Les tragédies d’Harambe et de Cecil bousculent la définition traditionnelle de la conservation

La mort du lion Cecil (en photo) et celle du gorille Harambe ont suscité de nombreux débats sur la définition même du concept de conservation.© Paula French

L’anniversaire de la mort du lion Cecil et l’abattage récent d’Harambe, ce Gorille des plaines de l’Ouest qui vivait dans un zoo aux États-Unis, ont déchainé les passions tout comme ils ont pu déconcerter l’opinion publique.

Si les vagues d’indignation qu’ont suscitées ces deux morts en ont déconcerté plus d’un, c’est peut-être parce qu’une partie de l’opinion publique tend à penser que les efforts de conservation doivent viser le bien-être des populations en général et que l’individu n’a de valeur qu’en tant que contributeur à la survie de son espèce.

 

Chez IFAW, nos principes directeurs sont fondamentalement liés au bien-être animal et aux philosophies de conservation. La mort de Cecil a relancé le débat sur le sens même du concept de conservation des animaux sauvages, et la mort d’Harambe a recentré les discussions sur le rôle des zoos et leur contribution aux efforts de conservation.

Nous pensons que les animaux ont une valeur intrinsèque, c’est-à-dire que leur vie a un sens, quelle que soit l’utilité, économique ou autre, que leur prêtent les humains. Loin d’être une question de droits, nous pensons que les hommes ont une responsabilité, voire une obligation, envers les animaux sauvages et que la question de leur protection doit se trouver au cœur de tous les efforts de conservation.

 

Certains zoos et refuges sont par exemple extrêmement bénéfiques, que ce soit grâce à leurs installations et à leur expertise ou grâce à leurs programmes d’éducation intensive. D’autres fournissent, quant à eux, un refuge aux animaux qui ne peuvent être remis en liberté tout en contribuant financièrement aux projets de conservation de la faune sauvage sur le terrain.

Les centres qui ne font rien de tout cela, mais qui remplissent la fonction de simples entrepôts pour espèces en danger ou éteintes, ne participent pas à l’effort de conservation. Ils incarnent au contraire la résignation cynique à un monde dépourvu d’animaux en liberté.

 

Si nous ne partageons pas cette vision de l’avenir chez IFAW, nous mettons toutefois un point d’honneur à définir notre travail en fonction des principes que nous défendons, plutôt qu’en fonction de ceux que nous refusons.

 

C’est pourquoi nous nous attachons à redéfinir la conservation et progressons dans ce sens.

Dans son discours d’ouverture de la réunion du Comité pour les animaux de la CITES, qui s’est tenue à Tel Aviv, en Israël, en septembre 2015, John Scanlon, Secrétaire général de la CITES, a consacré quelques paragraphes à la question de la protection des animaux et de son impact possible sur la conservation.

« L’une des questions scientifiques qui revient souvent lorsque je m’adresse aux gens est celle qui consiste à réfléchir à la manière dont nous pouvons réconcilier la protection des animaux individuels avec la conservation de leur espèce tout entière ».

Puis il a continué en précisant que les réunions de la CITES ne sont pas toujours le meilleur endroit pour discuter de toutes les questions relatives aux animaux. Or le simple fait que le secrétaire général de la CITES évoque le sujet est déjà en soi un événement extraordinaire.

Au mois d’avril dernier, M. Kenyatta, président du Kenya, a supervisé la cérémonie de destruction de 105 tonnes d’ivoire en présence de deux autres présidents africains et s’est exprimé en ces termes :

« La protection des éléphants nécessite la sagesse de nos anciens et l’espoir de notre jeunesse. Nous n’avons pas cédé notre héritage aux caprices du marché, mais avons bien au contraire pris des mesures courageuses qui méritent l’approbation de nos anciens et encourageront nos jeunes à prendre conscience de l’inestimable valeur de notre patrimoine. Perdre nos éléphants reviendrait à perdre une composante essentielle de l’héritage qui nous a été confié. »

La reconnaissance de la valeur intrinsèque des animaux dans les efforts de conservation occupe désormais une part importante des discussions dans les rencontres scientifiques et politiques au niveau mondial.

Cette reconnaissance est un changement majeur dans l’acception universelle du concept de conservation et constitue un exemple de principe que défend IFAW, à savoir : redéfinir la conservation de sorte à ce qu’elle prenne en considération non seulement les besoins de populations tout entières, mais aussi les besoins des animaux en tant qu’individus.

Azzedine Downes 

Apprenez-en plus sur nos efforts de conservation.

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