VICTOIRE : Les États-Unis adoptent une législation définitive sur l'ivoire pour sauver les éléphants

Il est clair que le statu quo n'était pas suffisant pour protéger les éléphants contre le commerce aux États-UnisL'administration Obama a finalisé une nouvelle législation de protection pour les éléphants d'Afrique. C'est le point culminant d'une série de mesures qui comblent des lacunes juridiques : les trafiquants d'ivoire devraient avoir plus de difficultés à faire des bénéfices aux États-Unis.

L'annonce du directeur du US Fish & Wildlife Service (USFWS), Dan Ashe, intervient après plus de deux ans d'études économiques et de sensibilisation des parties prenantes. M. Ashe a expliqué au New York Times que la population des États-Unis allait s'exprimer haut et fort pour dire que « nous accordons plus de valeur aux éléphants dans la nature qu'à la création et au commerce de babioles en ivoire ».

Pour le directeur général d'IFAW, Azzedine Downes, cette législation constitue « un signal pour montrer au monde que les États-Unis acceptent leur part de responsabilité dans la protection de la faune sauvage, où qu'elle vive ». Il ajoute que « nous avons parcouru du chemin, depuis l'époque où on jugeait que les défenses de l'éléphant étaient la seule chose qui valait la peine d'être sauvée ».

Dans l'ensemble, cette réglementation interdit la plupart des importations et des exportations de produits en ivoire, et limite les ventes d'ivoire entre États aux antiquités et à certains objets contenant une faible quantité d'ivoire. Rien dans cette loi n'affecte la simple possession d'ivoire : les citoyens américains peuvent conserver ce qu'ils possèdent, et le léguer à leurs descendants. Mais dès qu'il est question de commerce, les vendeurs devront désormais prouver que leur marchandise ne provient pas d'animaux récemment victimes du braconnage.

Vous trouverez ici le détail de ce qui est permis et de ce qui est interdit (en anglais).

Au bout du compte, ce que les gens veulent savoir, c'est : « dans quelle mesure cette réglementation aide-t-elle les éléphants ? »

Il est clair que le statu quo n'était pas suffisant pour protéger les éléphants contre le commerce aux États-Unis : le marché américain était régulièrement l’un des plus importants au monde, une nébuleuse de plusieurs millions de dollars (jusqu'à présent) pratiquement dépourvue de règles où l'on pouvait acheter et vendre de l'ivoire presque sans supervision, qu'il soit ancien ou provienne d'un braconnage récent. Nous pensons que les nouvelles règles mises en place constituent un progrès crucial vers la maîtrise de la crise du braconnage, même si les étapes suivantes, bien moins spectaculaires, sont aussi très importantes : mise en œuvre, lutte contre la fraude, suivi diplomatique pour s'assurer que l'élan ne s'arrêtera pas aux frontières américaines.

Même si ces changements apportent une très grande amélioration, tout n'est pas parfait. La réglementation autorise toujours la vente d'antiquités accompagnées de documents et de certains objets anciens contenant une faible quantité d'ivoire. Cependant, la documentation exigée n'est pas définie avec précision, ce qui impose au FWS (et aux groupes tels qu'IFAW) de s'assurer que les acheteurs et les vendeurs respectent l'esprit et la lettre de la loi. Nous devons également nous assurer que les agents chargés de la lutte contre la fraude disposent des outils et des financements nécessaires pour empêcher les importations illicites de se glisser sur le marché noir.

En outre, les règles limitent l'importation de trophées de chasse à « seulement » deux éléphants morts (par chasseur) par an. IFAW a milité avec insistance pour combler cette lacune juridique, et nous continuerons à faire pression, en particulier au moment où de nouvelles études remettent encore plus en question les idées reçues sur la chasse aux trophées. Toutefois, même cette avancée est positive, puisqu'auparavant, il n'existait aucune limite numérique à l'importation de trophées.

Le troisième élément que j'ai mentionné plus haut, le suivi diplomatique, est tout aussi important que ce que nous accomplissons à l'intérieur de nos frontières. D'autres grands pays consommateurs d'ivoire comme la Chine et le Vietnam ont commencé à orienter leur législation dans la bonne direction ; les négociations entre la Chine et les États-Unis ont déjà abouti à l'engagement du président Xi Jinping à fermer le marché de l'ivoire chinois, même si les progrès tangibles sont lents à venir – il reste vital que les États-Unis continuent à donner l'exemple.

C'est un réconfort de constater que cette réglementation a été adoptée juste avant la rencontre des envoyés spéciaux au Dialogue économique et stratégique USA/Chine, ce qui montre également un leadership fort en préalable à l'importante Conférence des Parties à la CITES – le traité international qui gouverne le commerce d'espèces sauvages – qui se tiendra en septembre prochain. On peut noter avec inquiétude que le Zimbabwe et la Namibie ont récemment commencé à faire pression pour obtenir la permission de vendre leurs stocks d'ivoire. S'ils y parvenaient, cela pourrait déclencher une nouvelle vague de braconnage.

IFAW s'est largement impliqué dans ce processus depuis le début, en participant à de vastes conversations avec d'autres acteurs en dehors de la communauté de la protection et de la conservation des animaux : fabricants d'instruments de musique, marchands d'ivoire, commissaires-priseurs et bien d'autres. Nos sympathisants ont été parmi les plus d'un million d'Américains qui ont appelé la Maison-Blanche à adopter cette nouvelle réglementation, et votre soutien sans faille nous a aidés à contrecarrer les efforts visant à l'affaiblir au cours du processus législatif.

Les hyperboles alarmistes de groupes tels que le Safari Club International ou la National Rifle Association avaient relancé les efforts de certains membres du Congrès pour empêcher l'USFWS de faire son travail. Nous devrons donc garder l'œil ouvert pour prévenir de nouvelles attaques.

Heureusement, nous avons également constaté un mouvement de fond en faveur de lois d'État interdisant la vente d'ivoire d'une côte à l'autre, qui contribuent à renforcer la législation fédérale et à combler les lacunes juridiques inaccessibles au Fish & Wildlife Service. À ce jour, les États d'Hawaï, de Californie, de Washington, de New York et du New Jersey ont adopté une législation ou des référendums visant à restreindre le commerce d'ivoire intra-État, et d'autres initiatives sont en cours dans le Massachusetts, l'Oregon et ailleurs.

Chaque morceau d'ivoire provient d'un éléphant mort. Si les nouvelles lois fédérales et d'État empêchent qu'on tue ne serait-ce qu'un éléphant de plus pour ses défenses – et elles feront certainement bien mieux –, alors elles auront valu qu'on se batte pour leur adoption. 

Peter Lafontaine

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