Une réunion de la CITES présage les espèces à l’ordre du jour lors de la prochaine CoP

L’auteur en compagnie de Staci McLennan, Responsable politique UE pour les programmes Espèces sauvages d’IFAW, lors de la réunion du comité permanent à Genève.

La semaine dernière, IFAW a participé à la 66e réunion du comité permanent de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES).

À en juger par le taux de présence inégalé et par le large éventail d’espèces et d’enjeux abordés à Genève, les débats seront animés, pour ne pas dire houleux, lors de la prochaine Conférence des Parties (CoP), qui se tiendra à Johannesburg, en Afrique du Sud, en septembre 2016.

Les rencontres du comité permanent, qui ont généralement lieu chaque année à Genève, en Suisse, permettent d’aborder de nombreuses questions techniques, ainsi que certaines mesures relatives au commerce et à la conservation, et diffèrent en cela des CoP, qui sont des réunions plus suivies où les grandes décisions sont prises.

PANGOLINS : Ces mammifères recouverts d’écailles sont extrêmement menacés en raison du commerce illégal d’animaux sauvages, puisqu’il s’agit de l’espèce la plus trafiquée au monde. Après les éléphants, les pangolins sont aussi l’espèce dont les membres de la réunion du comité permanent ont le plus longtemps discuté. Un groupe de travail de la CITES sur les pangolins a finalisé une résolution et une décision sur la conservation des pangolins. Celles-ci seront débattues lors de la prochaine CoP. En outre, de nombreuses interventions et annonces publiques par des nations ou des observateurs ont été faites, soulignant la gravité de la situation pour cette espèce au bord de l’extinction. Compte tenu de l’urgence, il est très probable qu’un ou plusieurs pays de l’aire de répartition des pangolins proposent de transférer les pangolins de l’Annexe II à l’Annexe I, interdisant ainsi les échanges commerciaux, proposition qui sera soumise au vote lors de la CoP.

LIONS : Si les lions d’Afrique n’étaient pas officiellement à l’ordre du jour de la réunion, sauf dans le cadre du réexamen périodique des espèces inscrites aux Annexes, ils ont néanmoins dominé bon nombre des conversations informelles qui se sont tenues en marge des sessions plénières et des groupes de travail. En effet, la tragédie du lion Cecil était encore vivace dans les esprits, et les États-Unis ont récemment décidé de placer les lions sous la protection de l’US Endangered Species Act, sans compter que chaque nouvelle étude sur le sujet revoit à la baisse le nombre de lions sauvages encore en vie. Dans ces conditions, il est indubitable que certains membres de la communauté internationale voudront prendre des mesures lors de la prochaine CoP pour sauver ces félins. Cela étant dit, le lion est une espèce très polémique à la CITES, dans la mesure où les groupes de défense de la chasse aux trophées et du commerce y sont représentés et font des pieds et des mains pour maintenir le statu quo, qui a permis à la chasse aux trophées de perdurer jusqu’à aujourd’hui. Si un nombre suffisant de pays de l’aire de répartition du lion proposent des mesures de protection plus strictes lors de la prochaine CoP, le lion pourrait être la source de bien des tensions en septembre.

ÉLÉPHANTS : Étrangement, les éléphants et le commerce de l’ivoire, qui ont pendant longtemps été au cœur de tous les affrontements à la CITES, n’ont pas suscité d’éclats particuliers lors de cette réunion. Celle-ci a été ponctuée de nombreux groupes de travail, discussions et conversations sur la crise des éléphants et le rôle de la demande d’ivoire. Certaines Parties ont déclaré vouloir brûler leurs stocks d’ivoire ou interdire le commerce d’ivoire à l’échelle nationale (bien que cela ne rentre pas dans le champ de compétences de la CITES). Les débats concernant le fameux « mécanisme de prise de décision » visant à réglementer le commerce d’ivoire légal ont été avortés par la plupart des Parties, qui ont estimé que la question était déplacée compte tenu de la crise du braconnage que traversent actuellement les éléphants.

L’adoption de ce mécanisme de prise de décision sera donc décidée par toutes les Parties lors de la prochaine CoP. Le comité permanent recommande néanmoins de suspendre tous les échanges commerciaux avec le Nigéria, l’Angola et le Laos car ceux-ci n’ont pas publié de rapports d’avancement sur leur Plan national d’action pour l’ivoire. On peut espérer que ces prises de position dissuaderont certains de proposer de nouvelles ventes de stocks d’ivoire ou de déclasser des populations d’éléphants spécifiques lors de la CoP, et qu’au contraire les Parties pourront se concentrer sur les moyens de prévenir de nouveaux massacres d’éléphants.

RHINOCÉROS : La situation précaire des rhinocéros a été reconnue au cours des discussions en session plénière. Une proposition de résolution a été émise, et vise à demander aux Parties possédant des stocks de cornes de rhinocéros de les identifier, de les marquer, de les répertorier, de les mettre en lieu sûr et de les déclarer au Secrétariat. En outre, les Parties devront s’assurer que des mesures nationales sont prises concernant l’importation de trophées de rhinocéros, y compris dans le cadre d’acquisitions légales.

GUÉPARDS : Le trafic de guépards, revendus comme animaux de compagnie exotiques ou pour leur fourrure ou d’autres parties de leur corps auxquelles l’on prête des vertus médicinales, menace cette espèce charismatique. Un atelier organisé au Koweït avec le cofinancement d’IFAW a permis d’établir une série de recommandations à l’égard des Parties : plus grande sensibilisation de l’opinion publique, coordination des actions de répression dans les pays de l’aire de répartition et les pays consommateurs, amélioration des conditions de vie des animaux vivants confisqués et création d’une boîte à outils à la disposition des forces de l’ordre pour les aider à lutter contre ce trafic. IFAW et le Niger ont souligné le rôle du commerce en ligne dans le trafic de guépardeaux vivants et ont inclus une suggestion de collaboration entre les Parties et l’ICCWC. Les Parties devront également surveiller les fraudes aux permis de reproduction en captivité qui visent à masquer le trafic de guépards sauvages, dénoncées au cours de l’atelier.

ANIMAUX VIVANTS CONFISQUÉS : La prise en charge des animaux vivants saisis par les forces de l’ordre est encore un problème de taille pour la plupart des Parties qui s’attaquent au trafic d’animaux sauvages. En tant que membre du groupe de travail en charge de cette question, IFAW recommande aux Parties de concevoir et d’appliquer des lignes directrices pour savoir quoi faire des animaux saisis en identifiant les installations et les spécialistes disponibles, en mettant en place les structures légales et financières nécessaires, et en développant des réseaux régionaux de sauvetage et de réhabilitation des animaux. La CoP devra examiner une proposition de questionnaire pour que les Parties détaillent leur mode opératoire en cas de confiscation (sur lequel les données font cruellement défaut à l’heure actuelle). IFAW ne manquera pas d’aider les Parties à se préparer pour mieux gérer les animaux vivants confisqués en mettant l’accent sur leur bien-être et leur conservation.

De nombreuses autres espèces ont fait l’objet de discussions au cours de cette réunion, telles que les requins, les raies, les grands félins d’Asie (tigres notamment), le saïga, le teck, ainsi que nombre d’oiseaux et de reptiles. Celles-ci pourraient très bien figurer à l’ordre du jour lors de la prochaine Conférence des Parties mais, pour l’heure, les plus probables sont les pangolins, les lions, les éléphants et les rhinocéros.

Jeff Flocken

Staci McLennan, Responsable politique UE pour les programmes Espèces sauvages d’IFAW, a contribué à la rédaction de ce rapport.

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