Sanctuaire pour éléphants Reteti
Soutenir le sauvetage des éléphants mené par les communautés au KenyaL’incroyable résilience de Long’uro, un éléphant rescapé
L’incroyable résilience de Long’uro, un éléphant rescapé
Par Guyo Adhi, contributeur
Perdue dans les terres sauvages et reculées du nord du Kenya, la réserve de Samburu est une vaste savane ouverte, parsemée d’acacias, de lits de rivières asséchés et sinueux bordés de palmiers, d’éléphants en liberté, d’affleurements rocheux spectaculaires et de majestueuses buttes de terre rouge foncé. Au cœur de Samburu se trouve la réserve communautaire de Namunyak, qui abrite près de 6 000 éléphants, soit la deuxième plus grande population d’éléphants du Kenya en dehors des zones protégées par l’État.

Les éléphants ont besoin de vastes espaces ouverts pour se déplacer librement à la recherche d’eau et de nourriture. Avec ses 3 440 kilomètres carrés de nature sauvage parfaitement préservée, la réserve de Namunyak leur offre cet espace vital. Le peuple Samburu est un peuple de pasteurs nomades qui vivent du lait et de la viande de leur bétail. Tout comme les animaux sauvages, le bétail a besoin de pâturages verdoyants pour se nourrir et être en bonne santé. Or, ces dernières années, les conditions météorologiques imprévisibles et les sécheresses à répétition ont décimé les populations d’animaux sauvages, dégradé les prairies et détruit les moyens de subsistance des communautés.
L’avenir des éléphants et des habitants de Samburu est intimement lié : pour survivre, tous deux ont besoin d’un écosystème sain et fonctionnel.
Une communauté engagée en faveur de la conservation
Les anciens de Samburu se sont donc réunis pour réfléchir à des idées et trouver un moyen de protéger leurs moyens de subsistance ainsi que la biodiversité. Ils ont bien compris que l’avenir du peuple Samburu dépendait directement de la santé des systèmes naturels, et qu’il était impératif de protéger l’environnement pour sauvegarder leur patrimoine culturel.
La communauté a alors pris une décision audacieuse : créer un sanctuaire pour éléphants. L’idée était de sauver et de réhabiliter des éléphanteaux devenus orphelins en raison du braconnage, de la sécheresse et des conflits entre les humains et la faune sauvage, puis de les réintroduire dans la nature. Cette démarche a initié un véritable mouvement de conservation communautaire, porté par les habitants locaux.
C’est ainsi qu’est né Reteti, le premier sanctuaire pour éléphants d’Afrique entièrement détenu et géré par une communauté autochtone.
Une nouvelle vision du sauvetage d’animaux sauvages
Le sanctuaire de Reteti est marqué par des liens et un sentiment d’appartenance puissants. Depuis 2016, le sanctuaire a sauvé plus de 150 éléphanteaux, dont 23 ont pu être relâchés dans la nature. Les heures de repas sont les moments les plus animés de la journée, entre les barrissements, les trépignements, les trompes levées en l’air, les goulées de lait, les battements d’oreilles et les jeux.
Chaque éléphanteau a une histoire et une personnalité uniques. Il y a Kimani, un éléphanteau très joueur, qui a noué une amitié improbable avec Siilai, un jeune buffle. Il y a Lomunyak, le petit polisson du troupeau, qui ne fait que des bêtises ! Et puis il y a Long’uro, un éléphanteau au physique inhabituel, avec une trompe très courte. Long’uro signifie « celui qui a été coupé ». C’est un éléphanteau courageux doté d’une force et d’une résilience extraordinaires.

