Au-delà du selfie - un tourisme responsable dans le monde d’aujourd’hui

De gauche à droite : Linda Schlapp, Michael Luongo, Glenn Jampol, Merryn Johns et Kerry Branon2017 est l’année du coq, de la nouvelle administration française et, comme l’ont proclamé les Nations unies, du tourisme durable. Et cela nous donne une motivation supplémentaire pour avoir une approche respectueuse du tourisme. Revenant à peine d’un périple bouleversant en Inde, j’ai accepté avec grand plaisir l’invitation de participer à la table ronde du New York Times Travel Show sur le tourisme.

Mon amie Merryn Johns, qui est la rédactrice en chef de Curve Magazine, a joué le rôle de modératrice et a rassemblé un panel de véritables experts dans les domaines de l’humanitaire, l’environnement, le tourisme et les animaux afin d’aborder la question du tourisme responsable depuis plusieurs angles de vue. Résultat : des participants extrêmement intéressés se sont succédés au micro et sont restés longtemps après la fin de la conférence pour poser des questions pressantes liées à leurs propres expériences de voyages.  Où dois-je me présenter pour aider bénévolement à préserver la faune ? Si je suis témoin de mauvais traitements sur des animaux, à qui puis-je le signaler ? Comment puis-je m’assurer que je soutiens réellement l’écotourisme ?

Nous avons évoqué les organismes de contrôle, le poids des revenus du tourisme et le devoir des clients du tourisme d’effectuer des recherches rigoureuses avant de foncer vers un nouveau produit touristique afin d’éviter de perturber un écosystème local, des populations ou des animaux. Dans tous les cas, l’idée est de vous renseigner et de faire des recherches approfondies à l’avance afin de pouvoir faire des choix éclairés lorsque vous arrivez sur un site touristique. Il se peut que vous n’ayez pas accès à une connexion Wi-Fi lorsque vous arriverez dans un pays ; prévoir à l’avance est donc primordial.

Voici quatre conseils simples pour la préparation de votre voyage :

1. Soutenez l’économie locale

Pensez local. Si, comme moi, vous aimez rapporter quelques souvenirs pour vos proches, pensez à les acheter chez des artisans locaux. Vous aiderez ainsi ceux qui ont le plus besoin de cet argent et offrirez un cadeau véritablement unique. Bien sûr, il n’est pas uniquement question de commerce. Allez visiter ou aider bénévolement une réserve animalière réputée ou un centre de réhabilitation de la faune et découvrez les initiatives de sauvetages d’animaux et de préservation des habitats. Si ce que vous y verrez vous plaît, pensez à faire un don avant de partir, afin que ces installations puissent poursuivre leur important travail.

2. Pensez au bien-être des animaux

À un moment durant cette table ronde, Johns a sciemment posé la question « peut-on caresser les animaux sauvages ? ». J’ai immédiatement répondu « non » et encouragé les participants à éviter les activités liées à l’exploitation ou aux mauvais traitements des animaux telles que les safaris sur le dos des éléphants et les selfies avec des dauphins, comme l’a rappelé récemment l’incident du selfie avec un dauphin en Argentine. Ce fut un événement particulièrement tragique. Un acte en apparence innocent comme prendre des selfies a eu pour conséquence la mort d’un bébé dauphin.

Il peut sembler évident qu’il ne faut pas interagir directement avec les animaux sauvages, mais parfois, en vacances, on est un peu trop détendu et l’on oublie ces principes de base. Cela peut être très tentant de prendre des selfies lorsque qu’on se trouve près d’une créature impressionnante. Résistez à la tentation. Vous ne devez pas troubler le comportement des animaux sauvages ni pousser vos amis à s’en approcher de trop près. Plutôt que de pointer l’objectif sur vous-même, photographiez les animaux dans leur habitat naturel. Vous apprécierez d’autant plus de les regarder une fois de retour à la maison et serez contents de ne pas avoir interféré avec la nature.

