La criminalité faunique au rang des accusés pour la Journée mondiale de la vie sauvage

La Journée mondiale de la vie sauvage est naturellement une invitation à célébrer les innombrables trésors de la nature. Mais l’émerveillement et la joie qui nous accompagnent en ce jour ne doivent pas occulter la dure réalité qui se cache dans les faits.

De plus en plus d’animaux sauvages sont cruellement massacrés pour satisfaire les intérêts des hommes. Certes, un certain nombre de ces morts est imputable aux problèmes de cohabitation entre nos espèces sur cette planète aussi diverse que belle. Mais une large proportion, grandissante de surcroît, est intimement liée aux besoins égoïstes des hommes, qui finissent par considérer les animaux comme de simples produits de consommation.

La résurgence alarmante du trafic d’animaux sauvages vient un peu plus assombrir ce tableau. Pour ne rien arranger, les sommes soulevées à travers la vente de produits dérivés de la faune sauvage servent parfois à financer des conflits armés et d’autres formes de trafic détestables.

Cette situation est tout simplement accablante. Et les chiffres ne mentent pas :

  • Toutes les 15 minutes, un éléphant est tué pour son ivoire, qui sera utilisé afin de produire des babioles tout à fait inutiles.
  • Le braconnage des rhinocéros a augmenté de près de 10 000 % depuis 2007 pour les vertus médicinales que l’on prête à tort à leurs cornes.
  • 100 millions de requins sont tués chaque année pour leurs ailerons, qui finissent dans les soupes servies à l’occasion de réceptions fastueuses.
  • Il n’y a plus que 4 000 tigres à l’état sauvage sur Terre. Ces félins sont chassés pour leur peau, qui sert d’ornement d’intérieur, et leurs os, auxquels sont attribuées de prétendues vertus médicinales.
  • D’ici à 2050, si rien ne change, la population d’ours polaires aura diminué de deux tiers.
  • 34 000 baleines ont été tuées alors que la chasse commerciale à la baleine est interdite. 

Aux quatre coins du monde, des populations animales se font massacrer pour répondre à la demande humaine. Dans le parc national de Boubandjida, au Cameroun, au moins 200 éléphants ont ainsi été mis à mort par des braconniers. Comment ne pas avoir le cœur brisé à la vue de ce rhinocéros qui, la corne tranchée par de cruels contrebandiers, a été abandonné à l’agonie, complètement désorienté et en proie à d’atroces souffrances ? Comment ne pas s’insurger lorsque l’on retrouve ces corps d’animaux autrefois pleins de vie prisonniers des pièges mortels installés dans les plaines d’Afrique, d’Inde et d’Asie ?

L’homme consomme la nature à un rythme effréné, qui dépasse sa capacité de régénération. À moins que nous ne changions drastiquement notre rapport à la vie sauvage, nous nous dirigeons vers une extinction massive d’espèces et une perte irréversible de biodiversité, pourtant essentielle à notre bien-être.

Si nous ne savons pas précisément quel sera l’impact de cette chute de la biodiversité sur la planète et sur les sociétés humaines, l’impact est évidemment dévastateur pour les animaux eux-mêmes. Notre espèce commet des actes d’une violence inouïe sur des créatures innocentes, quand bien même nombre d’entre elles présentent des traits que nous pensions autrefois être l’apanage des hommes : la sentience, la capacité à former des liens familiaux, l’organisation sociale, la compassion, et peut-être même l’amour…

Est-ce vraiment l’héritage que nous voulons laisser dans l’histoire de la vie sur Terre ? Serons-nous connus comme l’espèce qui exploita sans scrupule toutes les autres espèces ? Comme les bourreaux du règne animal ?

L’homme est un animal intelligent, doué d’aptitudes uniques. Reste encore à changer notre perception du monde et à faire évoluer nos comportements pour que cela n’arrive pas.

