Je Donne Mon Ivoire : pourquoi détruire l’ivoire ?

 Le volet "destruction" de l’opération "Je donne mon ivoire" suscite des questions récurrentes auxquelles nous avons souhaité répondre de manière détaillée :

  1. Il y a d’autres actions à mener, la destruction de ces objets ne fera rien pour les éléphants aujourd’hui !

IFAW n’a pas la naïveté de penser que l’initiative "Je Donne Mon Ivoire" mettra fin, à elle seule, au braconnage des éléphants pour leur ivoire. Mais elle appelle à un geste citoyen et s’inscrit dans l’approche globale mise en œuvre par IFAW qui consiste à :

  • Renforcer les moyens de lutte contre le braconnage dans les pays de l’aire de répartition de l’espèce (formation, équipement)
  • Démanteler les réseaux de trafiquants (formation des agents de lutte contre la fraude, améliorations des techniques de détection, renforcement de l’appareil judiciaire, durcissement des sanctions, opérations d’envergure avec INTERPOL)
  • Réduire la demande des consommateurs pour les produits issus de la faune sauvage
  • Soutenir le développement de moyens de subsistance alternatifs auprès des populations 

Aujourd’hui, la demande exponentielle pour l’ivoire stimulée par la valeur commerciale que certains lui attribuent encourage le braconnage des populations actuelles d’éléphants. 20 000 à 30 000 éléphants en moyenne périssent chaque année pour alimenter cette demande. Toute commercialisation d’un objet en ivoire entretient ce cycle. De plus, l’existence des marchés d’ivoire, y compris en ligne, offre aux trafiquants la possibilité de blanchir l’ivoire illégal [provenant d’éléphants braconnés] fournissant ainsi une couverture au développement du commerce illicite.

L'initiative "Je Donne Mon Ivoire"  permet aux détenteurs d’ivoire qui le souhaitent de se séparer de leur ivoire afin que leurs objets n’alimentent pas la demande et  n’entretiennent ainsi le braconnage des éléphants en amont.

Pourquoi détruire cet ivoire ?

  • Pour éviter tout risque qu’il ne se retrouve dans un circuit commercial (qu’il soit légal ou non)
  • Pour envoyer le signal selon lequel l’ivoire n’a aucune valeur commerciale,  économique ou artistique. L’ivoire n’a de valeur que pour les éléphants.
  • Pour rappeler que l’ivoire n’est pas vital pour l’homme – mais il est vital pour l’éléphant
  • Par mesure sécuritaire, le commerce illicite des espèces sauvages étant contrôlé par les réseaux criminels organisés et les muséums n’ayant pas des capacités de stockage illimitées

L'initiative "Je Donne Mon Ivoire" contribue à réduire la demande pour l’ivoire, partie indispensable de la protection des éléphants. Sans demande il n’y aurait pas de marché et par conséquent il n’y aurait pas de motivation pour les braconniers.

  1. Détruire l’ivoire déjà existant ne fait qu’entretenir encore un peu plus sa rareté et entrainera une augmentation du prix du marché

FAUX car la fluctuation des prix de l’ivoire sur les marchés ne suit pas le modèle économique classique, lequel a été testé à deux reprises :

En 1999 et en 2008, la CITES qui encadre le commerce international des espèces menacées d’extinction, a autorisé 2 ventes de stocks d’ivoire des pays d’Afrique australe vers des pays consommateurs que sont le Japon et la Chine. L’objectif visé par ces ventes était d’inonder les marchés consommateurs afin de :

  • Satisfaire la demande et la stabiliser
  • Réduire le prix du kilo d’ivoire
  • Réduire le braconnage des éléphants

Malheureusement, les résultats ont été tout autres car le commerce du "vivant" ne suit pas entièrement le modèle des économies de marché : 

  • La demande a explosé, cette soudaine disponibilité d’ivoire ayant semé la confusion dans l’esprit des consommateurs, leur laissant croire que tout un chacun pouvait se procurer de l’ivoire. En Chine, une économie à forte croissance et l’émergence d’une classe moyenne désireuse d’exprimer son statut social ont exacerbé cette idée.
  • Le prix de l’ivoire a considérablement augmenté (de plus de 100% depuis la vente de 2008) car le nombre d’éléphants vivants se réduit de jour en jour.
  • En Chine, les boutiques de vente d’ivoire se sont multipliées corrélativement à une industrialisation du travail de l’ivoire. Une étude récente confirme l’explosion du marché où les magasins de détail illégaux sont beaucoup plus nombreux que les magasins autorisés ;
  • Il y a eu une recrudescence du braconnage motivée par l’existence de marchés sur lesquels il est possible de blanchir l’ivoire illégal.

Etant donné les nombreux massacres d’éléphants actuels, tout commerce d’ivoire, même encadré,  constitue une menace pour les éléphants. Des tonnes d’ivoire illicite sont saisies chaque année (plus de 40 tonnes en 2016). Le commerce légal d’ivoire ne fait qu’alimenter un marché  qui sert  de couverture pour blanchir l’ivoire illicite. Il est fondamental et crucial pour la survie des éléphants de fermer toutes les vannes d’alimentation de ces marchés.

Aujourd’hui il est simplement impossible de contrôler la demande exponentielle pour l’ivoire. Plus on répondra à cette demande en injectant de l’ivoire sur le marché, plus on l’encouragera et plus on motivera le braconnage des éléphants ce qui contribuera à augmenter le prix de l’ivoire. Les éléphants paient aujourd’hui de leur vie, la valeur commerciale que certains attribuent à leurs défenses en les commercialisant.  Le déclin de cette espèce est réel : le taux de mortalité des éléphants (7,4%) en Afrique excède désormais le taux de renouvellement naturel de l’espèce (5 à 6%).

Aujourd'hui la situation évolue, depuis l'annonce de la Chine de la fermeture de son marché intérieur, le prix de l'ivoire s'est effondré en Chine et dans toute l'Asie. La chute des prix a réduit l'attrait spéculatif de ce matériau en tant qu'outil d'investissement et a diminué l'intérêt qu'avaient les braconniers à tuer des éléphants. Nous espérons que les autres marchés légaux tel que celui de l'Union européenne suivront cet exemple.

  1. Il s’agit d’une destruction du patrimoine culturel

Le patrimoine culturel relatif aux objets en ivoire se trouve aujourd’hui dans les musées. Il faut savoir que l’initiative "je donne mon ivoire" s’inscrit dans le cadre d’une action spontanée de la part de particuliers qui ne veulent plus garder leurs objets en ivoire. En effet, la signification que l’on donne à l’ivoire est multiple et certaines personnes souhaitent s’en débarrasser car celles-ci en connaissent sa provenance.

L’opération "Je Donne Mon Ivoire" est une des nombreuses actions qu’IFAW mène pour protéger les éléphants. Elle vise à retirer toute valeur commerciale associée à l’ivoire et contribue donc à réduire le marché. Elle contribue à rappeler que si l’ivoire est futile pour l’homme, il est vital pour les éléphants ! Il nous faut donc faire un choix : souhaitons-nous offrir aux générations futures la possibilité d’observer des éléphants vivants, jardiniers des savanes et des forêts ou préférons-nous leur léguer des statuettes d’éléphants en ivoire ?

Mia Crnojevic

Si vous résidez en France et souhaitez participez à cette opération, contactez-nous par email à JeDonneMonIvoire@ifaw.org ou par téléphone au 03 26 48 05 48.

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