CMS : redéfinir les valeurs « écologiques » pour y inclure la protection des animaux

Il est grand temps que la CMS (Conférence des parties de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage) reconnaisse la valeur intrinsèque de la faune sauvage et encourage la protection des espèces migratrices. Il lui faut donc promouvoir pleinement les droits de la nature afin de jeter les bases d’une économie verte digne de ce nom à l’échelle mondiale.La notion « d’économie verte » va-t-elle vraiment de pair avec le concept de reconnaissance des « droits de la nature » ?

Ces deux principes pourraient-ils éventuellement se concilier tout en tenant compte des enjeux du développement durable et de l’éradication de la pauvreté qui agitent notre monde complexe ?

En tant qu’organisation internationale de défense des animaux, IFAW place naturellement ces sujets au cœur de ses préoccupations. Mais qu’en est-il des chefs d’État et de gouvernement ?

La onzième réunion de la Conférence des parties de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS), qui se tient actuellement à Quito, en Équateur, nous apportera peut-être quelques éléments de réponse.

La réunion est intitulée « Vers une conciliation entre les droits de la nature et une économie verte dans l’optique du développement durable et de l’éradication de la pauvreté : trouver des solutions pour protéger les espèces sauvages à l’échelle internationale ». Elle sera présidée par Lorena Tapia, la ministre de l’Environnement équatorienne, et réunira vingt autres ministres de l’Environnement venus d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine ainsi que les secrétaires exécutifs de plusieurs traités environnementaux multilatéraux.

Afin de promouvoir un débat informé dans ces hautes instances décisionnelles, il convient avant tout de revenir sur la définition de « valeur » conférée à la nature. L’économie verte et ses défenseurs prônent ainsi l’hégémonie de la valeur financière, raisonnement qui semble a priori pertinent dans nos sociétés contemporaines.

Mais cette approche souffre malheureusement d’un écueil majeur : considérer la nature sous le seul angle pécuniaire revient à la reléguer au rang de marchandise, ignorant purement et simplement tout ce qui n’est pas jugé rentable.

D’aucuns n’hésitent d’ailleurs pas à parler d’échec pour qualifier notre tentative d’appréhender la durabilité écologique universelle en tant que communauté mondiale.

Et pour cause : nos gouvernements privilégient le profit à court terme aux avantages sur le long terme pour la société et la nature.

Cela dit, cette définition biaisée de la valeur de la nature n’est pas l’apanage des politiques.

En tant que société civile, nous nous attardons en effet trop souvent sur le concept « de consommation durable » au lieu de considérer la « durabilité » en tant que telle. En conséquence, malgré les débats qui s’animent autour du cadre du développement durable, un présupposé n’est jamais remis en cause : l’homme s’arroge le droit « d’exploiter » la nature. Cela finit irrémédiablement par entraîner une surexploitation des ressources naturelles, dont les symptômes se font sentir à travers l’augmentation dramatique de la pauvreté, les injustices sociales, les troubles civils, le changement climatique, l’accroissement du nombre d’espèces menacées, la perte de biodiversité ou encore la diminution des populations d’animaux sauvages et la réduction de leur habitat.

Une société économiquement saine ne doit pas se résumer à l’égalité sociale : elle doit aussi assurer un accès équitable aux ressources naturelles et un partage profitable à tous. Elle a donc pour obligation de respecter et de protéger l’intégrité de la nature et doit s’articuler autour de la durabilité écologique et biologique, du traitement éthique des animaux et du principe de précaution. Les droits que nous exerçons sur la nature s’accompagnent nécessairement de devoirs et, si son « exploitation » est envisageable dans une certaine mesure, elle appelle aussi une prise de responsabilités qui dépasse les simples considérations d’ordre économique.

Fort heureusement, ce nouveau paradigme commence peu à peu à gagner du terrain.

Ainsi, plusieurs traités et un nombre croissant de politiques gouvernementales, parfois au sein même des constitutions nationales, reconnaissent à juste titre la valeur intrinsèque de la biodiversité et les conditions environnementales nécessaires pour la préserver. La Convention sur la diversité biologique reconnaît ainsi « la valeur intrinsèque de la diversité biologique et les valeurs écologiques, génétiques, sociales, économiques, scientifiques, éducatives, culturelles, récréatives et esthétiques de la diversité biologique et de ses composantes. »

Il est grand temps que la CMS reconnaisse la valeur intrinsèque de la faune sauvage et encourage la protection des espèces migratrices. Il lui faut donc promouvoir pleinement les droits de la nature afin de jeter les bases d’une économie verte digne de ce nom à l’échelle mondiale.

Azzedine Downes 

Pour en savoir plus sur les efforts déployés par IFAW pour influer positivement sur les politiques de conservation, consultez nos pages consacrées à notre travail législatif.

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