La migration des éléphants ne tient pas compte des limites des zones protégées ou des frontières internationales

 La migration des éléphants ne tient pas compte des limites des zones protégées
Lundi, 30 Juillet, 2018
Pretoria, Afrique du Sud

Une nouvelle étude de l’Unité de recherche en écologie et conservation (Conservation Ecology Research Unit ou CERU) de l’Université de Pretoria propose de décoder la migration du plus grand mammifère terrestre au monde : l’éléphant de savane.

La migration, un terme souvent associé aux gnous du parc de Serengeti, est plus fréquente chez les grands mammifères que l’on ne pense, notamment chez les espèces qui occupent des habitats à caractère fortement saisonnier. L’hypothèse courante est que les éléphants sont également des migrateurs mais, jusqu’à présent, nous manquions de preuves pour soutenir cette hypothèse.

« Nous savons que les éléphants peuvent se déplacer sur de grandes distances et que ces mouvements correspondent souvent aux changements de saison, mais l’aspect migratoire de ces déplacements n’était qu’une rumeur » a déclaré le responsable de l’étude et président du CERU, le Professeur Rudi van Aarde.  Cela fait 15 ans que ce projet de recherche est en cours.

L’étude, publiée vendredi dans Scientific Reports, propose de répondre à une question très simple : les éléphants migrent-ils ? Il s’avère que la réponse est un peu plus complexe.

Le principal auteur de l’article, Andrew Purdon, explique les résultats de l’étude : « Les éléphants sont une espèce partiellement migratrice dont la migration est facultative. Autrement dit, seulement certains éléphants migrent et, s’ils sont migrateurs, ils peuvent ne pas migrer tous les ans. »

L’étude actuelle, qui est l’une des plus longues études sur le mouvement des éléphants jusqu’à présent, repose sur des données recueillies pendant 15 ans qui portent sur 139 éléphants de savane répartis sur l’ensemble des sept pays d’Afrique australe. Sur les 139 éléphants étudiés, seuls 25 ont effectué des va-et-vient saisonniers entre deux zones bien distinctes qui ne se chevauchent pas. Sur ces 25 éléphants, seulement 6 ont migré plus d’une fois au cours de la période de suivi.

Bien que la raison de la migration de ces éléphants n’est pas définie, la théorie suggère que les avantages pour les individus migrants sont les suivants : profiter des changements de quantité ou de qualité de nourriture, accéder à des ressources géographiquement limitées ou même échapper à la compétition avec d’autres individus.

Jason Bell, Vice-président pour la conservation et le bien-être animal chez IFAW, a déclaré : « Même si les populations d’éléphants en Afrique du Sud ne migrent pas de manière importante, il est crucial de préserver une connectivité fonctionnelle entre ces populations. Et cela va le devenir encore plus alors que les prédictions à long terme sur les conséquences du changement climatique en Afrique subsaharienne deviennent réelles. »

IFAW, le Fonds international pour la protection des animaux a soutenu pendant plus de 10 ans les études sur le long terme de la CERU sur les métapopulations d’éléphants en Afrique australe.

Le Professeur Rudi Van Aarde ajoute : « Il est probable que pendant la saison sèche, les éléphants soient limités aux habitats situés à proximité de sources d’eau permanentes. Avec l’arrivée de la saison des pluies, les éléphants sont moins restreints par le manque d’eau et peuvent donc s’éloigner du territoire qu’ils occupent pendant la saison sèche, afin de rejoindre des zones plus vertes et plus riches où les individus sont moins nombreux. »

Ces résultats prouvent les capacités d’adaptation et de flexibilité des éléphants, mais également leurs besoins en terme d’espace.

M. Van Aarde ajoute : « Si les conditions l’exigent, les éléphants sont capables de se déplacer sur de grandes distances pour survivre, tant qu’ils ont accès à des ressources saisonnières et disposent d’espace pour les exploiter. » 

Bien que peu d’éléphants seulement migrent, la plupart des groupes d’aires protégées concernées par l’étude abritait des individus migrateurs. Cela comprend les éléphants du parc national Etosha (Namibie), du parc national Chobe et de la réserve de chasse Moremi (Botswana), du parc national Hwange (Zimbabwe), du parc national Kruger (Afrique du Sud), des parcs nationaux North et South Luangwa (Zambie) et du parc national Quirimbas (Mozambique). Cependant, les migrations ont presque toutes conduit au franchissement des limites des parcs nationaux (Parcs de catégorie I IUCN) et 11 d’entre elles ont comporté une traversée de frontières internationales.