Les détails de l’horreur :

La population de rhinocéros en Afrique du Sud compte à l’heure actuelle quelque 26 000 individus. L’année dernière, un nombre record de rhinocéros (1 215) ont été tués pour leurs cornes, qui sont vendues à des prix astronomiques sur le marché noir. Les cornes sont aujourd’hui prisées pour leurs prétendues effets aphrodisiaques et des vertus médicinales pour le moins douteuses. Elles sont également recherchées par les chasseurs de trophées et les investisseurs.

Le nombre d’éléphants en Afrique oscille entre 500 000 et 600 000 individus. En l’espace de trois ans à peine, 100 000 pachydermes ont été tués pour leur ivoire. La population globale a diminué de 95 % au cours du siècle dernier. Le braconnage et le trafic répondent à une demande grandissante et sont souvent l’un des nombreux rouages de vastes réseaux de criminalité. Les saisies de cargaisons d’au moins 500 kilos d’ivoire témoignent d’ailleurs d’opérations de grande ampleur, signature du crime organisé. Malheureusement, beaucoup de consommateurs ne mesurent pas les conséquences désastreuses de leurs achats ou investissements.

Les requins, pour lesquels nous nous sommes battus lors de Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS), à Quito l'année dernière, disparaissent au rythme de 100 millions d’individus par année. D’après les rapports scientifiques, le taux de mortalité annuel des requins se situe entre 6,4 et 7,9 %, contre 5 % de taux de renouvellement. Les populations de requins chutent donc invariablement, et certaines ont même perdu jusqu’à 90 % de leurs individus.

Les tigres et les ours polaires ne sont eux non plus pas épargnés par la cupidité humaine.

Malheureusement, l’horreur de la criminalité faunique ne se limite pas aux cinq espèces que nous venons de mentionner. Voici quelques-unes des statistiques officielles sur la faune sauvage relevées pour 2014.

469 notices rouges ont été émises par INTERPOL pour différents types de crimes environnementaux au cours des dix premiers mois de 2014. Source: INTERPOL

33 006 animaux sauvages vivants ou parties et produits dérivés d’animaux sauvages ont été mis en vente et recensés en l’espace de trois semaines de recherche sur 280 sites de commerce en ligne dans 16 pays différents. Source : Recherché, mort ou vif : le commerce en ligne d’animaux sauvages dévoilé.

51 tortues vivantes ont été retrouvées dissimulées sous le pantalon de Kai Xu, un contrebandier désormais connu sous le nom de « Turtle Man », alors qu’il s’apprêtait à traverser la frontière canadienne dans le tunnel de Détroit-Windsor. M. Xu est impliqué dans un grand nombre d’opérations de contrebande sophistiquées et a illégalement fait circuler des milliers de reptiles aux quatre coins du monde. Source : Bureau de Sara Woodward, substitut du procureur fédéral.

5 millions d’euros ont été générés par le « Gang des Groenewald » dans le cadre d’une vaste opération de contrebande provoquant la mort ou la mutilation de centaines de rhinocéros.

1 vente aux enchères d’ivoire sur les 351 étudiées répond aux exigences en matière de documentation et de traçabilité sur la provenance, l’âge et la légalité de l’ivoire. Source: Rapport d’IFAW intitulé La mort au plus offrant : la crise du braconnage des éléphants et le rôle des enchères dans le marché de l'ivoire aux États-Unis (2014).

Le nombre d’annonces de mise en vente d’espèces protégées sur des sites de commerce en ligne en Australie et en Nouvelle-Zélande a augmenté de 266 pour cent par rapport aux derniers chiffres recensés en 2008. Source: Rapports d’IFAW intitulés Cliquez pour supprimer, Australie (2014)- en anglais et Cliquez pour supprimer, Nouvelle-Zélande (2014) - en anglais.

Ces chiffres sont choquants et doivent nous faire réagir.

Nous devons nous rassembler et dénoncer ce fléau qu’est le trafic d’animaux sauvages. Et nous devons pour ce faire appeler les hommes et les femmes du monde entier à respecter, à célébrer et, surtout, à protéger toutes les espèces animales en cette Journée mondiale de la vie sauvage.

Kelvin Alie

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