Un an plus tard, que deviennent les éléphants de Daloa ?

Voici presque un an, jour pour jour, que les éléphants de Daloa ont rejoint le parc national d’Azagny. Un an déjà que cette mission éléphantesque a eu lieu alors faisons un petit retour sur les faits : 18 mois durant, à la demande des autorités ivoiriennes, en accord avec elles et selon les risques évalués avec celles-ci, IFAW a préparé le déplacement d’un groupe d’éléphants entrant en conflit avec les populations locales de la région de Daloa. C’est là que les pachydermes avaient élu domicile après avoir été contraints de fuir leur habitat d’origine, la parc national de la Marahoué, occupé aujourd’hui à plus de 80% par l’homme.

Selon le protocole d’accord -lequel établit les obligations de chaque partie- signé par IFAW et le Gouvernement de la République de Côte d’Ivoire représenté par le Ministère des Eaux et Forêts (MINEF) et le Ministère de l’Environnement, de la Salubrité urbaine et du Développement durable (MINESUDD),  IFAW avait à charge de : déplacer les éléphants de Daloa vers le parc national d’Azagny, déployer une équipe d’experts spécialisés dans le déplacement d’animaux sauvages, (notamment d’éléphants) pour réaliser l’opération dans son intégralité, financer la construction et la location, en Côte d’Ivoire, du matériel nécessaire à la capture, au transport et au relâcher des éléphants de Daloa au Parc National d’Azagny et enfin former les agents techniques et les vétérinaires ivoiriens qui ont participé à l’opération et ceux chargés du suivi des éléphants déplacés.

C’est donc aux dates fixées par le protocole d’accord qu’IFAW a effectué le déplacement des éléphants de Daloa vers le Parc National d’Azagny, avec l’appui d’un agent de liaison expérimenté dans le domaine de la faune et des aires protégées, capable d’analyser, de transmettre et d’interpréter des données et des informations. Le  MINEF a assuré la sécurisation des sites de capture à Daloa, mis en place des cordons de sécurité, informé les populations locales en amont et escorté le convoi transportant les animaux.

Le  MINESUDD, en charge du Parc national d’Azagny qui a accueilli les éléphants, avait quant à lui l’obligation de déployer et baser au sein même du parc, une patrouille de lutte anti-braconnage équipée et spécifiquement dédiée à la protection et au suivi journalier desdits éléphant. Assurer leur sécurisation devait être leur priorité. 

Or, trois mois après une acclimatation aisée à leur nouvel habitat, les éléphants sont sortis soudainement du parc suite à un incident indéterminé. Incursions humaines ? Coups de feu ?  La sécurisation du parc  relève de la souveraineté nationale de la Côte d’Ivoire et faisait, par conséquent, partie des engagements pris par les autorités ivoiriennes dans le protocole d’accord. Une enquête aurait due être diligentée par l’équipe dirigeante du Parc d’Azagny afin de comprendre la raison ayant amené ces éléphants à fuir subitement à plusieurs dizaines de kilomètres, mais il n’en fut rien. Havre de paix retrouvée durant trois mois, le Parc d’Azagny est devenu source de crainte inexpliquée pour ces animaux. Pourtant, IFAW n’a jamais cessé de rappeler que la protection des habitats reste la condition essentielle et sine qua non d’une coexistence harmonieuse entre les humains et les animaux sauvages.

Bien que n’ayant aucun mandat, aucune responsabilité ni obligation dans la gestion des éléphants une fois ces derniers déplacés, IFAW, soucieux du bien-être des animaux et des populations se retrouvant à leur contact, a pris plusieurs dispositions au cours des derniers mois et notamment :

  • communiquer aux autorités ivoiriennes plusieurs techniques de refoulement des pachydermes à mettre en œuvre ;
  • recommander la mise en place un système d’information des populations quant à l’attitude à adopter en attendant que soit trouvée une solution efficace et durable par le gouvernement de Côte d’Ivoire.

Certains esprits chagrins pourraient se questionner sur l’utilité d’une telle opération en pensant qu’elle n’a servi qu’à déplacer le problème. Mais ce serait faire fausse route. Cette opération, inédite en Afrique francophone, est le fruit de la volonté d’un pays, la Côte d’Ivoire, de trouver une solution humaine et éthique à un problème complexe qui, habituellement, se solde par l’abattage des animaux.  La Côte d’Ivoire a souhaité faire un autre choix visant à allier développement humain et conservation d’une espèce emblématique et menacée d’extinction, l’éléphant. Mais les autorités ont sans doute sous-estimé le poids du mot ‘sécurisation’ sur lequel IFAW n’avait cessé d’insister…

Toute entreprise pionnière comporte des ajustements à trouver, des risques, des imprévus. Les autorités ivoiriennes s’y confrontent aujourd’hui. Mais elles ont à cœur de vouloir résoudre de façon pérenne les problèmes de conflits hommes/éléphants de manière éthique. C’est pourquoi, celles-ci ont organisé plusieurs missions de terrain ces derniers mois afin d’évaluer la situation. Un atelier de concertation, prévu le 10 février et regroupant toutes les parties prenantes permettra de faire des recommandations sur la gestion des conflits hommes/faune et donnera les informations utiles sur les actions qui seront mises en œuvre dès cette année pour soulager les populations qui en sont victimes.

Céline Sissler-Bienvenu

Pour plus d'informations sur nos efforts pour gérer le conflit humains-éléphants, consultez notre page de campagne.

 

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