Considérer l'individu dans la lutte contre la sixième extinction

Un éléphant dans le parc national d'Amboseli.La diversité biologique rend le monde unique. Constituée de l'ensemble de tous les organismes vivants, la biodiversité est la clé de notre survie sur la planète.

Une étude publiée le 10 juillet par Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) fait un état des lieux de la biodiversité et en tire cette conclusion inquiétante : nous sommes au beau milieu de la « sixième extinction de masse ».

Les auteurs de l'étude, Gerado Ceballos, Paul Ehrlich et Rodolfo Dirzo, expliquent que « l'importance donnée à l'extinction des espèces, l'un des aspects les plus graves de l'extinction biologique actuelle, donne la fausse impression que les organismes peuplant la Terre ne sont pas directement menacés, comme s'il ne s'agissait que d'un processus lent de réduction notable de la biodiversité. » Si cette nouvelle est bouleversante, l'intérêt de cette étude est dans la nuance qu'elle propose. Contrairement à la plupart des écrits sur la question, elle ne se concentre pas que sur les populations mondiales, mais porte un regard critique sur les populations locales.

L'équipe a analysé des données portant sur 27 600 espèces de vertébrés terrestres et a découvert que pour un tiers d'entre eux, les chiffres étaient en baisse. Cela ne signifie pas forcément que ces espèces sont menacées, mais comme l'explique Gerado Ceballos, c'est ce qui provoque une illusion de sécurité. Les scientifiques ont également étudié les données historiques de 177 mammifères : la population de chacune de ces espèces a diminué d'au moins 30 pour cent et, pour presque la moitié de ces espèces, la diminution est supérieure à 80 pour cent depuis 1900.

Ed Yong, qui écrit pour le magazine The Atlantic, l'explique très bien : « Si une espèce disparaît, c'est une perte majeure irréversible. Mais ce passage de présent à absent, d'existant à éteint, n'est que le point final d'un long processus de disparition. Avant l'extinction totale d'une espèce, elle disparaît localement. Chacune de ces extinctions, ou disparitions, au niveau local doit être prise en compte. »

Par exemple, les lions parcouraient par le passé un territoire qui allait de l'Afrique au nord de l'Inde, en passant par le sud de l'Europe. Aujourd'hui, ils ne vivent plus que dans des zones isolées et leur population a diminué de 43 pour cent au cours des 20 dernières années.

La population de girafes a baissé de son côté de 40 pour cent et celle des éléphants d'Afrique de 30 pour cent. Les éléphants de forêt en particulier ont vu leur population chuter de plus de 80 pour cent.

« Si les jaguars disparaissent au Mexique, peu importe qu'il y en ait toujours au Brésil, car ces animaux ont un rôle à jouer dans l'écosystème mexicain, explique Gerado Ceballos à The Atlantic. Nous pouvons essayer de préserver les condors de Californie, mais s'il n'en reste que 10 ou 12 individus, ils auront besoin de l'intervention humaine pour survivre. Si nous nous concentrons seulement sur l'extinction des espèces, nous passons complètement à côté du problème. »

Un lion dans le parc national d'Amboseli.

Les données de l'Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) montrent que la première cause de disparition est la perte d'habitat, suivie par la chasse et le ramassage puis l'introduction d'espèces étrangères ou invasives. Comme l'explique l'article, « la disparition massive des populations détériore déjà les services écosystémiques dont bénéficie l'humanité. Lorsqu'on étudie cette agression redoutable contre les fondations de la civilisation humaine, il ne faut pas oublier que la capacité de la Terre à porter la vie, y compris les vies humaines, a été façonnée par la vie elle-même. »

En se basant sur cet article ainsi que sur notre propre expérience, il n'est pas possible de nier que la sixième extinction est en train d'avoir lieu. Comme l'explique l'étude, la disparition d'une population n'est que le préalable à la disparition de l'espèce. Jacquelyn Gill, de l'Université du Maine, précise dans The Atlantic que « ce qui est vraiment primordial dans l'étude [de Gerado Ceballo], c'est qu'elle n'est pas centrée sur les disparitions, mais sur les signes avant-coureurs. Une diminution de population est le signe habituel d'une future extinction et il est possible de tenter d'y remédier. »

Chez IFAW, nous sommes persuadés depuis longtemps que nous avons dépassé le seuil critique et que les mesures de protection classiques ne suffisent plus. Lorsque vous voyez la pression énorme qu'il y a sur ces populations, vous n'avez aucun doute quant à la valeur de chaque individu qui la compose. C'est pourquoi nous sauvons puis réhabilitons des animaux en leur offrant des espaces de vies sûrs et sécurisés. C'est ça, le futur de la protection.

Notre organisation a œuvré pour le retour des tigres russes de l'Amour dans leur habitat naturel. IFAW a réhabilité six tigreaux orphelins qui sont venus s'ajouter à une population inférieure à 500 individus. En Inde, nous travaillons avec acharnement afin de sauver et de relâcher des rhinocéros pour repeupler le parc national de Manas. Nous intervenons également sur la population d'éléphants d'Asie qui est en dessous de la barre des 50 000 individus. Nous avons réussi à élever puis à relâcher 20 éléphanteaux qui se sont bien intégrés dans des troupeaux sauvages.

Nous sommes persuadés que les décisions en matière de conservation doivent être viables sur les plans écologique et biologique. Le développement et l'augmentation de la population humaine ont pour conséquence la disparition d'espaces naturels partout dans le monde, ce qui impacte directement la biodiversité dans les zones concernées. Nous avons besoin des animaux. Ils sont indispensables à la planète et aux humains.

Si nous voulons préserver la biodiversité de la Terre, il faut préserver les habitats indispensables à la faune sauvage malgré le développement de la population humaine.

Comme le résume le rapport, la capacité de la Terre à porter la vie est façonnée par la vie elle-même.

Azzedine Downes

Post a comment

Nos experts

Directeur général
Directeur général
Beth Allgood, Directrice d’IFAW aux États-Unis
Directrice d’IFAW aux États-Unis
Céline Sissler-Bienvenu, Directrice France et Afrique francophone
Directrice France et Afrique francophone
Conseillère politique en chef
Conseillère politique en chef
Faye Cuevas, Vice-présidente
Vice-présidente
Grace Ge Gabriel, Asia Regional Director
Directrice régionale Asie
Kelvin Alie, Vice-président exécutif
Vice-président exécutif
Patrick Ramage, Directeur du programme Conservation de la faune marine
Directeur du programme Conservation de la vie marine
Rikkert Reijnen, Directeur du programme criminalité faunique
Directeur du programme criminalité faunique