Josey Sharrad
Comment Bear, un chien de détection de koalas, a trouvé sa vocation
Comment Bear, un chien de détection de koalas, a trouvé sa vocation
Il y a dix ans, j’ai fait la connaissance d’un jeune chien nommé Bear.
Anxieux, trouillard et hyperactif, il ne manifestait pas le moindre intérêt pour les humains ou les autres chiens. C’était une véritable boule d’énergie à l’état pur qui ne supportait pas d’être tenu en laisse. La vie d’animal de compagnie dans l’exiguïté d’un appartement de la Gold Coast, en Australie, n’était tout simplement pas faite pour lui : il en était venu à ronger littéralement les murs !
Ses propriétaires étaient à bout.

C’est alors qu’ils sont tombés sur notre appel à candidatures pour un chien de détection de koalas, qui serait entraîné à repérer, grâce à son flair, des koalas vivants. Et si l’énergie débordante de Bear et son obsession pour les balles, ces traits de personnalité qui faisaient de lui un animal de compagnie si difficile, pouvaient être mises à profit ? Après tout, qu’avaient-ils à perdre ?
Entraîner un chien à détecter des koalas vivants était le rêve de notre bonne amie Romane Cristescu, qui dirige le programme « Detection Dogs for Conservation » de l’université de la Sunshine Coast. C’était une idée inédite et audacieuse. Personne ne savait si c’était possible.
La plupart des chiens de détection de koalas sont dressés pour détecter les excréments de ces animaux, ce qui est relativement simple. Les excréments de koalas se trouvent au sol, au pied des arbres, et ils sont souvent très abondants : un koala peut produire jusqu’à 300 crottes par jour !
Repérer des koalas vivants est une toute autre affaire. Cachés en haut des arbres, ils ressemblent à de petites boules de fourrure grise de la taille d’un ballon de foot, parfaitement camouflées et extrêmement difficiles à repérer à l’œil nu. De plus, contrairement aux apparences, ce sont des animaux qui se déplacent beaucoup.
Était-il possible d’entraîner un chien à reconnaître l’odeur de la fourrure des koalas plutôt que celle de leurs excréments ? De lui apprendre à détecter, grâce à son flair, les koalas que nous n’arrivions pas à repérer à l’œil nu ? Si oui, ce serait un atout crucial pour les équipes chargées de localiser les koalas orphelins ou blessés lors de situations d’urgence. Un atout qui pourrait sauver des vies.
IFAW a donc pris la décision audacieuse de s’associer à Romane pour tenter l’expérience.
En fin de compte, il n’y avait rien à perdre… et tout à gagner.
Dès que Bear est entré dans la pièce et nous a fixés de ses yeux aujourd’hui célèbres, d’un bleu perçant, nous avons immédiatement su qu’il était le chien de la situation. Après avoir réussi ses premiers tests haut la main, il a très vite commencé à détecter des koalas vivants sur le terrain ! Il ne s’intéressait absolument pas aux koalas eux-mêmes : il n’avait d’yeux que pour sa récompense – une balle – et se focalisait sur ce qu’il devait faire pour l’obtenir.
À partir de ce moment-là, rien ne pouvait l’arrêter. Il avait trouvé sa vocation. Il était fait pour ça.
C’est alors que se sont produits les terribles incendies de l’été noir 2019-2020, qui ont ravagé l’Australie et frappé de plein fouet les populations de koalas.
Dans ces circonstances tragiques, nous avons eu une idée. Une idée folle qui, si elle s’avérait réalisable, aurait un impact incroyable. Et si Bear pouvait aider les secours à retrouver des koalas survivants ? Son flair serait-il capable de les repérer malgré la puissante odeur de cendres et de bois calciné ? L’expérience n’avait jamais été tentée.

Dès que l’accès aux zones incendiées a été autorisé, Bear, chaussé de bottines pour protéger ses pattes du sol brûlant, nous a donc emboîté le pas pour retrouver et sauver les koalas survivants.
Aujourd’hui, je me demande comment nous avons pu douter de ses capacités. Bear a été notre arme secrète pendant ces périodes sombres, en nous permettant de localiser plus d’une centaine koalas que nous n’aurions jamais pas pu repérer sans lui. Il a été une lueur d’espoir plus que bienvenue au milieu de cette tragédie, non seulement en sauvant des koalas, mais aussi en aidant les gens à guérir.
Notre héros est devenu célèbre quasiment du jour au lendemain, lorsque des photos de lui sur les lieux d’incendie, arborant ses désormais emblématiques bottines rouges, sont devenues virales jusqu’à Hollywood, où elles ont attiré l’attention de Tom Hanks et Leonardo DiCaprio.
Il a ensuite fait l’objet du documentaire Bear Koala Hero (diffusé en France sous le titre « Bear, chien sauveur de koalas), qui lui est entièrement consacré. Son compte Instagram affiche aujourd’hui plus de 8 000 abonnés et Romane vient de lui consacrer un livre.
Mais Bear n’a aucune conscience de sa célébrité. Pour lui, pister des koalas était un jeu et il menait la vie de ses rêves en sillonnant la brousse australienne pour les retrouver.
Le fait d’avoir trouvé sa vocation l’a complètement transformé. Aujourd’hui, c’est un chien totalement différent de celui que j’ai rencontré il y a dix ans. Il est devenu posé, sociable et affectueux. Il s’est adouci avec l’âge et est même devenu très câlin, lui qui était si farouche.
Mais l’heure est venue pour lui de raccrocher ses bottines pour profiter d’un repos bien mérité. C’est une transition à la fois douce et amère.
Notre mascotte va désormais passer ses journées à courir sur la plage, à se prélasser sur le canapé et à jouer avec sa meilleure amie, Luna. Mais je gage qu’il ne manquera pas de repenser à ses années de pisteur de koalas, sans doute avec une pointe de nostalgie.
Sa contribution à la préservation des koalas a été incroyable et nous ne l’oublierons jamais.
Merci pour tout, Bear.
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