Commission européenne : 5 milliards d’euros pour la conservation des ressources naturelles en Afrique sub-saharienne

Jeudi, 26 Novembre, 2015
Bruxelles, Belgique

La Commission européenne a publié jeudi un nouveau rapport annonçant l’élaboration de la première stratégie intégrée de l’Union européenne s’attaquant aux liens entre pauvreté et biodiversité en Afrique sub-saharienne. Cela constitue une avancée significative dans l’engagement de l’Union européenne en matière de biodiversité.

Ce rapport a été présenté officiellement lors d’un événement organisé conjointement par la Wildlife Conservation Society (WCS) et IFAW (Fonds international pour la protection des animaux), tous deux contributeurs au développement de la stratégie.

Baptisée « Larger than elephants: inputs for an EU strategic approach for African wildlife conservation » (Au-delà des éléphants : éléments d’une approche stratégique européenne pour la conservation de la nature en Afrique), l’étude définit un plan d’action holistique et détaillé sur les 10 prochaines années. La synthèse diffusée jeudi aboutira, début 2016, à la publication d’une analyse régionale détaillée de 400 pages, qui permettra d’identifier les priorités stratégiques de sauvegarde du patrimoine naturel africain les plus réalistes et efficaces, compte tenu de la croissance démographique du continent et de la perte de l’habitat des espèces sauvages qui en résulte.

La stratégie porte sur la protection de 77 « zones de conservation essentielles » qui incluent de grands écosystèmes, dans des territoires comptant d’importantes zones protégées et, entre ces dernières, des zones viables abritant de grandes richesses naturelles.

Cette stratégie préconise également de lutter contre le trafic d’espèces sauvages en s’attaquant aux racines du braconnage local par le développement d’une économie basée sur les ressources naturelles, au bénéfice des populations les plus pauvres, et par la consolidation des compétences des autorités nationales en vue d’une meilleure gouvernance. Ainsi, les zones protégées d’Afrique deviendraient un pôle de développement et de stabilité au lieu de demeurer une source de conflit et d’insécurité pour les populations locales.

Jason Bell, Directeur du programme Éléphants d’IFAW, a déclaré à ce sujet : « IFAW est fier d’avoir collaboré avec la Commission européenne sur ce rapport. En plaçant la conservation du territoire et la lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages au cœur d’une stratégie portant sur l’ensemble du continent africain, l’Union européenne et les États membres ont réalisé un grand pas en avant pour les questions liant biodiversité et pauvreté. »

Et d’ajouter : « Le travail d’IFAW sur l’habitat à Amboseli montre bien que la conservation a un impact sur les humains comme sur les éléphants. En posant l’existence des éléphants comme une condition indispensable au bon développement des activités humaines, on ne répond pas seulement aux besoins immédiats des communautés humaines, mais on garantit aussi leur développement sur le long terme. Reconnaître que la concurrence pour les ressources est bel et bien une réalité, tout comme l’existence du conflit entre les hommes et les éléphants, permet d’emblée de réfléchir à la mise en place de mesures d’atténuation et d’initiatives visant à offrir de meilleures perspectives de vie, et de protéger à la fois les humains et les pachydermes. »

L’Union européenne a déjà débloqué un budget de 700 millions d’euros jusqu’à 2020 pour cette cause, mais les besoins se chiffrent selon l’étude à 5 milliards d’euros au total.

Invitée à s’exprimer lors de la cérémonie d’inauguration, Sonja Van-Tichelen, Directrice régionale Union européenne d’IFAW, rappelle : « C’est la première fois que la Commission ou qu’un bailleur de fonds développe une stratégie aussi détaillée et d’une telle envergure. Mais les intentions ne suffisent pas. Tous les pays de l’Union européenne doivent adopter cette stratégie et établir un fonds dédié pour pouvoir mettre en œuvre toutes les directives qu’elle préconise. »

Cette étude fournit des recommandations très claires et concrètes qui permettent de poser les premiers jalons du plan d'action européen contre le trafic d'espèces sauvages, qui devrait voir le jour début 2016 sous forme de Communication. Une feuille de route a déjà été publiée en août 2015 et le contenu du plan d’action fera l’objet de discussions dans les prochains mois sous la houlette la Direction générale de l’environnement (DGENV), avec la participation active de la Direction générale de la migration et des affaires intérieures (HOME), de la Direction générale de la coopération internationale et du développement (DEVCO) de la Commission européenne et du Service européen pour l'action extérieure (EEAS), notamment.

