La Commission européenne planchera sur un plan d'action contre le trafic d'espèces sauvages

Archive photo © IFAW
Mercredi, 13 Mai, 2015
Brussels, Belgium

La Commission européenne a confirmé son intention de mettre sur pied un plan d'action contre le trafic d'espèces sauvages dans le cadre d'une dynamique internationale de lutte contre le trafic de produits tels que l'ivoire, la corne de rhinocéros, les écailles de pangolin et les parties du tigre, qui a pris des proportions considérables.

« Il est grand temps que l'Europe s'implique pleinement dans ce combat et prenne ses responsabilités dans la protection de la biodiversité de la planète », explique Satyen Sinha, Responsable des politiques liées à la faune sauvage d'IFAW. « L'Europe constitue l'un des plus grands marchés au monde pour les produits issus d'espèces d'animaux sauvages, et sert en outre, de plaque tournante pour les marchandises expédiées depuis l'Afrique vers l'Asie. »

« Le trafic d'espèces sauvages constitue non seulement un crime grave contre l'environnement à l'échelle mondiale ayant un impact considérable sur la protection des espèces menacées d'extinction et sur la stabilité des écosystèmes, mais également une menace grandissante pour la sécurité nationale, régionale et internationale. Les groupes criminels organisés sont attirés par le trafic d'espèces sauvages en raison de la faiblesse des risques et des sanctions encourues et de l'ampleur des profits qui y sont associés. Le retour sur investissement peut en effet excéder les 1 000 pour cent et la valeur de certains produits issus d'espèces sauvages côtoie celle de certains stupéfiants. »

« Seul un plan d'action européen à l'image de ceux déployés pour lutter contre d'autres crimes graves tels que le trafic d'êtres humains, le trafic de drogues et le terrorisme peut offrir le cadre politique et juridique et la transparence nécessaires pour permettre à l'Europe de jouer un rôle vital à l'échelle internationale en matière de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages. »

Intervenant lors d'un événement sur le thème de la conservation et du braconnage, Gaël de Rotalier, responsable de politiques à la Direction générale de l'environnement de la Commission européenne, a précisé que la proposition de plan d'action intégrerait les dimensions européenne et internationale du problème.

L'Union européenne est à la fois un marché et une zone  transit pour le trafic d'espèces d'animaux sauvages. L'Europe représente à elle seule un tiers des saisies d'ivoire mondiales. La Belgique, la France, le Portugal et le Royaume-Uni  sont des routes de transit clé, tandis que l'Italie, les Pays-Bas et l'Espagne se distinguent par le nombre important de saisies d'ivoire de moindre ampleur.

L'appât du gain et les faibles condamnations encourues ont attiré au fil des années des groupes criminels spécialisés dans le blanchiment d'argent, la criminalité financière, le vol et le trafic de stupéfiants. Le rapport OCTA d'Europol montre bien que les pontes du trafic de drogues au Brésil, en Colombie et au Mexique ont désormais la mainmise sur le trafic d'espèces sauvages vers les marchés européen et américain. Certaines méthodes mises au point pour dissimuler et faire circuler de la drogue sont donc désormais utilisées dans le cadre du commerce illégal d'espèces menacées. Les veilles menées par IFAW ont notamment révélé le rôle d'Internet dans la mise en relation entre les braconniers, les intermédiaires et les consommateurs.

L'ampleur de ce commerce criminel a un effet dévastateur sur la biodiversité et les communautés voisines. En Afrique et en Asie, les seigneurs de guerre africains recourent à ces crimes pour financer leurs conflits et leurs atrocités. Les produits dérivés d'animaux, et notamment l'ivoire, sont en passe de devenir les diamants de sang du XXIe siècle.

En avril 2013, la gravité du commerce illicite de faune et de flore sauvages a été officiellement reconnue par l'ONU, qui l'a classé parmi les « crimes graves » aux côtés de la traite d'êtres humains et du trafic de drogues.

La Commission va maintenant s'atteler à la rédaction du plan d'action, dont le contenu devrait être prêt pour la présidence néerlandaise de l'Union européenne. Le Plan d'action devra ensuite être validé par les États membres.

En fonction de leurs réponses, il sera probablement axé sur :

  • Le financement et la mise en œuvre d'une stratégie de conservation pour l'Afrique, un plan décennal précisant les priorités à suivre dans les domaines suivants : protection de 80 zones de conservation essentielles, projets de développement des communautés avoisinantes, application de la loi, renforcement des capacités des services nationaux et lutte contre le trafic. Pour en savoir plus, consultez le document :

https://capacity4dev.ec.europa.eu/b4life/minisite/biodiversity-life-b4life/african-wildlife-conservation-strategy#sthash.hKiCvrqC.dpuf.

  • La nécessité d'étudier de plus près les flux financiers illicites associés au trafic d'espèces sauvages, notamment en matière de blanchiment d'argent.
  • La nécessité de s'assurer que les mesures et les instruments de l'UE pour lutter contre le crime organisé sont applicables au trafic d'espèces sauvages.
  • L'importance de porter à quatre ans minimum la durée maximale d'emprisonnement pour les criminels impliqués dans ce trafic. Cette disposition est essentielle pour que la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée soit applicable. Au niveau national, elle permettrait l'utilisation d'outils d'investigations indispensables, tels que les écoutes téléphoniques et les opérations d'infiltration.
  • L'importance des livraisons contrôlées, qui consistent à laisser circuler de la marchandise de contrebande pour remonter la filière des réseaux criminels.

Cette décision de prendre à bras le corps le problème de la criminalité liée aux espèces sauvages intervient deux ans après la parution du décret-loi du gouvernement Obama visant à endiguer cette dernière. Celui-ci avait notamment prévu la création d'un groupe de travail présidentiel sur ce sujet.

Il y a deux semaines, 22 dirigeants africains se sont réunis à Brazzaville sous les auspices du PNUE afin de mettre en place une stratégie panafricaine de lutte contre la crise du braconnage.

Post a comment

Contact presse

Adrian Hiel (IFAW EU)
Contact phone:
+32-(0)473 86 34 61
Contact email:

Nos experts

Directeur général
Directeur général
Céline Sissler-Bienvenu, Directrice France et Afrique francophone
Directrice France et Afrique francophone
Directeur régional, Moyen-Orient et Afrique du Nord
Directeur régional, Moyen-Orient et Afrique du Nord
Dr. Maria (Masha) N. Vorontsova, Directrice Russie et CEI
Directrice Russie et CEI
Faye Cuevas, Vice-présidente
Vice-présidente
Grace Ge Gabriel, Asia Regional Director
Directrice régionale Asie
Kelvin Alie, Vice-président exécutif
Vice-président exécutif
Rikkert Reijnen, Directeur du programme criminalité faunique
Directeur du programme criminalité faunique
Représentant d’IFAW en Allemagne
Représentant d’IFAW en Allemagne
Staci McLennan, Directrice régionale pour l'Union européenne
Directrice régionale pour l'Union européenne
Tania McCrea-Steele, Chef de projet international Criminalité en ligne
Chef de projet international, Criminalité liée à la faune sauvage
Vivek Menon, Conseiller principal du PDG sur les Partenariats stratégiques et la
Conseiller principal du PDG sur les Partenariats stratégiques et la Philanthropie