Une seconde chance pour Long’uro
Début 2020, alors que la pandémie de COVID-19 paralysait le monde entier, un sauvetage hors du commun a eu lieu dans le nord du Kenya. En pleine nuit, des cris perçants ont retenti dans la réserve de Loisaba : un animal était en train de souffrir le martyre. C’était un éléphanteau âgé d’un mois, qui était tombé dans un puits peu profond. Il saignait abondamment et avait perdu les deux tiers de sa trompe, probablement arrachée à la suite d’une attaque de hyènes. Les rangers ont alerté l’équipe de Reteti et le Kenya Wildlife Service, qui ont immédiatement organisé une évacuation aérienne avec Tropic Air Safaris.
Les équipes se sont d’abord demandé s’il ne valait pas mieux euthanasier Long’uro, pour mettre fin à ses souffrances. Mais l’équipe de Reteti pensait qu’il avait une chance de s’en sortir. Les vétérinaires du Kenya Wildlife Service ont alors opéré ce qu’il restait de sa trompe, nettoyant soigneusement les plaies et retirant les tissus déchirés. Une longue convalescence a ensuite commencé pour Long’uro, sous la surveillance étroite de ses soigneurs.
« Je me souviens bien de l’arrivée de Long’uro », raconte Mary Lengees, la soigneuse responsable du troupeau de la nurserie. « Il était environ 16 heures. On voyait qu’il souffrait beaucoup. Nous avons essayé de lui donner du lait, mais il n’a rien voulu boire jusqu’au lendemain à 18 heures. »
Mary et les autres soigneurs s’occupent avec détermination et bienveillance des éléphanteaux orphelins recueillis à la nurserie. Privés de leur mère, ceux-ci recherchent désespérément du lait et de la compagnie. Lorsque Long’uro est arrivé, Mary a passé les premières nuits à ses côtés, chantant doucement pour qu’il se familiarise avec sa voix, son odeur et son toucher. Avec le temps, il a tissé des liens solides avec elle et les autres éléphanteaux, ce qui l’a aidé à se remettre de son traumatisme.

« Lorsqu’il a commencé à vouloir s’amuser avec les autres, Long’uro oubliait qu’il n’avait pas de trompe et il se cognait partout », se souvient Mary. « Pour moi, c’était comme si mon propre bébé se cognait contre un mur. » Peu à peu, Long’uro a appris à compenser son handicap et à s’arrêter à temps avant de heurter des obstacles, un vrai signe de résilience. Aujourd’hui, sa courte trompe est complètement guérie et il arrive à s’en servir pour attraper des feuilles et même s’asperger d’eau.
« Long’uro m’a appris la patience et l’acceptation », explique Mary. « Les épreuves font partie de la vie, mais elles peuvent être surmontées. Long’uro est une source d’inspiration. »
Long’uro doit sa survie au dévouement de soigneurs comme Mary et ses collègues. Mary, qui est l’une des premières femmes soigneuses d’éléphants issue de la communauté Samburu, le couvre d’amour et s’occupe de lui en permanence. « Long’uro est comme mon fils », dit-elle en souriant. « Je lui caresse la tête et je lui chante des chansons. »
Chez les éléphants, la trompe sert à la fois de main et de nez. Sans elle, les éléphants ne peuvent pas se nourrir correctement ni s’asperger d’eau et de boue. Malgré ce handicap, Long’uro a fait preuve d’un courage et d’une capacité d’adaptation extraordinaires. Il refuse de se laisser brider par ses limitations physiques. Aujourd’hui, c’est un éléphant différent des autres mais heureux, qui a appris à brouter, jouer et nouer des liens avec ses pairs, à sa manière.
Les sauvetages comme vecteur de cohabitation pacifique
En 2026, IFAW est fier de s’associer au sanctuaire pour éléphants de Reteti afin d’offrir aux éléphants orphelins du nord du Kenya une seconde chance de vivre à l’état sauvage. Les sauvetages représentent un volet essentiel de l’initiative « Donnons de l’espace » d’IFAW, qui consiste à sauver des éléphants et à encourager une coexistence harmonieuse entre les êtres humains et la nature dans les habitats prioritaires des éléphants.
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