Récentes saisies d’ivoire : les éléphants continuent d’être décimés

Saisie de 779 défenses d’éléphant à Hong Kong le 4 janvier 2013. Les défenses ont été coupées pour faciliter leur dissimulation.  Le 22 mars, 221 défenses d’éléphants pesant plus d’une demi tonne ont été saisies par les douaniers du poste frontière de Zhuhai en Chine sur la base d’un renseignement. Celles-ci devaient arriver clandestinement par bateau depuis Hong Kong. Malheureusement, les autorités n’ont pu intervenir à temps pour arrêter les coupables, cependant l’enquête continue. Cette saisie a été effectuée alors que la Chine, dans le même temps, annonçait le renforcement de son interdiction d’importation des objets en ivoire dits « pré-convention » et la prolongation d’une interdiction concernant l'importation, depuis l’Afrique, de trophées de chasse et d’ivoire africain sculpté datant d’après 1975. Ces mesures importantes sont, bien sûr, à saluer mais celles-ci restent encore bien éloignées de la déclaration du Président chinois, M. Xi Jinping, en septembre 2015 révélant une fermeture prochaine du marché domestique en Chine.

Huit jours plus tard, à 8000 km de là, au Kenya, un pays qui figurait en 2013 parmi les 8 pays les plus impliqués dans le trafic d’ivoire, les autorités de l’aéroport international Jomo-Kenyatta ont saisi 64kg de cet ‘or blanc’ alors qu’il était en transit entre le Mozambique et la Thaïlande. Ces deux dernières années, le Kenya a déployé de nombreux efforts pour renforcer ses moyens de lutte contre le braconnage des éléphants et le trafic associé et les premiers effets sont désormais visibles : en effet, si en 2012, le pays enregistrait encore 384 éléphants braconnés, ce chiffre s’est réduit en 2014 avec 164 cas et en 2015 avec 96 éléphants braconnés recensés. Bien qu’élevé, ce dernier chiffre traduit une tendance encourageante.

Néanmoins, si la récurrence des saisies témoigne de l'effort mené par les forces de l’ordre, celle-ci est aussi un rappel déchirant de l’urgence de la situation.

Entre 25.000 et 50.000 éléphants sont massacrés tous les ans pour leur l’ivoire et la mise à jour la plus récente de la base de données sur l’éléphant d’Afrique par l’UICN a dévoilé en septembre 2015 que la population continentale avait diminué de 550 000 à 470 000 individus entre 2006 et 2013.

Il est fondamental d’appréhender les trafiquants et de les sanctionner sévèrement afin de dissuader quiconque de s’engager dans cette industrie cruelle et sanglante. Plusieurs pays ont d’ores et déjà agi en ce sens à l’image du Kenya qui a augmenté ses sanctions relatives au trafic d’espèces sauvages protégées. Les infracteurs encourront jusqu’à 90 000€ d’amende et/ou une peine d’emprisonnement de 15 ans. De même, la Tanzanie dont la population d’éléphants a chuté de 60% entre 2009 et 2014, a récemment condamné un ressortissant chinois à 30 ans de prison pour avoir commandité l’abattage de 226 éléphants.

Inquiète par cette situation, la France tente, elle aussi, de s’impliquer dans cette lutte : l’interdiction de toute exportation d’ivoire brut décidée en janvier 2015 par la Ministre de l’écologie  fait partie des mesures mises en place. Le projet de loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages poursuit également son chemin (non sans certains rebondissements malheureux)  pour assurer un meilleur encadrement de la vente en ligne des espèces menacées ainsi que pour augmenter les sanctions relatives au trafic des espèces menacées. Espérons que ces mesures ne seront pas remises en cause et que ce projet sera bientôt adopté en deuxième lecture au Sénat. Il est de la responsabilité de la France d’utiliser tous les outils à sa portée pour adresser un message sans équivoque : nous ne tolérons ni le trafic ni le braconnage des espèces sauvages menacées.  

Mia Crnojevic

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