Autre sujet sensible : la gastronomie exotique, dans la mesure où certains ingrédients proviennent d’espèces menacées ou nécessitent de très mauvais traitements sur les animaux avant d’arriver dans votre assiette. Les participants new-yorkais étaient ravis de découvrir notre appli Whappy dans le cadre de notre campagne « Meet Us Don’t Eat Us » (venez nous voir, pas nous manger), qui aide les touristes et habitants en Islande à soutenir les restaurants qui ne servent pas de viande de baleine, organiser des excursions pour observer des baleines et trouver des souvenirs respectant ces animaux.

Il faut également faire attention à deux autres plats bien connus : la soupe d’aileron de requin et la viande d’animaux sauvages. Environ 100 millions de requins sont tués chaque année uniquement pour faire cette soupe. Leurs ailerons sont cruellement tranchés et ils sont rejetés à la mer où ils meurent d’une lente agonie, ne pouvant plus nager. Si vous voulez satisfaire votre curiosité gastronomique en goûtant de nouveaux plats, évitez de commander de la viande provenant d’animaux sauvages comme les primates, crocodiles ou pangolins. Le commerce très répandu de la viande d’animaux sauvages est en train de dévaster les populations animales, en particulier les grands singes, et provoque la transmission de maladies mortelles des animaux aux hommes.

3. Choisissez l’écotourisme

Si vous cherchez à avoir le moins d’impact possible sur l’environnement, veillez à ce que les circuits et gîtes que vous choisissez soient réellement respectueux de l’environnement et ne fassent pas que de l’écoblanchiment. Consultez leurs sites Internet en détail avant de réserver. Soutiennent-ils l’activité locale ? Emploient-ils des travailleurs locaux ? S’approvisionnent-ils en nourriture locale ? Utilisent-ils l’eau, le papier et les autres ressources soigneusement ? Exploitent-ils des animaux sauvages ?

4. Signalez les produits issus d’espèces menacées

Signalez tout produit suspect ou choquant à votre serveur, au gérant du restaurant, à la police locale, au tour opérateur, au personnel de l’hôtel, aux autorités touristiques et surtout à vos amis et sur les réseaux sociaux. Une simple consultation sur un site de voyages peut éviter à de nombreux visiteurs de faire la même expérience et de miner involontairement les efforts de préservation. Si un nombre suffisant de personnes disent à un revendeur qu’elles préfèrent acheter des produits durables et respectueux des animaux, cela peut vraiment changer les choses. N’oubliez pas : si nous n’achetons pas, les animaux ne meurent pas.

Même si l’assistance était remplie de consommateurs consciencieux qui ne vont pas volontairement acheter de produits issus d’animaux sauvages, il a été intéressant d’évoquer les quelques produits auxquels il faut faire attention. Au moins une participante comptait signaler des produits issus d’animaux qu’elle avait récemment vus à la vente pendant ses vacances. Évitez d’acheter les articles suivants :

  • les ceintures, bottes, sacs à main, portefeuilles et autres produits fabriqués à partir d’alligators, de tortues, de félins et de serpents
  • les médicaments traditionnels qui prétendent contenir de la corne de rhinocéros, de l’os de tigre, de la bile d’ourse ou autres dérivés d’animaux
  • les sculptures, bracelets et autres articles fabriqués à partir d’ivoire, de poils d’éléphants, de coquilles ou de corail

Je remercie tout particulièrement Merryn Johns et mes collègues conférenciers : Michael Luongo, journaliste indépendant titulaire du prix Knight Wallace de l’université du Michigan, Glenn Jampol, directeur du réseau international de l’écotourisme et copropriétaire de Finca Rosa Blanca Coffee Plantation Resort au Costa Rica et Linda Schlapp, directrice des programmes LGBT pour Global Volunteers.

Kerry Branon 

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Responsable du sauvetage d’animaux sauvages, siège d’IFAW
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