Selon Michael Mole, coauteur de la publication, « la seule chose que ces zones protégées ont en commun, c’est qu’elles sont étendues, souvent entourées par des zones protégées secondaires et relativement peu fragmentées. La migration exige de l’espace et certains de ces éléphants font plus de 100 km pour atteindre leurs territoires saisonniers.

Le fait que les éléphants soient encore capables de se déplacer sur de si grandes distances et de franchir des frontières internationales est très révélateur. Cela montre que les projets de conservation mis en œuvre par de nombreux gouvernements et organisations, dans l’objectif de maintenir des espaces fonctionnels et de la connectivité entre les parcs nationaux et tout autour de ces derniers, sont fabuleux. »

C’est dans le nord du Botswana que tout ceci est le plus évident avec la migration de 15 éléphants. Les parcs nationaux et les zones protégées environnantes (ou Zones de gestion de la faune sauvage) forment un immense environnement hétérogène protégé et en grande partie intact. « À une époque où la répartition sur de grandes distances est en train de disparaître, cette recherche souligne l’importance de l’environnement du nord du Botswana dans la plus longue migration de grands mammifères » explique le Dr Mike Chase, coauteur, mais également président et fondateur d’Éléphants sans frontières. »

Toutefois, l’étude pose la question suivante : les parcs nationaux sont-ils suffisamment grands pour protéger correctement les éléphants ? La menace du braconnage est plus importante pour les éléphants qui se déplacent au-delà des zones protégées. De plus, l’augmentation de la population humaine et la fragmentation des habitats sont une réalité qui menace d’isoler et de diviser les zones protégées dans toute l’Afrique. Pouvons-nous faire plus ?

« Nous pouvons commencer par chercher à mieux comprendre les besoins en matière d’espace des grands troupeaux itinérants. En comprenant mieux ces exigences, nous aurons plus d’éléments pour établir des réseaux fonctionnels de zones protégées, a ajouté M. Purdon. De cette façon, les zones de conservation en Afrique peuvent devenir suffisamment étendues pour protéger efficacement des processus écologiques à grande échelle tels que la migration. »

 

CITATION: “Partial migration in savanna elephant populations distributed across southern Africa” Andrew Purdon, Michael Mole, Mike Chase, Rudi J van Aarde. Scientific Reports; 27 juillet, 2018.

Doi: 10.1038/s41598-018-29724-9

Lien : www.nature.com/articles/s41598-018-29724-9

 

FIN

Pour le compte de :

Rudi van Aarde : tél. +27 (0) 82 908 7313 ; rjvaarde@zoology.up.ac.za

Andrew Purdon : +27 (0) 83 864 3726 ; purdon_andrew@yahoo.com

 

Contact chez IFAW :

Christina Pretorius, IFAW Afrique du Sud : cpretorius@ifaw.org ; tél. : +27 (0) 82 330 2558.

 

À propos d’IFAW

Créé en 1969, le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) est une organisation internationale à but non lucratif qui protège les animaux et leurs habitats. Grâce à nos bureaux situés dans 15 pays et nos interventions dans plus de 40 pays, nous secourons, réhabilitons et relâchons des animaux dans des habitats protégés dans le monde entier. Conjointement avec les gouvernements et les communautés locales, nos militants aguerris, nos experts juridiques et politiques et nos scientifiques internationalement reconnus inventent des solutions durables pour répondre aux problèmes contemporains de conservation de la faune sauvage et du bien-être animal les plus urgents.

Post a comment

Contact presse

Christina Pretorius, IFAW Afrique du Sud
Contact phone:
+27 (0) 82 330 2558
Contact email:

Nos experts

Directeur général
Directeur général
Beth Allgood, Directrice d’IFAW aux États-Unis
Directrice d’IFAW aux États-Unis
Céline Sissler-Bienvenu, Directrice France et Afrique francophone
Directrice France et Afrique francophone
Conseillère politique en chef
Conseillère politique en chef
Dr. Joseph Okori
Directeur régional Afrique Australe et directeur du programme de conservation des habitats
Faye Cuevas, Vice-présidente
Vice-présidente
Grace Ge Gabriel, Asia Regional Director
Directrice régionale Asie
Kelvin Alie, Vice-président exécutif
Vice-président exécutif
Patrick Ramage, Directeur du programme Conservation de la faune marine
Directeur du programme Conservation de la vie marine
Rikkert Reijnen, Directeur du programme criminalité faunique
Directeur du programme criminalité faunique