Transfert des chiens de Bosnie en Allemagne : le deuxième convoi part en quarantaine

Ce blog est le cinquième d’une série relatant l’opération du Fonds international pour la protection des animaux visant à reloger les chiens d’un refuge de Bosnie-Herzégovine en Allemagne. Vous pouvez lire l’épisode précédent ici ou le premier épisode ici.

C’est à trois kilomètres au sud de la ville de Jajce, en Bosnie-Herzégovine, que se dresse un ancien camp militaire désaffecté, dont les nombreux bâtiments en ruine s’égrènent le long d’une route qui s’enfonce dans la forêt.

Cet endroit n’a à première vue rien d’un refuge pour chiens.

Pour la deuxième fois en quelques semaines, nous franchîmes le portail d’entrée en métal rouillé et empruntâmes le chemin inondé qui longeait le flanc de la vieille grange en bois. L’atmosphère était plus paisible cette fois. Nous poursuivîmes jusqu’à l’imposant camion Mack Trucks, et c’est là que j’aperçu un groupe de chiots, onze pour être exact.

Excités comme des puces, ils s’élancèrent vers nous pour nous accueillir chaleureusement. Je les saluai tous un par un, les gratifiant au passage de quelques tranches de salami et de biscuits pour chiens.

Après ces quelques minutes de tendresse bienvenues, nous atteignîmes le refuge et retrouvâmes les derniers pensionnaires. Je m’agenouillai près de Nina et l’invitai à se rapprocher de moi en lui tendant quelques friandises au poulet. Nina portait une épaisse chaîne autour du cou, bien trop lourde pour elle. Elle se déplaçait nerveusement, prenant soin de ne pas trébucher sur son carcan. Le spectacle était absolument déchirant.

« Ne t’inquiète pas, demain, tout sera fini », lui promis-je.

Je me rendis ensuite près d’Elsa. Telle l’héroïne du film d’animation de Disney dont elle avait hérité le nom, Elsa nous accueillit en chantant. Mais cette fois, la chanson s’apparentait davantage à une lamentation ; en manque cruel d’affection, la chienne pleurait tant que je ne pus résister à l’envie de m’assoir près d’elle et la réconforter à grand renfort de caresses et de biscuits. Sa niche était parsemée de détritus, d’éclats de métal et d’os de vache à moitié rongés. Je remarquai que le bout de sa queue, attaquée par la gale, était désormais à vif.

Le matin suivant, alors qu’un épais brouillard enveloppait d’une aura fantomatique les ruines du château de Jajce, nous revenions avec la camionnette qui servirait à transporter les animaux. Notre mission : récupérer tous les chiens et les munir d’un collier.

La camionnette arriva au moment où le soleil se mit à percer les nuages, dissipant ainsi la fraîcheur matinale. Nous commençâmes les opérations par Alexandre le Grand, qui sans perdre un instant s’élança hors de sa niche délabrée. Accompagné de Kati, notre vétérinaire, il ne put retenir son excitation lors de ce qui fut vraisemblablement sa première promenade depuis plus d’un an.

Un par un, les chiens furent chargés dans le camion. En un clin d’œil, nous étions prêts à quitter les lieux. Et à ne plus jamais y remettre les pieds.

Alors que nous reprenions la route, je lançais dans le rétroviseur un dernier regard vers ce portail fermé. Le vétérinaire local nous avait confié la veille autour du dîner que le mot avait été donné : le refuge où l’on pouvait autrefois abandonner des chiens sans l’once d’un remord avait définitivement fermé ses portes. En y repensant, je ne pus retenir un sourire.

Nous roulâmes pendant trois heures vers le nord jusqu’à atteindre la petite ville de Gradiska, mais je ne vis pas le temps passer. Ici, nous marquâmes une halte à la clinique vétérinaire. Chaque chien y fut examiné avec soin, les passeports furent contrôlés, des fiches de santé furent établies pour chaque animal et un calendrier de stérilisations fut mis en place.

Une fois parvenus au refuge de quarantaine, nous déchargeâmes les chiens et les plaçâmes dans des cages dans lesquelles ils allaient passer les trois prochaines semaines, avant de pouvoir définitivement tourner la page en les relogeant dans des familles aimantes.

Nous quittâmes l’hôtel de bonne heure le lendemain matin. Sur la route, nous passâmes près d’une grande église blanche, avant de nous enfoncer sur un chemin sinueux bordé de champs à perte de vue. Le refuge de quarantaine avait été aménagé dans l’une des nombreuses petites fermes familiales qui parsèment la région. Il disposait désormais de bâtiments indépendants dédiés à l’accueil des chiens, et d’espaces clos en plein air pour leur permettre de se dégourdir.

Bien que simple sur le papier, notre travail était absolument essentiel : nous avions la charge de ces trente chiens. Autrement dit, nous devions nous assurer qu’ils avaient suffisamment d’eau et de nourriture, nous occuper de leur toilette, mais également les accompagner après les opérations de stérilisation, surveiller leur état de santé et leur comportement, faire en sorte qu’ils puissent jouer et se dépenser et, surtout, leur offrir l’affection dont ils avaient tant besoin.

