Mia Crnojevic
Des créateurs de contenu se joignent à IFAW dans la lutte contre le trafic d'espèces sauvages
Des créateurs de contenu se joignent à IFAW dans la lutte contre le trafic d'espèces sauvages
En avril 2026, j’ai passé une journée à Paris avec des collègues d’IFAW et six créateurs de contenu français pour explorer un défi sur lequel je travaille depuis des années : comment les réseaux sociaux alimentent discrètement la demande d’animaux sauvages comme animaux prétendument de compagnie.
À première vue, ces photos mignonnes et attendrissantes semblent inoffensives, voire réconfortantes. Mais derrière ce contenu se cache une réalité bien plus inquiétante.
En tant que chargée de campagnes criminalité faunique chez IFAW, j’en vois les conséquences de près. Ces vidéos ne se contentent pas de divertir : elles façonnent les perceptions. Lorsque les animaux sauvages sont présentés comme des animaux de compagnie, cela envoie un message fort selon lequel les garder dans un cadre domestique est normal et acceptable. Cette perception peut ainsi stimuler directement la demande et, par conséquent, encourager le développement du commerce illégal d’espèces sauvages.

L'ampleur du problème
Le trafic d’espèces sauvages est l’un des commerces illicites les plus lucratifs au monde, générant entre 6 et 20 milliards d’euros par an selon les estimations. Mais ce qui frappe le plus, c’est la faible part de ce commerce qui demeure réellement visible à nos yeux. D’après les données dont nous avons discuté lors de l’atelier, les saisies ne représentent probablement qu’environ 10 % du commerce total.
Le reste s’opère via des réseaux criminels organisés, l’UE, y compris la France, constituant une destination majeure. De plus en plus, la demande se forme en ligne, via des plateformes comme TikTok, Instagram et YouTube, où le contenu peut circuler rapidement, souvent hors contexte.
C’est la raison pour laquelle cet atelier nous a semblé si essentiel. Nous n’avons pas seulement échangé sur le problème : nous avons convié des acteurs directement impliqués dans l’écosystème numérique.
Apprendre des créateurs
Nous avons invité @drole_de_biologiste, @animals.interest, @emiliepriou, @lele_wild et @amdeoff à se joindre à nous pour une discussion ouverte et honnête. La session a été animée par Anaïs Therond, cofondatrice de Réseaux Sauvages, dont le travail se concentre sur la manière dont les réseaux sociaux peuvent amplifier le trafic d’espèces sauvages.
Ce qui m’a le plus frappé, c’est à quel point les créateurs étaient engagés et pertinents. Ensemble, nous avons examiné comment les contenus préjudiciables se propagent, le rôle que jouent les algorithmes dans leur amplification, ainsi que les limites des réglementations actuelles, notamment le règlement sur les services numériques, et le statut d’IFAW en tant qu’organisme signaleur de confiance pour les contenus illégaux liés à la faune sauvage en ligne.
À l’aide d’exemples concrets, allant de « sauvetages » mis en scène à des refuges trompeurs, en passant par des vidéos présentant des animaux en captivité comme à l’état sauvage, nous avons analysé pourquoi ce contenu trouve un tel écho et en quoi il peut induire en erreur.
Mais surtout, nous ne nous sommes pas contentés d’identifier le problème.
Trouver ce qui fonctionne
L’un des moments les plus encourageants de la journée a été de se concentrer sur les solutions. Les créateurs ont partagé ce qui, selon eux, fonctionne auprès de leur public : l’humour, une vérification des faits claire et simple, des récits personnels et des appels à l’action forts.
C'est essentiel. Car si nous voulons changer les comportements, nous devons communiquer d'une manière qui touche réellement les personnes.
Nous avons également parlé de responsabilité. Les créateurs de contenu ont une influence considérable, et cela leur offre l’opportunité de façonner des conversations plus éclairées et éthiques sur la faune sauvage.
Transformer la prise de conscience en action
À la fin de la journée, une chose était claire : nous voulons tous faire partie de la solution.
Nous nous sommes engagés à poursuivre cette collaboration, en commençant par l'élaboration d'une charte des bonnes pratiques à l'intention des créateurs de contenu. Notre objectif est d'étendre cette initiative à toute l'Europe, en construisant un réseau de voix capables de contribuer à changer le discours sur la faune sauvage en ligne.
Mais cela ne concerne pas seulement les créateurs. Cela nous concerne tous. Nous sommes nombreux à nous soucier profondément de la faune sauvage, mais nous nous sentons impuissants à agir. En réalité, de petits gestes peuvent avoir un impact réel :
- Réfléchissez avant de liker ou de partager un contenu
- Évitez d’interagir avec des publications montrant des animaux sauvages dans un cadre domestique
- Signalez les contenus préjudiciables ou trompeurs
Chaque clic, chaque « like » et chaque partage influence ce que les plateformes mettent en avant. En étant plus attentifs, nous pouvons tous contribuer à réduire la visibilité et la demande des contenus qui nuisent à la faune sauvage.
Pourquoi est-ce important ?
Chez IFAW, nous parlons souvent du lien entre les animaux individuels et les écosystèmes au sens large. Les animaux que nous voyons dans ces vidéos ne sont pas de simples accessoires de divertissement : ils font partie d’environnements complexes et fragiles. Les retirer de leur milieu naturel ne nuit pas seulement à l’animal concerné, cela peut avoir des répercussions sur des populations entières.
C'est pourquoi ce travail est important. Des discussions comme celle que nous avons eue à Paris me donnent de l'espoir.
Pour en savoir plus sur la manière dont nous abordons cette question, découvrez la campagne « Quand le like tue » d’IFAW et découvrez comment vous pouvez contribuer à la solution.
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