Grande victoire pour les lions, les léopards, les baleines et les requins bleus

La biodiversité mondiale dépérit rapidement, en particulier au sein des espèces migratrices. Parmi ces espèces, on retrouve les baleines et les requins, mais également les éléphants, les grands félins, les chauves-souris, les oiseaux et bien d'autres. Sur les 1,8 million d'espèces connues dans le monde, entre 8 000 et 10 000 d’entre elles sont migratrices. Elles ont en commun de voyager à intervalles réguliers entre les aires de reproduction et celles d'alimentation, sur des distances atteignant souvent plusieurs milliers de kilomètres. Parfois, les distances sont plus courtes. Que ce soit pour un long ou petit voyage, ces animaux ont un besoin inné de traverser les frontières humaines, qu'elles soient maritimes ou terrestres.

La plupart des espèces migratrices rencontrent de nombreuses menaces lors de ces déplacements, la plupart liées au développement humain. La surexploitation le long des routes migratoires, comme la chasse non durable et non régulée ou l'absence de gestion de la pêche, rajoute une pression supplémentaire sur les populations migratrices, sans oublier l'impact du changement climatique sur les cycles migratoires. Le manque de coordination et de coopération entre les pays peut conduire à négliger la conservation des espèces migratrices et à sous-évaluer la contribution des animaux à l'économie et aux communautés.

C'est pourquoi la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS) qui se déroule cette semaine est si importante. C'est la seule convention mondiale qui traite spécifiquement de la conservation de ces espèces et qui est sous la supervision du Programme des Nations unies pour l'environnement. C'est un mécanisme unique qui rassemble des pays traversés par des espèces migratrices dans le but d'améliorer la coordination de la conservation transfrontalière.

Cette semaine, après de nombreuses négociations et autant de débats, 126 gouvernements membres de la CMS ont trouvé un accord visant à protéger la faune sauvage la plus emblématique d'Afrique : les lions, les léopards, les chimpanzés, les girafes ; mais également un certain nombre d'espèces de requins, y compris le plus grand poisson des océans, le requin-baleine, ainsi que l’espèce de requin la plus pêchée actuellement, le requin bleu. 

Mais qu'implique cet accord dans la pratique ?

Pour les animaux comme le requin-baleine et le chimpanzé, qui figureront tous les deux dans l'Annexe I de la CMS, les pays s'engagent à les protéger contre la chasse et la pêche qui leur coûteraient la vie, ainsi qu’à préserver leurs habitats.

Les requins-baleines sont devenus indispensables au tourisme de plongée dans de nombreux pays et au sein de communautés côtières dans le monde entier, mais leur population est en déclin. Alors que de nombreux pays protègent déjà cette espèce, les zones importantes où on retrouve ces animaux ne le sont pas toutes. La liste établie par la CMS devrait permettre d'améliorer la protection dans des pays comme Madagascar, le Mozambique, le Pérou ou la Tanzanie.

Les chimpanzés sont protégés dans les 21 pays d'Afrique où on peut les trouver, mais leur survie est menacée par la disparition de leurs habitats qui est due à l'activité humaine empiétant sur leurs forêts natales. Avec un habitat éparpillé, qui s'étale parfois à travers les frontières, une meilleure coopération entre les États concernés afin de les protéger et de préserver leurs habitats est indispensable.

Les lions et les léopards vont intégrer l'Annexe II de la CMS, ce qui signifie que les États acceptent de renforcer la coopération au niveau international afin de les protéger. En plus de cette liste d'espèces, la CMS lance une nouvelle initiative, l'Initiative pour les carnivores d'Afrique, qui se concentre sur les efforts de conservation pour les guépards et les lycaons, mais aussi pour les lions et les léopards.

Les populations de lions chutent rapidement en Afrique où on estime qu'il reste seulement 20 000 individus. Les habitats des léopards sont devenus tellement éparpillés qu'il est de plus en plus difficile pour ces grands félins solitaires de maintenir leur population. Pour tous ces animaux qui rencontrent des menaces similaires, telles que la perte de leurs habitats ou les conflits entre l'homme et la faune, nous savons où sont les problèmes : il faut créer une volonté politique, trouver les ressources et encourager la coopération internationale. Nous avons bon espoir que l'Initiative pour les carnivores d'Afrique va attirer l'attention, et les financements, sur les prédateurs emblématiques d'Afrique.

Les requins bleus ont également intégré l'Annexe II. Ce requin est l'une des espèces de requin les plus migratrices : il parcourt de très longues distances dans les eaux internationales, ce qui le rend vulnérable à la pêche, qu'elle soit ciblée (délibérée) ou accessoire (par accident). C'est exactement ce type d'animaux que la CMS cherche à protéger. Jusqu'à aujourd'hui, aucune protection ne couvrait l'intégralité de son aire de circulation et il n'y avait aucune gestion de sa pêche ou de régulation du commerce de sa chair malgré la capture d'environ 20 millions de requins bleus chaque année par les pêcheries du monde entier. En l'absence de réponses efficaces à ce problème par les organismes responsables de la pêche, la liste de l'Annexe II de la CMS vise à augmenter la pression sur les Organisations régionales de gestion de la pêche (RFMO) afin d'obtenir une réglementation des prises.

La CMS fournit également des instruments internationaux à part, ainsi que des accords entre des États concernés par une ou plusieurs espèces migratrices.  L'un de ces instruments est le Mémorandum d'entente (MOU) sur les requins de la CMS. Dans ce MOU, 41 pays, auxquels s'ajoutent les 4 nouveaux pays (Sri Lanka, Équateur, Brésil, Bénin) qui ont adhéré cette semaine, se sont mis d'accord afin de développer des mesures de conservation visant spécifiquement les requins et les menaces qui pèsent sur eux.

La délégation d'IFAW à la CMS a travaillé d'arrache-pied, en compagnie de nombreuses autres ONG, afin d'obtenir ces mesures de protection. Il appartient désormais aux gouvernements participants d'agir pour les mettre en œuvre. 

Matt Collis

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