À VOIR : Les ours polaires désormais listés à l’Annexe II de la CMS

Les 120 pays membres de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS) viennent d’approuver par consensus l’inscription de l’ours polaire à l’Annexe II de la convention, sur proposition de la Norvège, à l’occasion de la onzième réunion de la Conférence des Parties.

IFAW salue cette excellente nouvelle mais rappelle que l’Annexe II de la CMS ne garantit nullement que des actions concrètes seront entreprises pour sauver et protéger les ours polaires.

Cela étant, la CMS compte désormais parmi les conventions internationales reconnaissant les nombreuses menaces qui pèsent sur l’ours polaire, de la fonte de la banquise à l’exploitation des hydrocarbures en Arctique en passant par les marées noires, l’ouverture de la route maritime du nord, la chasse aux trophées et la pollution de l’eau.

À l’heure actuelle, on estime que la population d’ours polaires mondiale serait comprise entre 20 000 et 25 000 individus seulement. Leur survie est notamment compromise par la fonte de la banquise : celle-ci leur sert d’habitat mais aussi de terrain de chasse où ils débusquent leurs deux principales proies, le phoque annelé et le phoque barbu. Pour ne rien arranger, les ours blancs présentent un taux de reproduction relativement faible.

Les femelles gravides aménagent ainsi une tanière où elles pourront mettre bas deux ou trois oursons tous les trois ans environ. Malheureusement, des études montrent que le nombre d’abris dans les zones habituelles est en baisse. Ainsi, alors que 300 tanières étaient répertoriées sur l’Île Wrangel (une réserve de biosphère dans la mer des Tchouktches), on en dénombre plus que 60 aujourd’hui.

À présent, de plus en plus de femelles se réfugient sur le continent afin d’y construire leur tanière. Les ours doivent désormais nager plusieurs centaines de kilomètres s’ils veulent rejoindre la banquise et le nombre d’oursons morts noyés en conséquence a littéralement explosé.

Le changement climatique est la menace la plus sérieuse qui pèse sur leur survie. Une étude statistique estime que le nombre d’ours polaires aura diminué de deux tiers d’ici à 2050 et que les animaux de l’Arctique canadien seront les derniers survivants de l’espèce en 2100.

Il est donc vital de conjurer l’ensemble des dangers qui accablent ces grands mammifères, en particulier l’abattage des ours qui alimente le commerce international, perpétré au Canada sous couvert d’une chasse traditionnelle à des fins de subsistance.

Une solution possible serait l’inscription des ours polaires à l’Annexe I de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction). Une telle proposition a été avancée par les États-Unis lors de la seizième session de la Conférence des Parties de la CITES qui s’est tenue à Bangkok en 2013. Mais, en dépit de l’appui ferme de la Russie, la proposition a finalement été rejetée en raison de l’opposition du Canada et du manque de soutien de l’UE.

De nombreux accords internationaux consacrent des dispositions aux ours polaires. Toutefois, sur les cinq États de l’aire de répartition des ours polaires (le Canada, le Danemark, représentant le Groenland, la Norvège, les États-Unis et la Russie), seuls deux (la Russie depuis 1956 et la Norvège depuis 1973) interdisent complètement la chasse de ces animaux, les autres autorisant la chasse à des fins de subsistance. Autre contradiction, les États-Unis et le Groenland prohibent le commerce international de fourrure et de parties d’ours alors que le Canada autorise l’exportation de fourrure.

L’ours polaire et ses parties sont transformés en produits de luxe en Russie et en Chine où la demande va croissante. Les prix de vente des tapis en peau d’ours et des ours empaillés peuvent ainsi atteindre 100 000 et 70 000 dollars respectivement sur les marchés chinois et russe. En conséquence, le nombre d’ours polaires massacrés au Canada a récemment atteint des records, tandis que 300 à 400 animaux sont tués chaque année par les braconniers en Russie. Inscrire l’ours polaire à l’Annexe I de la CITES permettrait de sauver des centaines d’animaux tous les ans, un nombre non négligeable pour une espèce qui ne compte plus que 25 000 individus.

Dr. Maria N. Vorontsova

IFAW se réjouit de l’inscription de l’ours polaire à l’Annexe II de la CMS, qui permettra de renforcer la protection de cette espèce en resserrant la coopération entre les États.

Post a comment

Nos experts

Directeur général
Directeur général
Beth Allgood, Directrice d’IFAW aux États-Unis
Directrice d’IFAW aux États-Unis
Céline Sissler-Bienvenu, Directrice France et Afrique francophone
Directrice France et Afrique francophone
Conseillère politique en chef
Conseillère politique en chef
Dr. Joseph Okori
Directeur régional Afrique Australe et directeur du programme de conservation des habitats
Faye Cuevas, Vice-présidente
Vice-présidente
Grace Ge Gabriel, Asia Regional Director
Directrice régionale Asie
Kelvin Alie, Vice-président exécutif
Vice-président exécutif
Patrick Ramage, Directeur du programme Conservation de la faune marine
Directeur du programme Conservation de la vie marine
Rikkert Reijnen, Directeur du programme criminalité faunique
Directeur du programme criminalité faunique