Oursons orphelins : un programme de réhabilitation complexe

Les cinq oursons ont environ 2 mois et demi et sont toujours considérés comme des « bébés ».Ce compte-rendu a été rédigé par Polina Shershneva, responsable communication et développement chez IFAW en Russie, suite à sa visite du Centre de réhabilitation pour ours orphelins. Pour plus d'informations sur la façon dont ces ours sont arrivés au centre, À VOIR : Trois nouveaux oursons admis au Centre de réhabilitation en Russie et Les deux premiers oursons recueillis arrivent dans notre centre en Russie. –MD

Depuis début février, cinq oursons ont rejoint le Centre de réhabilitation pour ours orphelins du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW). Ils ont aujourd'hui environ deux mois et demi et sont toujours considérés comme des « bébés ».

Les ours sont des animaux très difficiles à réhabiliter, car ils s'habituent très vite aux humains et à leur odeur. De plus, le comportement d'un seul ours peut influencer de façon négative tout le groupe, rendant la réhabilitation de l'ensemble des oursons beaucoup plus compliquée.

Cette année, une étudiante vétérinaire qui vient de Pologne, Maria Magdalena, a rejoint le Centre pour y être bénévole. Elle a d'abord entendu parler du projet de réhabilitation des oursons sur le site web d'IFAW et nous a contactés pour proposer son aide.

Lors de notre rencontre, elle avait déjà passé un mois et demi au Centre et avait pour projet de rester aider jusqu'en mai, puis de revenir plus tard pour participer à la remise en liberté. En ce moment, Maria s'occupe bénévolement des oursons sous la supervision de Sergei Pazhetnov. Toutes les quatre heures, elle aide à les nourrir et s'arrête pour dormir seulement de 1h à 6h du matin. Elle prépare le lait maternisé, les nourrit au biberon, aide à les peser et remplit le journal de bord de chaque ourson, expliquant leur façon de manger et leur réaction à la nourriture.

À l'occasion d'un rendez-vous prévu exprès, j'ai pu assister au repas. Tout d'abord, la formule spéciale qui remplace le lait est versée dans des biberons et chacun enfile des vêtements et chaussons stériles. On entre ensuite dans un bâtiment dans lequel la lumière est tamisée. Les oursons sont dans un berceau avec des portes en contreplaqué que les membres de l'équipe appellent la « salle de jeux » (on y voit une structure faite en branches d'arbres solides). En entendant les humains approcher, les oursons ont commencé à s'agiter dans le berceau et à faire des bruits semblables à des grondements ou des bêlements. Ils avaient déjà faim.

Il est formellement interdit de parler dans cet endroit. Sergei et Maria communiquent par des gestes et leur travail est précisément coordonné : ils attrapent les oursons un par un dans le berceau et les déposent dans des boîtes en contreplaqué individuelles. Ils les reprennent ensuite un par un et en quelques secondes, les oursons attrapent le biberon et ne font plus aucun bruit. Ils continuent juste à remuer leurs pattes comme s'ils essayaient de grimper, en vidant goulûment chaque biberon en à peine deux minutes.

Il est formellement interdit de parler dans la pièce où sont nourris les oursons. Sergei et Maria communiquent par des gestes et leur travail est précisément coordonné.Pendant que Maria nourrit un ourson, Sergei se charge d'en nourrir deux. Une fois le repas terminé, l'ourson est remis rapidement dans sa boîte, fermée par une plaque en contreplaqué percé de trous.

Ils vivent dans des conditions aussi proches que possible de celles de leur environnement naturel, jusqu'à la luminosité qui est apparemment similaire à celle de la tanière. Une fois l'excitation du repas passée, ils sont remis dans la salle de jeux où, à leur âge, ils passent une bonne partie de la journée à dormir.

Après mon départ, ils ont attaqué l'étape suivante de leur réhabilitation.

