Penser global, agir local, ou la nécessité d’un « contrat social » pour protéger les éléphants

Kenya

Alors que le braconnage des éléphants connait un essor sans précédent, la lutte mondiale pour la protection des éléphants est sur le point de vivre un grand élan de solidarité à travers deux événements majeurs : le Giants Club Summit, qui aura eu lieu cette semaine, et la grande cérémonie d’incinération d’ivoire, qui sera organisée au Kenya ce week-end. En tant que représentant d’ONG, j’aurai l’honneur de participer au sommet et d’assister à la cérémonie d’incinération, où pas moins de 105 tonnes d’ivoire vont être brûlées.

IFAW (Fonds international pour la protection des animaux) et les autres ONG ne doivent pas oublier le rôle fondamental que jouent les communautés locales dans la sauvegarde de la biodiversité.

Chez IFAW, nous pensons qu’il est essentiel de travailler en collaboration avec les communautés locales et de comprendre les difficultés auxquelles elles font face au quotidien. C’est pourquoi nous nous sommes réunis hier avec la Wildlife Conservancies Association (KWCA) et la Conservation Alliance of Kenya (CAK) pour discuter de la nécessité urgente d’impliquer davantage les villages dans la préservation des habitats, la réduction des conflits entre hommes et animaux sauvages et la suppression du trafic de faune sauvage.

Nous devons garantir aux communautés locales la possibilité de faire entendre leurs voix dans le débat international.

 

Nous devons aussi réfléchir à la manière dont elles peuvent participer aux actions nationales et internationales, notamment celles en contact direct avec les animaux sauvages.

Si nous insistons tant sur ce point, c’est parce que nous pensons que les communautés locales détiennent la clé pour sauver les animaux sauvages.

Nous avons donc tenu à réunir des chefs traditionnels, des chefs de villages et des défenseurs de l’environnement issus de régions et d’aires protégées différentes afin de mieux comprendre leurs problématiques, et notamment :

  • Les coutumes locales et les traditions qui régissent les rapports entre l’homme et l’environnement ;
  • l’accès aux ressources naturelles ;
  • la préservation des habitats au sein des différents projets de conservation ;
  • le cadre législatif et politique.

Il faut se rendre à l’évidence : l’aide des communautés locales nous est indispensable pour comprendre l’évolution des tendances en matière de braconnage, enrayer le trafic de faune sauvage, aider les hommes à vivre en bon voisinage avec les animaux sauvages et trouver des sources de revenus durables pour les villageois tout en réduisant les coûts liés à la préservation de l’habitat des animaux sauvages.

Au terme des débats, la nécessité d’établir un « contrat social » entre les communautés locales et la nature est apparue, selon lequel les villages doivent se réconcilier avec le patrimoine naturel du Kenya pour mieux le préserver.

Directement inspiré des temps forts de la réunion, le contrat est aujourd’hui en cours de rédaction par les équipes de la KWCA. Une première version symbolique du contrat a déjà été remise par un ancien maasaï à Judi Wakhungu, directrice de cabinet du ministère de l’Environnement du Kenya, qui sera ensuite chargée de remettre le contrat au président Uhuru Kenyatta lors du Giants Club Summit.

La promesse que ce contrat incarne est loin d’être vaine. « Je ne t’abandonnerai pas, je ne t’oublierai pas et je serai toujours à tes côtés. » Tel est l’engagement que tous les gouvernements, mais aussi tous les peuples d’Afrique, quelles que soient leurs origines, leurs religions ou leurs appartenances politiques, se devront d’honorer pour le bien des éléphants.

Nous avons également organisé cette semaine à Nairobi une réception au cours de laquelle nous avons présenté notre projet avant-gardiste tenBoma aux chefs de villages et représentants d’ONG présents.

J’ai en outre eu l’honneur de transporter, avec mes collègues James Isiche et Vivek Menon, d’immenses défenses saisies par le gouvernement kenyan vers le site d’incinération en vue de préparer la cérémonie. Bien que la cérémonie soit ouverte au public, le site a été placé sous haute surveillance.

Voir toutes ces immenses piles d’ivoire donne froid dans le dos et pourrait en faire pâlir plus d’un. J’avoue avoir moi-même frémi en pénétrant sur le site, alors que ce spectacle macabre m’est hélas familier.

L’image du Kenya et son économie reposent sur le labeur de ses innombrables villages. Sans eux, le pays n’existerait pas.

Et si nous voulons que les éléphants continuent d’exister, il est urgent que nous rassemblions nos forces pour lutter contre le fléau du braconnage.

Azzedine Downes

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