La naissance des petits de Zolushka (Cendrillon) confirme la réussite de notre projet de réhabilitation des tigres

Zolushka (Cendrillon en Russe) a deux tigreaux ! Voilà la bonne nouvelle qui m’attendait dans ma boite de réception ce matin avec, en pièce-jointe, la photo que vous pouvez voir ci-dessus.

Nous étions impatients d’apprendre que les tigres de Sibérie que nous avions réhabilités s’étaient reproduits.

Zolushka a donc réussi à s’intégrer suffisamment à son environnement naturel pour attirer un partenaire, chasser et nourrir ses deux petits.

Les conditions de vie dans l’Extrême-Orient russe sont rudes. Les étés sont courts et les hivers, particulièrement longs, se caractérisent par des températures inférieures à 0 °C et un épais manteau neigeux. Malgré ces circonstances peu favorables, Zolushka a réussi à élever sa progéniture, ce qui prouve bien qu’un tigre sauvé et élevé par l’homme peut survivre dans la nature et contribuer à la conservation d’une population en danger d’extinction.

« Cette nouvelle nous comble de joie », confie Masha Vorontsova, Directrice Russie d’IFAW. « Nous attendions avec impatience de voir Zolushka devenir mère depuis sa remise en liberté en 2013. Elle nous prouve ainsi qu’elle s’est parfaitement adaptée à son nouvel environnement et qu’elle est capable de chasser, de se reproduire et de contribuer à pérenniser la population des tigres de Sibérie. »

Aînée des tigres que nous avons réhabilités, Zolushka a toujours fait l’objet d’une attention toute particulière. La vidéo de sa remise en liberté, où on la voit s’élancer vers la forêt, totalise plus de 8 millions de vues sur YouTube. La tigresse a également été au cœur de l’Atelier international de réhabilitation et de réintroduction des grands carnivores qui s’est tenu la semaine dernière à l’Académie des sciences de Russie, à Moscou. Au cours de cet événement, qui a réuni plusieurs experts internationaux, de nombreuses présentations ont abordé le cas de Zolushka, sa remise en liberté en mai 2013 et sa vie en pleine nature depuis maintenant deux ans et demi.

Gail A’Brunzo, Mila Danilova et moi-même avons eu l’occasion de présenter le travail mené par IFAW pour remettre en liberté six tigres orphelins, sauvés en bas âge, élevés et réhabilités par l’homme. De nombreux biologistes érudits étaient encore convaincus que les tigres élevés en captivité étaient systématiquement source de conflits avec les humains.

Mais nous leur avons prouvé le contraire.

Sur les cinq autres tigres que nous avons réhabilités depuis Zolushka, quatre ont survécu dans la nature pendant plus d’un an et demi sans causer le moindre incident avec les communautés vivant aux abords des forêts dans lesquelles ils évoluent.

Seul Ustin a posé problème. Il avait franchi la rivière Amour après sa remise en liberté et s’était établi dans une région agricole de Chine où, faute de proies sauvages, il avait jeté son dévolu sur les chèvres des habitants. Cette mauvaise habitude ne l’a pas quitté quand nous l’avons ramené en Russie, et nous avons donc été contraints de le capturer à nouveau et de le placer en captivité. Les cinq autres tigres se sont comportés à merveille jusqu’à présent. Ils évitent les humains et nous prions pour que cela ne change pas. On ne compte plus que 500 tigres de Sibérie, ou tigres de l’Amour, une sous-espèce des tigres. Nos protégés représentent donc un pour cent de la population entière.

Dans ce labeur, IFAW a pu compter sur l’aide de plusieurs acteurs : le ministère des Ressources naturelles et de l’Environnement de Russie, les réserves naturelles fédérales de Bastak et de Khingan, les scientifiques de l’A.N. Severtsov Institute of Ecology and Evolution (Académie des sciences russe) et deux ONG, WCS Russia et le Phoenix Fund. Cela explique notamment pourquoi Zolushka était au cœur de nombreuses présentations lors de l’atelier de la semaine dernière.

La question du suivi après remise en liberté a également été abordée en détail. Ce suivi, d’abord effectué par collier satellite jusqu’à ce que les batteries s’épuisent et que les colliers tombent (ceux d’Ilona et de Borya fonctionnent encore), s’appuie désormais sur l’association de technologie et de savoir-faire traditionnel tel que le pistage des empreintes (plus simple en hiver grâce à la neige) et l’examen des arbres (marques de griffes et urine) pour déceler le passage des tigres.

Nous complétons ce pistage de terrain par des pièges photographiques, c’est-à-dire des caméras pouvant faire des photos et des vidéos de nuit en haute résolution et munies d’un détecteur à infrarouge qui se déclenche dès qu’un animal passe à proximité. Ces pièges ont été placés à des endroits stratégiques : au sommet des montagnes, d’où les tigres peuvent analyser les environs sur plusieurs kilomètres, les arbres sur lesquels les félins marquent leur territoire, etc. IFAW a récemment acheté une moto tout-terrain permettant aux gardes forestiers de rallier plus rapidement les sites où ces pièges ont été disposés, ce qui facilite grandement leur tâche.

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Grâce à ces deux approches, nous pouvons évaluer les progrès réalisés par les animaux que nous remettons en liberté sur le long terme sans risquer de les perdre de vue.

Bien que son travail de réhabilitation soit terminé, IFAW continue de suivre de près l’évolution de Zolushka, d’Ilona, de Borya, de Kyzya et de Svetlaya dans l’Extrême-Orient russe.

Ian Robinson

Nos experts

Dr. Maria (Masha) N. Vorontsova, Directrice Russie et CEI
Directrice Russie et CEI
Responsable du sauvetage d’animaux sauvages, siège d’IFAW
Responsable du sauvetage d’animaux sauvages, siège d’IFAW
Grace Ge Gabriel, Asia Regional Director
Directrice régionale Asie
Vivek Menon, Conseiller principal du PDG sur les Partenariats stratégiques et la
Conseiller principal du PDG sur les Partenariats stratégiques et la Philanthropie