocéros publié en juillet 2017, le ministère de l’Environnement sud-africain a déclaré que 529 rhinocéros avaient été chassés par des braconniers entre le 1er janvier et le 30 juin 2017.

FIN

Note aux éditeurs : La toute première vente aux enchères de cornes de rhinocéros autorisée par l’Afrique du Sud se déroulera sur internet du 21 au 24 août 2017 et sera suivie d’une vente physique le mardi 19 septembre.

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