Programme « Newrep » : le Japon veut tuer plus de baleines, pas moins

Malgré l'engagement de respecter la décision de la Cour internationale de justice, le gouvernement du Japon et son Premier ministre Shinzo Abe ont annoncé que le Japon allait reprendre la chasse à la baleine autour de l'Antarctique. Quelle ironie : se réveiller en Islande, l'un des trois derniers pays qui tuent encore des baleines à des fins commerciales, pour apprendre que l'agence japonaise des Pêches vient de présenter la « nouvelle » proposition de son gouvernement pour chasser des cétacés dans l'océan Austral, tout autour du continent antarctique.

Cette nouvelle mouture – qui ose proposer le massacre à des fins soi-disant scientifiques de 3 996 baleines dans les 12 prochaines années, pour des produits dont personne n'a besoin, au nom d'une science que personne ne respecte, sur une zone de chasse considérablement étendue – doit être un véritable signal d'alarme pour tous ceux qui se préoccupent de la protection des baleines au XXIe siècle.

Pour la première fois depuis plus d'un siècle, aucune baleine n'est poursuivie et tuée pour les parties de son corps et les produits dérivés cette année dans l'hémisphère Sud.

Il y a là de quoi se réjouir, et tous les amis des baleines aux États-Unis et dans le reste du monde peuvent être satisfaits.

N'oublions pas de mentionner le jugement historique de la Cour internationale de justice (CIJ), qui a justement cette année statué que le programme japonais de « recherche » dans l'Antarctique (plus connu des cétologues et des mordus de politique sous son acronyme JARPA) était illégal. 

Dans une décision d'une clarté sans précédent, la plus haute juridiction mondiale a ordonné au Japon de mettre fin à son programme et a établi des normes claires à suivre pour évaluer toute proposition à venir de chasse scientifique à la baleine.

Après s'être initialement engagé à respecter la décision de la CIJ, le gouvernement du Japon, par la voix de son Premier ministre Shinzo Abe, a annoncé quelques jours plus tard une sorte de « volte-face à l’envers », en déclarant sur le ton du défi que le Japon allait reprendre la chasse à la baleine autour de l'Antarctique dans un an, sur la base d'un nouveau plan de recherche et d'une nouvelle logique scientifique restant à définir.

Il y a à peine deux mois, en septembre dernier, la Commission baleinière internationale (CBI) – principal organisme intergouvernemental compétent dans ce domaine – a adopté une résolution proposée par le gouvernement de Nouvelle-Zélande, incorporant la décision de la CIJ dans ses propres procédures et établissant un processus suivant lequel toute proposition à venir de chasse scientifique à la baleine sera examinée, d'abord par le Comité scientifique de la CBI, puis par la Commission dans son intégralité.

Nullement intimidés et faisant preuve d'une obstination sans égale, les bureaucrates de l'agence japonaise des Pêches ont continué leur travail en coulisses, avant de dévoiler aujourd'hui les 100 pages de leur nouveau plan de recherche, astucieusement intitulé « NEWREP ».

Les scientifiques et les conseillers juridiques d'IFAW sont encore en train d'examiner les subtilités de cette nouvelle proposition.

Toutefois, trois éléments sautent aux yeux :

  1. Il n'y a rien de nouveau dans ce « Newrep ». Malgré un titre relooké, la proposition du Japon et la logique « on tire d'abord, on réfléchit après » qui y a présidé relèvent toujours des mêmes rengaines : annoncer qu'on veut ou qu'on a besoin de tuer des baleines, élaborer le plan de recherche et son principe logique ensuite, le tout en ignorant toutes les institutions scientifiques et les procédures susceptibles d'entraver ce « massacre scientifique ».

  2. Quoi que les partisans de la chasse à la baleine ou les médias soi-disant non partisans puissent dire, « NEWREP » ne propose pas de diminuer les abattages de baleines en haute mer, il les augmente, tant par le quota prévu de prises de baleines que par l'extension massive de la zone de chasse proposée, qui fait pratiquement le tour du continent antarctique (amis des baleines en Amérique du Sud et en Afrique australe, soyez attentifs !).

  3. Grâce au travail que vous avez soutenu, les baleines que nous luttons pour protéger peuvent encore remporter la victoire avec nous. « Proposition » ne veut pas dire « autorisation ». IFAW, plusieurs autres organisations dynamiques et le chœur toujours plus nombreux des gouvernements soucieux de protéger les cétacés vont passer les prochains mois à travailler pour encourager le gouvernement du Japon à changer de cap, et à rejoindre le consensus naissant pour la conservation des baleines et l'abandon de la chasse au XXIe siècle.

Avec votre aide, nous pouvons les sauver.

Patrick Ramage 

Pour plus d’informations sur le travail d'IFAW pour la protection des cétacés, rendez-vous sur la page internet de notre campagne.

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