Pourquoi ne faut-il pas abattre les requins de la Réunion – réaction à l’appel de Kelly Slater

Les requins, dont l’image effrayante est injustement ancrée dans la conscience collective à cause  de nombreux films et médias, sont pourtant indispensables aux écosystèmes marins.Un tragique accident survenu le 21 février dernier a coûté la vie à un jeune bodyboarder suite à une morsure de requin sur l’île de la Réunion. Le champion de surf Kelly Slater a réagi à la mort du jeune bodyboarder en appelant à un « abattage massif de requins ». Toutefois, la mise à mort des requins n’est pas la solution.

En effet, malgré la dimension dramatique de l’incident, celui-ci aurait pu être évité. La chaîne de télévision réunionnaise La 1ère a en effet expliqué que les « conditions étaient favorables » à une telle attaque survenue dans l’embouchure réputée dangereuse de la rivière du Mât, car une crue avait rendue l’eau trouble. C’est pourquoi  la préfecture de la région a rappelé que « les activités nautiques et de baignade étaient interdites dans cette zone ». De même, des pêcheurs avaient aperçu la présence d’un requin et avaient déjà donné l’alerte.

Il semble important de rappeler que plusieurs facteurs anthropiques sont à l’origine de la plupart des attaques de requins, notamment la surpêche. En effet, en raison de la surexploitation des fonds marins par la pêche, les proies prisées des requins se raréfient ce qui conduit ces animaux à migrer vers d’autres milieux pour trouver de la nourriture. Les surfers et bodyboarders sont ainsi souvent confondus avec des tortues ou des phoques qui sont des proies potentielles pour les requins. Toutes les espèces de requin sont particulièrement vulnérables à la surpêche en raison de leur croissance lente, de leur maturation tardive et de leur faible taux de reproduction.

Ainsi, une jeune surfeuse australienne, Kirra-Belle Olsson, mordue par un requin en septembre 2014, avait elle-même pris la défense de l’animal malgré sa blessure, expliquant qu’elle traversait un banc de poissons lorsqu’elle a senti le requin lui saisir le pied à plusieurs reprises et insistant sur le fait que les requins étaient des « créatures formidables », qu’elle surfait « dans leur environnement » et qu’ils « continuaient seulement à faire ce qu’ils faisaient tous les jours ».

A l’occasion de la Semaine Bleue, organisée par Ségolène Royal, il est primordial de promouvoir la protection des mers, de l’Océan et des espèces qui le peuplent. 30 espèces de requins sur les 500 identifiées dans le monde sont menacées d’extinction ou de quasi-extinction selon l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). Le marché mondial des ailerons de requins coûte la vie à 100 millions de requins chaque année, selon les conclusions d’une étude scientifique publiée dans la revue Marine Policy (en anglais), autrement dit  11 000 requins tués toutes les heures, soit trois par seconde…

Les requins, dont l’image effrayante est injustement ancrée dans la conscience collective à cause  de nombreux films et médias, sont pourtant indispensables aux écosystèmes marins car ils contribuent à l’équilibre de la chaîne alimentaire depuis plus de 430 millions d’années. En se situant au sommet de la chaîne, ces « super-prédateurs » se nourrissent de poissons carnivores qui eux-mêmes mangent des herbivores. Sans les requins, l’équilibre serait rompu : leurs proies n’étant plus régulées, celles-ci pulluleraient, consommeraient beaucoup plus d’herbivores et les algues prolifèreraient, étouffant les coraux…

Les populations de requins ne doivent donc pas être sacrifiées au profit des loisirs. Ces animaux nécessitent une protection toute particulière du fait de leur vulnérabilité actuelle, mais enfin et surtout parce qu’ils sont des prédateurs essentiels aux écosystèmes présents dans l’Océan. Il est important d’identifier des solutions non létales permettant une cohabitation pacifiée avec les requins tout en protégeant les utilisateurs du milieu marin des risques potentiels associés.

IFAW adresse ses sincères condoléances à la famille et aux proches du jeune homme.

Aurore Morin 

Post a comment

Nos experts

Directeur général
Directeur général
Beth Allgood, Directrice d’IFAW aux États-Unis
Directrice d’IFAW aux États-Unis
Céline Sissler-Bienvenu, Directrice France et Afrique francophone
Directrice France et Afrique francophone
Conseillère politique en chef
Conseillère politique en chef
Faye Cuevas, Vice-présidente
Vice-présidente
Grace Ge Gabriel, Asia Regional Director
Directrice régionale Asie
Jimmiel Mandima d'IFAW
Vice-président adjoint à la conservation
Kelvin Alie, Vice-président exécutif
Vice-président exécutif
Patrick Ramage, Directeur du programme Conservation de la faune marine
Directeur du programme Conservation de la vie marine
Rikkert Reijnen, Directeur du programme criminalité faunique
Directeur du programme criminalité faunique