Comment le fondateur d’IFAW, Brian Davies, a décidé de consacrer sa vie aux phoques

En 1969, Brian Davies fonde IFAW pour mettre un terme à la chasse commerciale aux phoques du Canada. Quarante-cinq ans plus tard, nous sommes plus proches que jamais de la victoire. La vision et la détermination de Brian continuent aujourd’hui encore d’inspirer les membres d’IFAW, nos sympathisants et tous les amoureux des animaux aux quatre coins de la planète. Je me suis entretenu avec Brian pour qu’il nous livre son ressenti sur les progrès que nous avions réalisés. Voici la retranscription de notre conversation :

Q : Comment êtes-vous devenu le célèbre protecteur des phoques que l’on connaît aujourd’hui ?

R : Tout a commencé en 1961. Je vivais à l’époque dans une base militaire de Fredericton, dans le Nouveau-Brunswick (Canada). Un petit chiot venait d’être renversé par une voiture juste en face de chez moi. Le conducteur avait transporté l’animal jusqu’à ma porte, pensant qu’il m’appartenait. En voyant ses blessures, j’ai voulu faire mon possible pour le tirer d’affaire et l’ai aussitôt emmené à la clinique SPCA (Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux, ndt) la plus proche. Quelques temps plus tard, je finissais par être embauché par la SPCA. Ma mission consistait notamment à évaluer la cruauté de la chasse aux phoques. Et, en voyant la détresse dans les yeux des blanchons s’apprêtant à se faire massacrer, j’ai rapidement compris que cette activité ne pourrait jamais être « humaine ». Ce jour-là, je me suis engagé à protéger les phoques pour le restant de mes jours.

Cette succession d’événements saugrenus a fini par changer ma vie. Il aurait suffi d’une poignée de secondes pour que le conducteur évite le chiot… Et IFAW n’aurait jamais vu le jour.

Q : L’ampleur de la tâche était énorme pour vous et votre petite équipe. Quels ont été les principaux défis ?

R : Les débuts d’IFAW ont été pour le moins … « intéressants ». J’ai reçu des menaces de mort. Mon hélicoptère a été détruit. J’ai été retenu en otage pendant trois jours dans un motel de Terre-Neuve avec 50 journalistes. J’ai même été emprisonné pour avoir violé les réglementations relatives à la protection des phoques en survolant la zone de chasse…

Disons que je ne compte plus les obstacles qui se sont dressés sur ma route. Mais jamais je n’ai songé à arrêter. J’étais convaincu que je continuerais ce combat jusqu’à mon dernier souffle, ou jusqu’à ce que la chasse cesse. Du matin au soir, je ne pensais qu’à protéger les phoques.

Q : Quelle serait votre plus belle réussite ? Et avez-vous des regrets ?

R : En 1983, l’UE a instauré un embargo sur l’importation des produits dérivés des blanchons. Nous avons maintenu la pression sur le gouvernement canadien à travers des boycotts sur les importations de poissons si bien qu’en 1987, le Canada a fini par interdire la chasse des blanchons. La chasse a donc bien pris fin pendant un certain temps. La banquise avait enfin retrouvé sa sérénité, et les phoques pouvaient vivre en toute liberté dans leur habitat naturel. Je me sentais vraiment bien. Nous avions réussi à faire la différence.

Malheureusement, la législation ne portait pas sur tous les phoques, mais bien seulement sur les bébés. C’est là mon regret. La chasse n’existerait plus sans cette nuance. Dans les années 90, le Canada a finalement réinstauré la chasse ciblant les phoques légèrement plus vieux, ceux ayant perdu leur fourrure blanche. Et tout a recommencé.

À LIRE ÉGALEMENT : La chasse commerciale aux phoques du Canada : une pratique cruelle et inutile.

Q : Pensez-vous que le Canada mettra bientôt un terme à la chasse commerciale aux phoques ?

R : Oui, il est grand temps que cette chasse cesse. Le Canada devrait encourager la reconversion des rares Canadiens qui vivent encore de cette activité. Les hommes et les phoques ne s’en porteraient que mieux.

Q : Vous jouez un rôle central dans le nouveau documentaire d’IFAW, baptisé « Huntwatch ». Que pouvez-vous nous dire du film ?

R : J’ai passé quelques jours avec l’équipe de tournage d’IFAW, et j’étais plus qu’heureux de pouvoir partager mon histoire. J’ai dévoué ma vie à la protection des phoques, et c’est là le thème principal de Huntswatch. Gloria et moi avons pu visionner le film fini il y a quelques mois. Cela fait drôle de voir toute sa vie défiler de la sorte à l’écran. La qualité de la production et de la narration nous a littéralement bluffés. Ce film est important, et je ne dis pas cela simplement parce qu’il véhicule mon témoignage.

Les réalisateurs ont tenu à rester justes et objectifs dans leur travail et ont donc inclus des opinions très diverses dans le film, des chasseurs aux hommes politiques en passant par les membres d’IFAW. En cela, ils ont réalisé un travail admirable.

Azzedine Downes

Pour en savoir plus sur les projets d’IFAW pour mettre un terme à la chasse commerciale aux phoques, consultez notre page de campagne.

Post a comment

Nos experts

Conseiller principal en matière de programmes
Conseiller principal en matière de programmes
Brian Sharp, Chargé des interventions d'urgence, coordinateur échouages
Chargé des interventions d'urgence, coordinateur échouages
Céline Sissler-Bienvenu, Directrice France et Afrique francophone
Directrice France et Afrique francophone
Katie Moore, Vice-présidente adjointe, Conservation et bien-être animal
Vice-présidente adjointe, Conservation et bien-être animal
Loïs Lelanchon, Chargé du programme Sauvetage des animaux
Chargé du programme Sauvetage des animaux
Manager du programme Interventions d’urgence
Manager du programme Interventions d’urgence
Valeria Ruoppolo, Vétérinaire d’IFAW
Vétérinaire d’IFAW
Vivek Menon, Conseiller principal du PDG sur les Partenariats stratégiques et la
Conseiller principal du PDG sur les Partenariats stratégiques et la Philanthropie