Fin

 

Note aux rédacteurs

  • Dans son rapport la Nature du crime, préfacé par Nicolas Hulot, Envoyé spécial du Président de la République pour la protection de la planète, et Laurent Fabius, Ministre des Affaires étrangères, IFAW rappelle la menace que représente le trafic pour les animaux tels que l’éléphant, le rhinocéros mais aussi pour les êtres humains.
  • Co-signée par IFAW et d’autres acteurs majeurs, publics et privés, de la conservation de la nature, cette étude est utilisée par l’Union européenne, mais aussi par la Banque mondiale, dans la mise en œuvre de projets. Des études similaires sont actuellement en cours de réalisation en Asie-Pacifique, en Amérique latine et aux Caraïbes, et pourront servir de base à une collaboration concertée.

 

Principaux résultats de l’étude

  • Les pressions exercées sur les terres et les ressources naturelles en Afrique se sont tellement accentuées au cours des dernières décennies que les zones de biodiversité les mieux préservées du continent se concentrent désormais essentiellement dans des zones protégées. Ces dernières doivent donc être au cœur de toute approche stratégique portant sur la conservation de la nature.
  • Les peuples africains vivant dans les régions riches en biodiversité doivent pouvoir tirer des bénéfices réels de la préservation des ressources naturelles du continent pour pouvoir accepter les coûts qu’elle implique et être en mesure de les gérer de manière durable.
  • L’approche stratégique que nous avons choisi d’adopter se concentre donc sur ce que nous avons nommé des « paysages clés de conservation». Ceux-ci font référence à de grands écosystèmes dans des territoires qui comptent d’importantes zones protégées et des zones viables de biodiversité reliant ces dernières entre elles. Étant dans l’impossibilité d’inclure toute les ressources naturelles du continent, nous avons opté pour une approche pragmatique et fixé des priorités sur les territoires à favoriser, en nous appuyant pour cela sur plusieurs critères, tels que la diversité et l’endémisme des espèces, la présence de populations d’espèces sauvages africaines emblématiques et intactes et la protection des services écosystémiques.
  • Au total, 77 paysages clés de conservation ont été identifiés. Ils abritent 350 zones protégées et totalisent une superficie de 2,8 millions de km², dont plus de la moitié sont des zones frontalières, ce qui représente un avantage financier, dans la mesure où les coûts de conservation et de contribution à l’intégration et à la sécurité régionales seront partagés. Répartie entre l’Ouganda, le Rwanda et la République démocratique du Congo, la région du Grand Virunga, qui abrite une espèce rare de gorilles des montagnes, en est la parfaite illustration. Malgré le conflit armé qui oppose les trois pays depuis les 30 dernières années, les gouvernements ont compris l’immense valeur que représente cette espèce unique et ont travaillé ensemble pour permettre à cette population de grands singes de grandir sans discontinuer pendant ces périodes d’instabilité.
  • Les interventions concerneront essentiellement la gestion des zones protégées et le développement de perspectives économiques durables dans les zones tampons qui les entourent. Des partenariats entre des organisations publiques et privées seront encouragés là où cela s’avèrera nécessaire pour la gestion de ces zones. Avec pour mots d’ordre l’efficacité et la responsabilité, ces partenariats permettront de consolider les capacités de gouvernance et d’améliorer les résultats des mesures de conservation. D’autres mesures d’accompagnement importantes viseront notamment à renforcer le cadre politique et légal pour les droits des exploitants, créer des agences chargées de la gestion des zones protégées et des ressources, et remédier au problème du commerce non durable de viande de brousse et de poisson.
  • Le document préconise également l’adoption de mesures spécifiques visant à démanteler les réseaux criminels impliqués dans le trafic d’espèces sauvages aux niveaux national et international. Le trafic d’ivoire et de cornes de rhinocéros est une préoccupation majeure à cet égard, mais les mesures porteront également sur d’autres espèces de grands singes, de fauves et d’oiseaux notamment. Pour cela, la stratégie reposera sur trois leviers d’action : mettre fin au massacre, arrêter le trafic et annihiler la demande
  • Bien qu’il soit difficile de définir le montant précis des fonds nécessaires à prévoir pour la mise en place de cette stratégie, nous estimons qu’il faudra mobiliser entre 400 et 500 millions d’euros par an. Actuellement, l’Union européenne alloue environ 100 millions d’euros par an, complété par l’apport individuel essentiel de certains pays membres. Nous espérons que ce document fournira le cadre de travail nécessaire pour favoriser une approche concertée et des efforts communs de toutes les parties et ainsi financer ce travail indispensable. Nous réfléchissons également à des solutions de financement innovantes telles que la mise en place de partenariats public-privé et de fonds fiduciaires pour garantir un financement durable et continu.

 

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