Pourquoi les conservationnistes devraient se préoccuper du bien-être animal

Les scientifiques et les hommes politiques sont souvent prompts à dénoncer les effets néfastes des activités humaines sur les populations d’animaux et penser que nous devrions nous inquiéter uniquement des activités humaines qui nuisent à un grand nombre d’animaux. Par conséquent, lorsque nous prenons des décisions sur la gestion des espèces, nous avons trop souvent tendance à faire passer le bien-être des individus au second plan, voire à le passer complètement sous silence.

Des chercheurs ont récemment publié un article dans lequel ils s’intéressent à cette approche de la conservation et la remettent en cause en mettant en avant la notion du bien-être animal. « Traditionnellement, le bien-être des animaux a toujours été perçu comme une question subalterne dans le domaine de la conservation, bien qu’aucune raison valable ne justifie cette attitude. Pour sauver la faune sauvage, nous devons prendre en compte à la fois les indicateurs de conservation et les indicateurs de bien-être. Les questions liées au bien-être se sont révélées particulièrement efficaces, non seulement pour impliquer davantage le public dans la cause animale, mais aussi instaurer un système d’alerte capable de prévenir les problèmes de conservation », a déclaré M. Vassili Papastavrou, auteur principal de l’article.

Les méthodes de conservation centrées sur l’étude des populations ne permettent pas de déjouer les menaces assez vite, car lorsqu’une menace affecte une population, il est peut-être déjà trop tard pour agir. En revanche, si l’on s’attache à évaluer le bien-être individuel des animaux comme indicateur, il est possible d’agir pour diminuer la menace ou éviter les retombées néfastes sur la population entière.

Pour illustrer cet argument, les auteurs ont choisi d’étudier les menaces qui avaient des retombées à la fois sur le bien-être et sur la conservation des mammifères marins. Parmi elles, ils se sont intéressés aux captures accidentelles dans l’industrie de la pêche commerciale, et notamment au cas des baleines franches de l'Atlantique Nord, espèce menacée qui se retrouve souvent piégée dans des filets de pêche. Lorsque les baleines s’emmêlent dans les filets de pêche, leur aptitude à se nourrir et à nager librement se trouve gravement atteinte et les lignes de pêche peuvent rester attachées pendant des mois voire des années aux mammifères, leur faisant endurer une mort lente et douloureuse. Ce problème est considéré comme l’une des plus importantes menaces qui pèse sur la baleine franche de l’Atlantique Nord. Cependant, les autorités n’ont pris des mesures pour réduire ces incidents qu’après avoir été alertées sur les conséquences pour la population et non après s’être inquiétées du bien-être individuel des baleines.

Le temps requis pour déterminer si ces incidents représentaient une menace, puis pour calculer leur impact sur la population et enfin prendre des mesures concrètes est de 10 ans. Cela s’est hélas traduit par une augmentation du nombre de baleines franches mortes dans des filets de pêche. Si nous avions réagi à ce désastre dès les premiers signes annonciateurs en prenant le bien-être comme indicateur, nous aurions pu éviter un grand nombre de mort et la population n’aurait jamais subi autant de pertes.

Aujourd’hui, l’observation des baleines est considérée comme un exemple d’activité prônant une meilleure gestion des populations et un contrôle du bien-être des animaux. Les « codes de conduite » que les organismes d’observation des baleines ont mis en place s’efforcent de diminuer les risques de nuisance pour les baleines et les dauphins. De même, l’engouement du public pour cette activité a fait progresser les mentalités en faveur du bien-être individuel des animaux.

L’approche traditionnelle de la conservation qui incite les gouvernements, les scientifiques et les autorités à s’intéresser uniquement aux effets sur les populations semble donc bien trop étroite et obsolète pour que l’on continue de s’y conformer. En revanche, une politique et une approche modernes qui s’efforceraient d’intégrer des indicateurs sur le bien-être des individus aux projets de protection des animaux sauvages pourraient se traduire par des actions bien plus efficaces pour les animaux, tant au niveau des individus qu’à l’échelle des populations.

Sharon Livermore

Référence : V. Papastavrou, R. Leaper, D. Lavigne, Why management decisions involving marine mammals should include animal welfare (« Pourquoi les décisions concernant les mammifères marins doivent intégrer la question du bien-être des animaux »). Marine Policy, Vol. 79 (2017), pp. 19-24.

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