Ils ont été déplacés dans le bâtiment-tanière et ont commencé à manger du gruau tout seul dans des bols. Petit à petit, ils vont s'habituer à l'enclos forestier et vont trouver et manger des baies et d'autres aliments typiques du régime alimentaire des ours. Ils apprendront à grimper aux arbres pour se mettre en sécurité en cas de danger.

Ils pourront se baigner dans une mare créée spécialement pour eux. À chaque étape, leur contact avec les humains est réduit au minimum.

Le contact avec les humains est réduit le plus possible afin que les ours apprennent à avoir un comportement approprié face à un humain.J'ai eu la chance de voir les oursons de près : ce sont des bébés animaux mignons qui sont déjà passés, malgré leur très jeune âge (quelques mois), par beaucoup de stress. En regardant leurs petits yeux ronds, j'ai eu honte de mes sorties au cirque lorsque j'étais enfant, et de cette photo d'un énorme ours empaillé déguisé en clown prise lors d'un voyage à Souzdal. J'ai eu honte de ma passivité face à ce problème : même si les ours bruns ne sont pas une espèce menacée, ça ne veut pas dire qu'ils doivent être ignorés et vus comme de simples trophées de chasse.

Le Centre de réhabilitation pour ours orphelins d'IFAW est un projet unique qui a été mis en place il y a plus de 20 ans dans le village de Bubonitsy, dans la région de Tver. Cette expérience scientifique a été lancée par un chercheur remarquable, Valentin Sergeevich Pazhetnov, aidé de son fils Sergei puis de son petit-fils Vasili, trois générations d'une famille impliquées dans le projet.

Lorsque je me suis rendue au Centre en voiture, je me suis trouvée face à une vérité déplaisante : des étals sur le bord de la route vendaient des objets en fourrure, des chapeaux avec des queues de renard et des peaux de loup et d'ours. Une mise en scène horrible sortait du lot : une ourse empaillée et ses deux oursons de 7-8 mois. Sergei Pazhetnov m'a expliqué après qu'il y avait de plus en plus d'échoppes de vente d'animaux empaillés et de fourrures le long de l'autoroute ces dernières années ; les mines aux alentours fermant, les mineurs qui perdent leur emploi deviennent chasseurs.

En 2011, IFAW a réussi à faire mettre en place une interdiction de chasse pendant la période d'hibernation. Malgré ça, tous les ans, des centaines d'animaux sont tués par des braconniers en violation de cette loi et les femelles s'enfuient, effrayées par les bûcherons. Il arrive également que les oursons soient emmenés pour le plaisir, puis gardés comme animaux de compagnie tant qu'ils sont petits. Ce sont des centaines d'animaux qui souffrent dans tout le pays. Une lettre sur cinq qui arrive à IFAW, en Russie, concerne le sauvetage d'un ours gardé dans une minuscule cage dans un restaurant routier ou un zoo privé.

Malheureusement, même s'il est aujourd'hui possible de retirer les animaux sauvages à leurs propriétaires inconscients, il est impossible de garantir qu'ils vivront ensuite dans de bonnes conditions. En Russie, il n'existe toujours pas de sanctuaire pour les ours adultes qui ont vécu captifs dans de mauvaises conditions au sein de cirques ou de zoos.

Grâce à une méthode inédite, les oursons qui ont perdu leur mère du fait de l'intervention humaine apprennent à vivre tout seuls dans la nature. Il arrive que des oursons âgés de seulement 1 ou 2 semaines soient recueillis au Centre, et malgré leur jeune âge, ils ont eux aussi une chance de survivre et de retrouver leur habitat naturel.

À l'âge de 8-9 mois, les ours sont relâchés dans les forêts où ils ont été trouvés. La durée de l'expérience a montré que les animaux s'adaptaient bien à la vie sauvage. La plus belle preuve de l'efficacité du projet, ce sont les 220 ours relâchés dans la nature depuis la création du Centre.

Polina Shershneva

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