L’abattage de chiens errants : une solution inadaptée et cruelle à un problème sérieux

Le 20 mars dernier, Pascal Hervé, le maire de Bazouges-la-Pérouse, commune de 1 800 habitants se situant entre Rennes et Avranches, a fait part au journal Ouest-France de son intention de mettre en place un arrêté autorisant l’abattage des chiens errants.

Cela fait en effet plusieurs mois que la commune subit de nombreuses attaques de chiens ayant échappé à la vigilance de leurs maîtres, ce qui a créé un climat de tension au sein des habitants. Les éleveurs sont excédés : beaucoup d’entre eux ont perdu des vaches, des chèvres ou encore des oies, sans entrevoir aucune chance d’être indemnisés. Malgré des amendes infligées aux propriétaires négligents, le phénomène ne se tarit pas et l’élu municipal a décidé d’autoriser l’abattage de chiens.

IFAW tient à condamner fermement cette décision et propose des solutions alternatives au problème auquel la commune de Bazouges-la-Pérouse fait face.

Dans le monde, de nombreux pays abritent des populations de chiens errants. En cas de conflit entre les communautés et ces animaux, une des réactions les plus fréquentes est d’abattre les animaux en raison des inquiétudes qui surgissent relatives à la santé, la sécurité publique, les maladies zoonotiques, ou encore l’image générale que cela renvoie de ladite communauté.  Cette solution, parfois encouragée par les autorités, est néanmoins déplorable car elle est par essence inhumaine et ne résout pas le problème de fond. Des rapports de l’Organisation Mondiale de la Santé Animale (OIE) et des décennies de recherche ont ainsi indiqué que l’abattage n’avait aucun impact significatif sur les populations de chiens sur le long terme.

La seule manière d’obtenir une gestion pérenne maîtrisée et réussie des populations canines requiert un engagement complet de la communauté dans le développement et la mise en œuvre d’un plan humain et durable.

Il est pour cela nécessaire de considérer la source d’où proviennent les chiens et les ressources qui leur permettent de continuer à errer librement, parallèlement à la mise en place d’une surveillance et d’une garde stricte des animaux en question, sous peine de voir les populations de chiens errants se renouveler systématiquement après chaque intervention. 

Au sein d’IFAW, le programme Animaux de compagnie a été confronté à cette problématique complexe à plusieurs reprises. Ainsi,  il y a trois ans, à la demande du programme des Nations unies pour le développement, nos équipes ont aidé la petite ville de Jajce à trouver des solutions humaines et personnalisées pour faire face à la surpopulation canine et promouvoir le bien-être des animaux sur le long terme grâce à notre programme HCD (Humane Community Development). Les habitants et la municipalité ont développé des actions pédagogiques pour expliquer les besoins des chiens, responsabiliser les propriétaires et éviter les abandons.

Les solutions

Les problèmes de gestion des chiens, mais aussi des chats, sont souvent complexes du fait des subtilités culturelles et des spécificités communautaires influençant la situation. C’est pourquoi il n’existe pas de recette unique pour résoudre les crises engendrées par le phénomène. Cependant, au lieu de recourir à l’abattage des animaux, qui se résume à traiter les symptômes plutôt que la cause du problème, des solutions alternatives existent pour favoriser le respect du bien-être des animaux et aider la communauté dans son ensemble. Il faut ainsi :

  • Identifier et impliquer tous les intéressés ;
  • S’attacher à comprendre le problème du point de vue de tous les intéressés et définir des objectifs communs pour la stratégie de gestion ;
  • Identifier les informations manquantes et générer des données à partir desquelles les décisions seront prises ;
  • Déterminer et choisir les outils et les ressources à utiliser (éducation, législation, enregistrement et identification des animaux, stérilisation, contraception, vaccination…)
  • Mettre en œuvre le projet tout en surveillant, évaluant et communiquant autour de l’avancement du projet afin de prendre les bonnes décisions sur l’avenir du programme.

Aurore Morin 

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Conseillère politique en chef
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Manager du programme Interventions d’urgence
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