Un pacte historique pour le climat, qui tient compte de l’intégrité des écosystèmes

Le changement climatique détruit les récifs coralliens et les forêts, qui abritent la majeure partie de la biodiversité de notre planète.

La délégation d’IFAW vient de rentrer de Paris, où s’est tenue la 21e Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP21), une conférence internationale réunissant les dirigeants de près de 200 États pendant deux semaines.

À notre satisfaction, l’intégrité des écosystèmes et la résilience climatique ont été débattues et incluses dans le nouvel accord pour le climat.

Après deux semaines d’intenses négociations parachevées d’une longue nuit de pourparlers, les chefs d’État ont en effet conclu le premier accord international sur le changement climatique de l’histoire. Des efforts colossaux ont dû être déployés pour persuader les quelque 200 pays représentés de la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Plus d’une fois, nous avons frôlé l’impasse. Heureusement, sous l’impulsion du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, et malgré 24 heures de retard sur les échéances, un consensus a finalement été trouvé.

Les grandes lignes de cet accord sur le changement climatique

  • Maintenir la hausse de la température mondiale moyenne « nettement en dessous » de 2 °C, et « poursuivre l’action menée » pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C.
  • Réduire les quantités de gaz à effet de serre émises dans le cadre des activités d’origine anthropique afin de ne pas dépasser les niveaux d’absorption naturelle des sols, des arbres et des océans entre 2050 et 2100.
  •  Proposer des objectifs de réduction des émissions assortis de réunions de suivi régulières. Les objectifs de réduction des États pourront être revus à la hausse au besoin.
  • Les pays riches aideront les pays plus pauvres via « le financement de l’action climatique » à s’adapter au changement climatique et à amorcer la transition vers les énergies renouvelables.

Contrairement à l’accord de Kyoto, qui ne concernait que les pays développés, l’accord de Paris engage des États riches, émergents et pauvres. Au-delà de la réduction des émissions de CO2, cet accord est d’une importance capitale pour IFAW dans ses efforts de conservation et de protection des animaux dans le monde.

Le changement climatique et la survie des animaux sont en effet intrinsèquement liés, comme l’a notamment illustré l’étude que nous avons menée en partenariat avec Rudi Van Aarde, de l’Unité de recherche sur la conservation et l’écologie (CERU) de l’Université de Pretoria, sur les effets du réchauffement de la planète sur les éléphants. Cette étude a en effet montré qu’en Afrique australe, certains pays tels que le Botswana, où vivent la majorité des éléphants d’Afrique, deviendront plus chauds et plus secs, et donc plus hostiles. Les éléphants pourraient par conséquent devenir des animaux nocturnes pour éviter la chaleur excessive en journée, ce qui leur laisserait moins de temps pour se nourrir à la lumière du jour et augmenterait la mortalité infantile. Dans les régions orientales, le climat sera un peu plus clément, ce qui le rendra plus adapté à la survie des éléphants, mais aussi des hommes, et risque donc de créer des conflits entre les deux espèces. Toutefois, la confrontation n’est pas la seule issue possible. Nous avons besoin des éléphants pour que l’écosystème de ces territoires reste hospitalier à long terme, surtout si l’impact du changement climatique se renforce, et nous devrons donc réussir à composer avec les besoins des deux espèces.

Pour préserver l’intégrité de ces écosystèmes, il nous faut donc élaborer des stratégies afin que la cohabitation entre humains et éléphants soit aussi harmonieuse que possible et que les deux espèces puissent s’adapter au changement climatique. Nous travaillons d’ores et déjà sur ces thématiques en Afrique australe et poursuivons nos recherches au Malawi et en Zambie.

L’accord final n’est pas parfait pour tout le monde, mais des compromis ont pu être trouvés. « Vous avez un choix à faire pour votre pays, pour votre continent et pour le monde », a déclaré le président François Hollande. Malgré ses travers, l’accord reconnaît entièrement que la protection des écosystèmes constitue un défi à l’échelle internationale et un élément clé pour l’adaptation aux changements climatiques, comme le précise le paragraphe 2 de l’article 7 :

Les Parties reconnaissent que l’adaptation est un problème mondial qui se pose à tous, comportant des dimensions locales, infranationales, nationales, régionales et internationales, et que c’est un élément clef de la riposte mondiale à long terme face aux changements climatiques, à laquelle elle contribue, afin de protéger les populations, les moyens d’existence et les écosystèmes, en tenant compte des besoins urgents et immédiats des pays en développement qui sont particulièrement vulnérables aux effets néfastes des changements climatiques.

 

En outre, l’accord ne braque pas exclusivement les projecteurs sur les pays en développement, où le gros du travail doit être réalisé, et oblige les pays développés à continuer de financer les projets liés au changement climatique des pays en développement. Il encourage également tout pays à soutenir ces initiatives à sa discrétion, trouvant ainsi un juste milieu entre les positions particulièrement polarisées qui ont marqué ces négociations.

Ainsi, les mécanismes de financement du Fonds vert pour le climat profitent indirectement à la protection de l’intégrité des écosystèmes. Les populations rurales démunies, notamment celles vivant dans des régions protégées, dépendent du charbon pour leurs besoins énergétiques. Dans pareil cas, une approche de gestion de l’écosystème favorisant à la fois la conservation de la faune et le développement des communautés s’avère particulièrement pertinente. Le Fonds peut par exemple prévenir la dégradation de l’environnement en donnant à ces communautés de l’énergie solaire. Pour IFAW, ce type d’initiatives implique également une réduction des risques de dégradation des sols et de conflits dans les habitats partagés, notamment avec les éléphants.

Outre le Fonds vert pour le climat, l’article 6 de l’Accord reconnaît que les Parties peuvent choisir de leur gré de coopérer dans l’application de mesures de développement durable, d’adaptation et d’atténuation plus ambitieuses. Bien qu’il soit regrettable qu’ait été supprimée la partie du texte appelant à envisager des solutions d’adaptation plus ambitieuses en cas de transfert des résultats d’atténuation au niveau international, cet article permet néanmoins de soutenir davantage les mesures d’adaptation fondées sur la protection des écosystèmes.

Au total, les pays se sont accordés sur une promesse de financement de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020, qui jettera les « bases » d’un soutien plus poussé après 2025. Il convient de noter que ce montant est inférieur à 8 % du budget de défense déclaré à l’échelle internationale.

En l’état, cet accord n’a encore aucune valeur. Il doit à présent être ratifié et appliqué. Le monde a encore un long chemin à parcourir avant de pouvoir atteindre, voire dépasser, les objectifs fixés par l’Accord de Paris.

Pour paraphraser Nelson Mandela, que la déléguée sud-africaine, présidente du G77, a d’ailleurs cité dans son discours de clôture, nous avons atteint un accord, mais avons réalisé ce faisant les nombreux autres défis qui se dressent devant nous. Prenons donc quelques instants pour savourer ce moment avant de reprendre la longue route qui nous attend.

Satyen Sinha

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