Non aux inscriptions scindées : offrons aux éléphants une protection homogène à travers l'Afrique

L'inscription scindée, ou l'inscription des éléphants à plus d'une annexe, pose des problèmes intrinsèques.Si vous traversez cette rivière, votre ivoire aura bien plus de valeur que votre vie.

Essayez d'expliquer cela à un éléphant qui traverse la frontière d'un pays où sa vie est en danger, juste parce que ses défenses valent de l'or aux yeux du gouvernement. 

N'achetez pas cet ivoire à moindre coût. Achetez celui-ci car il est légal.

Dites cela à un consommateur asiatique qui souhaite acheter un bracelet en ivoire pour rejoindre le cercle chic de ses amis détenteurs d'« or blanc ».

Ces déclarations illustrent parfaitement le genre de situations que peuvent engendrer certaines des propositions qui seront débattues ce mois-ci en Afrique du Sud lors de la conférence de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES).

Pour les éléphants, ces situations sont malheureusement bien trop réelles, notamment depuis que les populations d'éléphant d'Afrique de certains pays sont passées de l'Annexe I de la CITES à l'Annexe II, donnant lieu à ce que l’on appelle une « inscription scindée ».

Or l'inscription scindée, c'est-à-dire l'inscription d’une même espèce à plus d'une annexe, pose des problèmes intrinsèques.  

Les éléphants ne reconnaissent pas les frontières politiques. Les éléphants qui migrent dans les pays où le niveau de protection est plus faible pâtissent de l'avarice de certains hommes qui spéculent sur leur ivoire. Ils souffrent du fait même de leur morphologie et sont forcés de payer le prix fort. Les représentants politiques de ces pays ont pu demander à la CITES de les autoriser à vendre l'ivoire de leurs éléphants à l'international. En effet, grâce à l'inscription de leurs éléphants à l'Annexe II, ces pays — le Botswana, la Namibie, le Zimbabwe et l'Afrique du Sud — ont pu obtenir plus facilement l'approbation de la CITES pour vendre leur ivoire à l’international.

C'est arrivé à deux reprises en 16 ans.

Ces deux ventes « exceptionnelles » approuvées par la CITES ont brisé l'interdiction qui prédominait au niveau international sur le commerce de l'ivoire et ont eu des conséquences désastreuses pour les éléphants.

Selon une étude récente, les ventes d'ivoire que ces pays ont organisées en 1999 pour le Japon et en 2009 pour la Chine et le Japon, surtout celle de 2009, ont sonné le coup d'envoi d'une course effrénée, brutale et permanente vers la production d'ivoire, signant l'essor du braconnage à travers le continent. 

Ce commerce légal de l'ivoire cautionné par la CITES a semé le trouble chez les consommateurs et stimulé la demande. Les personnes qui n'exprimaient jusqu'alors aucun intérêt pour l'ivoire ont vu les objets en ivoire devenir à la mode du jour au lendemain, comme des symboles de l’excellence sociale.

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Pour ma part, je suis convaincu que la plupart des consommateurs sont respectueux de la loi. Si les lois interdisaient le commerce de l'ivoire, ils ne s'aventureraient pas à essayer de se procurer une substance illégale. 

Pourtant, une majorité d'entre eux ont confondu la disponibilité de l'ivoire sur le marché avec la légalité du commerce. Ne connaissant pas le pays d'origine des articles et ne pouvant déterminer si la source était légale ou non, ils ont acheté des babioles en ivoire à prix cassés, ouvrant ainsi la voie aux trafiquants d'ivoire qui alimentent ce commerce meurtrier.

La croissance de la demande en Asie, stimulée par les ventes d'ivoire des pays figurant à l'Annexe II, ont entraîné une flambée des prix de l'ivoire et favorisé l'essor du braconnage à travers tout le continent africain.

Si les éléphants ne reconnaissent pas les frontières politiques, les braconniers et trafiquants, eux, les connaissent très bien.

Les pays ravagés par l'instabilité, la pauvreté, la corruption et les conflits sont les cibles favorites des criminels car les éléphants y sont les plus vulnérables. Selon une étude récente, les éléphants de forêt, dont la population a chuté de 60% depuis 2002, sont bien plus proches de l'extinction que les scientifiques ne le pensaient. Au niveau du continent, l'étude a montré que le nombre d'éléphants était plus bas que prévu.

  • C'est pourquoi, IFAW soutient la Proposition 16 des pays d'Afrique et d'Asie, qui plaident en faveur du transfert de tous les éléphants d'Afrique de l'Annexe II à l'Annexe I.

  • IFAW soutient également le Doc. 57.2, soumis par dix états de l'aire de répartition de l'éléphant d'Afrique et qui vise à fermer tous les marchés domestiques d'ivoire.  

  • IFAW s'oppose fermement à la Proposition 14 ainsi qu'à la Proposition 15, qui souhaitent faire tomber les obstacles au commerce international de l'ivoire.

Les éléphants sont l'héritage de notre planète. La communauté internationale doit peser de tout son poids pour sauver les éléphants.  

Nous ne pouvons pas laisser les pays africains lutter seuls pour cette cause.

Grace Ge gabriel

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