Milla faisait partie des premiers pensionnaires à être promenés aujourd’hui. Patiente comme un ange, elle me fixait de ses grands yeux marron alors que je m’échinais à lui ajuster le collier autour du cou, tel un chien sage qui cherche à prouver qu’il a mérité une friandise. Sitôt mon labeur fini, elle posa ses deux pattes avant sur ma jambe et se mit à remuer frénétiquement la queue : Milla était plus que prête pour sa promenade. J’avais devant moi une chienne bien différente de celle dont j’avais fait la connaissance trois semaines plus tôt à Jajce.

Milla vivait en effet enchaînée à une niche dans l’endroit le plus boueux du refuge. Les parois même de son abri avaient commencé à pourrir et étaient couvertes de moisissures. Aux alentours, un terrain détrempé où la boue stagnait. Ces conditions insalubres avaient valu à Mila une infection des pattes. La chair entre ses orteils était à vif et enflée, si bien que la chienne boitait pour se déplacer sans trop souffrir.

Au cours de cette période de quarantaine, Milla allait enfin être examinée par un vétérinaire, et son infection serait traitée. Mais, en quelques jours, nous notions déjà des changements s’opérer sur son état de santé. L’inflammation avait disparu et la chair était bien moins rouge depuis que la chienne vivait au sec. Elle sautillait même lors de sa balade, visiblement sans douleur, profitant du soleil et des friandises que je lui tendais.

Vers midi, nous fîmes sortir les chiots. Ces petits êtres turbulents n’avaient plus rien en commun avec les animaux frêles et terrifiés que nous avions récupérés à Jajce. Lors de notre premier jour au camp militaire, nous n’en avions compté que cinq, mais bien vite les effectifs avaient grimpé, à mesure que nous les retrouvions, ici dissimulés dans les bâtiments abandonnés, là allongés sous le camion. Affamés, amaigris, infestés de parasites, ces petits chiens étaient aussi très craintifs à l’égard des humains. L’un d’entre eux, baptisé Ilya, avait été retrouvé dans l’une des niches des chiens adultes. Il était bien caché et si effrayé qu’il nous a fallu trois jours pour gagner sa confiance.

Au total, onze chiots en bonne santé et débordant de joie avaient été placés en quarantaine à Gradiska. Même Ilya, Lola et Charlotte, les plus timides d’entre eux, faisaient des apparitions de plus en plus remarquées chaque jour. Nous avons consacré beaucoup de temps à nous assurer qu’ils puissent jouer, et avons même commencé à leur apprendre à marcher tenus en laisse.

Et autant dire que la partie n’était pas gagnée d’avance. Lors de leur première promenade, Ilya et Lola acceptèrent de marcher sur cinquante mètres, avant de s’immobiliser à terre, refusant de bouger. Le deuxième jour, nous fîmes appel à des renforts : les chiots furent séparés en petits groupes et accompagnés de mâles adultes, qui leur montrèrent comment faire. En un rien de temps, tous trottinaient fièrement derrière Nelson, Bolli et Picco, se dépêchant de rattraper le groupe dès qu’ils trébuchaient, toisant avec audace les poulets, vaches et chats qui croisaient leur chemin.

À la fin de la journée, une fois tous les chiens sortis, je me rapprochai d’Helmut, un chien un peu spécial. Dans ce deuxième convoi, nous avions plusieurs chiens si effrayés des hommes que nous ne les avions vus que très rarement s’aventurer hors de leur niche. Parmi eux, Helmut, qui d’après les dires des gardiens de Jajce avait été attaqué par des chiens errants qui s’aventuraient parfois dans le refuge. Helmut se méfiait des hommes comme de la peste. Dès que nous nous approchions de lui et lui tendions une friandise pour l’amadouer, il se réfugiait au fond de sa niche, immobile et pétri de peur. S’il n’avait pas encore perdu tout espoir, Helmut ne croyait manifestement plus en l’homme.

Le transfert de Jajce au refuge de quarantaine ne fut pas facile pour Helmut, complétement terrifié par la tournure des événements. Mais Kati Loeffler, notre vétérinaire, redoubla de patience pour gagner sa confiance. Elle était la seule qui pouvait s’approcher de sa cage sans le brusquer. Nous savions qu’il faudrait beaucoup de patience, d’efforts et de friandises pour tisser un lien avec lui.

Chaque jour, nous nous asseyions près de sa cage et lui offrions caresses et friandises, puis le chien finit même par nous accepter à l’intérieur de la cage.

Ce chien autrefois effrayé, qui se déplaçait la queue basse, à l’affut du moindre danger, marchait désormais fièrement au milieu de la route, reniflant la moindre odeur comme les autres chiens. En l’espace de quelques jours à peine, Helmut réclamait ses promenades, impatient de profiter du grand air, les oreilles et la queue dressées. Au bout d’une semaine, il se tenait devant la porte de sa cage, sautillant quand il nous voyait et réclamant des friandises. Après deux semaines, il était devenu aussi affectueux qu’un chiot. Nous avions réussi à regagner sa confiance, et à lui montrer que le monde n’était pas cet endroit sinistre qu’il avait connu.

Helmut rejoindra bientôt sa nouvelle famille et pourra désormais commencer une nouvelle vie. Au total, nous avons transporté 65 chiens de la Bosnie à l’Allemagne, où leurs nouveaux propriétaires leur offriront la vie et l’amour qu’ils méritent.

À venir : Transfert des chiens de Bosnie en Allemagne : enfin à la maison

Ellie Milano 

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