RAPPORT DE TERRAIN TENBOMA : Contrer les réseaux de braconnage en créant des réseaux policiers

L’auteur étudie des analyses en compagnie de Faye Cuevas, coordinatrice des opérations pour IFAW, ainsi qu’un logiciel SIG avec des agents du KWS.Voici le premier blog d’une série de rapports envoyés par l’équipe tenBoma d’IFAW au Kenya.

S’il y a bien une chose que j’ai retenue de mon métier d’agent des renseignements pour le gouvernement américain, c’est que chaque situation est unique. Les États-Unis ne sont pas le Moyen-Orient. L’Afghanistan n’est pas l’Irak. Le nord et le sud du Kenya ont autant de points communs que deux villages africains pris au hasard.

L’initiative tenBoma que nous mettons en place au Kenya s’appuie sur les bonnes pratiques tirées des opérations réussies de contre-insurrection dans le but de combattre les réseaux criminels de braconnage. Mais ces pratiques ne sont pas la panacée et doivent être adaptées aux réalités du terrain.

À l’aide de leurs smartphones, les écogardes peuvent consulter les rapports d’incidents qui ont été indiqués sur une carte par le siège et transmis aux hommes sur le terrain.Les gens s’intéressent beaucoup aux technologies que nous utilisons, notamment les drones, les applications mobiles et les big data. Si celles-ci nous aident indubitablement, la validité de ces bonnes pratiques dépend avant tout d’une compréhension profonde des diverses situations rencontrées à l’échelle d’un village, d’une organisation ou d’un réseau.

Aucune technologie n’est indispensable ou éternelle. En revanche, la maîtrise des principes de collecte, d’analyse et de dissémination d’informations exploitables est essentielle pour enrayer le braconnage.

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Cela fait un peu plus d’un an que nous travaillons avec le Kenya Wildlife Service (KWS).

Dès le départ, j’ai été impressionné par la marge de manœuvre que le KWS nous a laissée. Étant donné qu’il travaille depuis longtemps avec IFAW, nous avons pu dialoguer avec des personnes à tous les niveaux de la hiérarchie du KWS ainsi qu’au sein du gouvernement kenyan et des communautés. Nous avons fait preuve d’un grand sens de l’écoute pour bien comprendre à quoi ressemblait la situation sur le terrain pour chacun de ces acteurs.

À l’issue de cette étape préliminaire, nous avons pu identifier des technologies abordables, durables et efficaces pour cibler les problèmes de communication entre le terrain et le siège, et avons mis en place des procédures pratiques qui ont été adoptées avec enthousiasme par les directions, les écogardes, les analystes, les services informatiques, les services d’investigation et les services judiciaires au sein du KWS.

Les écogardes du KWS ont été formées aux méthodes de renseignement, à l’analyse, aux simulations prédictives et aux méthodes d’investigation.Nous avons aussi créé un site pilote sur le terrain mettant en pratique ces nouvelles formations et technologies, ainsi qu’une unité pilote au sein du siège du KWS à Nairobi. Des spécialistes du projet tenBoma sont présents pour encadrer le personnel du KWS pour le moment, mais les analystes et écogardes du KWS ne sont pas en reste pour autant. Ils travaillent avec nous et participent à façonner cette solution, qu’ils devront s’approprier à terme.

Quand nous sommes arrivés au Kenya, certains écogardes remplissaient encore des rapports de terrain à la main, rapports qui étaient saisis dans une base de données sur le site puis envoyés par message radio au siège du KWS, où ils étaient à nouveau saisis dans une autre base de données.

Ces rapports venaient alimenter des listes d’activités criminelles recensées mais ne débouchaient pas sur une analyse multidimensionnelle ou en profondeur de la situation et encore moins sur des décisions concrètes.

Après avoir été formé à l’utilisation d’un outil de collecte d’informations géospatiales, Q-GIS (semblable à Google Earth), sur l’un de nos sites pilotes, l’agent de liaison du KWS transmet désormais des rapports hebdomadaires, incluant des cartes aériennes simplifiées où figurent les activités et les données à retenir, afin que ses collègues et lui-même puissent survoler les informations recueillies d’un simple coup d’œil et étudier l’emplacement des points chauds ainsi que les éventuelles connexions entre les événements.

