Les chefs d'État africains se concertent sur un plan conjoint de lutte contre la criminalité faunique

brazzaville burn

Brazzaville, au Congo, a vu défiler cette semaine de nombreux chefs d’État africains, représentants de gouvernements et experts à l’occasion de la conférence internationale sur l'exploitation illégale et le commerce illicite des produits de la faune et de la flore sauvages d'Afrique.

L’objectif : poser les bases de la première stratégie et du premier plan d’action panafricains de l’histoire en vue d'endiguer le trafic de faune et de flore sauvages, sur le continent et à l'étranger.

Comme révélé par le rapport d’IFAW intitulé La Nature du crime, le trafic de faune et de flore sauvages détruit la biodiversité et les écosystèmes, endigue le développement des communautés et met en péril les ressources économiques de millions d'Africains. Il est également source d'insécurité, de conflits et de corruption, prive les pays de leurs richesses et crée des zones de non-droit, conduisant à la déliquescence des sociétés. Selon une étude récente, la criminalité a pris une ampleur telle qu'entre 2002 et 2013, pas moins de 65 pour cent de la population d’éléphants de forêts africains a été tuée pour son ivoire, soit une diminution alarmante de neuf pour cent par an.

Si une multitude de sommets ont lieu chaque année dans le monde, la conférence de Brazzaville sort indéniablement du lot.

En effet, les pays traditionnellement réticents à la protection des éléphants, comme le Kenya et l'Afrique du Sud, travaillent désormais ensemble pour soutenir cette cause. Main dans la main, les pays francophones et anglophones du continent africain partagent le même combat.

Centrée sur les besoins du continent, cette stratégie conjointe des États membres de l'Union africaine constitue à n’en pas douter un grand pas en avant.

Réunissant pas moins de 22 pays représentés par des responsables gouvernementaux, les présidents de la République du Congo et de la République du Tchad, le Premier ministre du Gabon ainsi que plusieurs hauts fonctionnaires venus des quatre coins du continent, cette conférence témoigne clairement de la volonté des nations africaines de mettre un terme au braconnage en Afrique. 

Elle fait suite au 23ème sommet de l'Union africaine qui s'est tenu au mois de juin à Malabo, en Guinée équatoriale, et dont il est ressorti que les nations africaines devaient adopter une politique de tolérance zéro à l’égard de la criminalité environnementale, renforcer le système juridique et réglementaire et impliquer les communautés dans la bataille contre le commerce illégal de la faune sauvage et les activités criminelles connexes. Par ailleurs, la Conférence ministérielle africaine sur l'environnement (CMAE), qui a eu lieu en mars dernier au Caire, a prôné la mise en place d'une stratégie et d'un plan d'action s'inspirant directement des conclusions des conférences de 2014 à Londres et de 2015 à Kasane sur le trafic d'espèces sauvages. 

« Les forêts et la vie sauvage font partie du patrimoine africain. Malheureusement, elles disparaissent à une vitesse alarmante. Nous avons le devoir de travailler ensemble, en tant que continent, pour protéger cette biodiversité unique, au nom des générations présentes et futures, et d'élaborer des solutions collectives et pertinentes pour mettre un terme à cette monstruosité », a souligné Denis Sassou Nguesso, président de la République du Congo et hôte de la conférence.

Afin de montrer la détermination du Congo à honorer sa promesse, le prédisent du Congo a également mis le feu à l’ensemble des stocks d’ivoire du pays, soit quelque cinq tonnes, en face du Palais des Congrès (le parlement), devant une foule de personnalités éminentes, parmi lesquelles figurait notamment Idriss Déby Itno, le président du Tchad, pays qui souffre d'un taux extrêmement élevé de braconnage.

Si les journées sont habituellement chaudes au Congo, elles n’ont rien de comparable avec ce que l’on peut ressentir lors d’une destruction d’ivoire. Un expert m'a ainsi expliqué que la température devait dépasser les 200 °C  pour que l’ivoire soit convenablement incinéré. Les flammes s’échappant du brasier dépeignent un tableau spectaculaire qui rappelle l'ampleur du crime épouvantable qu'est le trafic d'espèces sauvages. 

La stratégie et le plan d'action échafaudés lors de la conférence de Brazzaville seront développés en accord avec tous les États membres africains et évalués lors de la prochaine réunion semestrielle des chefs d'État du continent qui se tiendra en juin, en Afrique du Sud.

Ayant déjà eu l’occasion d’assister à la réunion de la CMAE en 2013 à Arusha, en Tanzanie, et de participer aux travaux d'intégration de la question de la criminalité faunique, j’ai été honoré de prendre part à la cérémonie de destruction d’ivoire et aux pourparlers au Congo cette semaine.

Au regard de mon travail sur le développement d'un processus similaire dans l'Union européenne, à savoir le Plan d’action contre la criminalité faunique et la stratégie de conservation de l’UE, ces événements soulignent une fois de plus la nécessité pour l'Europe de mettre en place et de financer son propre plan et de soutenir l'Afrique dans ses efforts. Ces deux stratégies sont complémentaires et ne pourront pas réussir l'une sans l'autre.

Satyen Sinha

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