Grâce à cette nouvelle présentation des informations recueillies, l’agent du KWS pose désormais à ses coéquipiers des questions qui n’étaient pas apparentes jusque-là.

Ses rapports lui permettent à présent de relier les dates, les acteurs et les emplacements des incidents de braconnage sur une carte au lieu d’alimenter des listes sur une feuille de calcul difficile à exploiter.

Faye Cuevas et des écogardes du KWS passent en revue les incidents sur un smartphone.En montrant l’exemple, nos spécialistes tenBoma veulent pousser les équipes de terrain et du siège à adopter des processus continus de partage et de discussion de l’information. Ils ont mis en place un « rythme de bataille », qui commence dès la réception d’un message au siège. Les équipes du siège fouillent alors la base de données et renvoient sans délai des suggestions aux équipes sur le terrain après s’être entretenues avec les unités d’investigation. L’information est ainsi exploitée beaucoup plus rapidement, ce qui permet de mieux pouvoir anticiper les activités des criminels.

Voici une liste des réalisations tangibles auxquelles nous avons contribué :

  • Afin de favoriser l’analyse des tendances et des schémas de braconnage, le siège du KWS utilise désormais un seul référentiel de données centralisé qui permet de parcourir toutes les bases de données et les autres sources de données encore inexploitées à partir d’une seule interface.
  • Le KWS est plus à même de préciser les nœuds et les liens au sein des réseaux de braconnage grâce à plusieurs avancées techniques permettant de contrôler la qualité des données. Par exemple, dans les différents rapports et bases de données, le nom d’une personne peut être orthographié de dix manières différentes, ce qui fausse l’analyse. Ces rapports doivent donc être comparés pour gagner en précision. À présent, dans le cas où des noms enregistrés diffèrent entre eux d’une ou deux lettres, une alerte est créée afin que quelqu’un détermine s’il s’agit ou non de la même personne.
  • Les équipes de terrain et du siège du KWS utilisent maintenant des technologies innovantes permettant de trouver des preuves sur les téléphones saisis afin de faciliter le travail d’enquête.
  • Certaines de ces preuves servent actuellement ou ont servi à appuyer l’accusation dans des affaires pénales.
  • Le déploiement d’un logiciel pilote de collecte de données sur les téléphones portables à l’usage des écogardes, ainsi que des formations sur les principes du renseignement et de l’analyse tactique, permettent de créer un système de collecte d’informations plus complet.
  • Les écogardes et les équipes du siège ont été formées aux méthodes de renseignement, à l’analyse, aux simulations prédictives et aux méthodes d’investigation.

Où en sommes-nous sur le projet tenBoma?

Nous avons réussi à mettre en place un programme pilote, qui a remporté les suffrages des membres du KWS à tous les niveaux hiérarchiques.

D’autres équipes et services du KWS ont commencé à demander à bénéficier de méthodologies similaires adaptées à leurs problématiques.

Nous avons démontré l’impact de ce projet lors de procédures pénales et dans la planification d’opérations de lutte contre le braconnage.

Au cours des deux prochaines années, nous devrons étendre le projet tenBoma à d’autres services et l’optimiser pour qu’il réponde aux spécificités locales au Kenya et dans les autres pays. Nous devons également nous assurer que le KWS possède les connaissances, les processus et les compétences nécessaires pour institutionnaliser l’approche portée par le projet tenBoma. Nous voulons que les méthodes tenBoma soient mises en avant dans les écoles de formation du KWS et dans les opérations. Nous voulons que le KWS généralise cette approche à d’autres zones à haut risque au Kenya et que les collaborations régionales se multiplient. Nous voulons que le KWS fasse réellement sien ce projet. L’impact sera alors indiscutable.

Voilà comment mettre au tapis les réseaux de braconnage : en créant de puissants réseaux policiers au service des éléphants.

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Tim Spalla

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