Quand le like tue : les Français participent malgré eux au trafic d’animaux sauvages
Quand le like tue : les Français participent malgré eux au trafic d’animaux sauvages

Un nouveau rapport révèle un paradoxe frappant : si les Français se disent largement préoccupés par le trafic d’espèces sauvages, beaucoup ignorent leur rôle dans ce phénomène, notamment à travers leur consommation de contenus diffusés sur les réseaux sociaux.
Le commerce d’animaux sauvages destinés à être détenus comme animaux prétendument de compagnie, alimente directement l’un des trafics criminels les plus lucratifs au monde : celui des espèces sauvages.
Une étude comportementale indépendante menée pour le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), auprès de plus de 3 700 personnes dans cinq pays européens dont la France, met en évidence un décalage majeur entre préoccupations et actions :
- 70 % des personnes interrogées estiment que les animaux sauvages ne font pas de bons animaux de compagnie,
- 82 % considèrent le trafic d’espèces sauvages comme un problème mondial grave,
- 84 % souhaitent un renforcement des lois de protection de la faune,
- Pourtant, seuls 54 % pensent pouvoir agir à leur niveau,
- Et seule une personne sur trois sait que l’Europe est une plaque tournante du trafic ou que les plateformes en ligne y jouent un rôle clé.
Aussi, trois personnes sur quatre déclarent connaître peu ou mal le trafic d’espèces sauvages.
Un commerce alimenté par la demande et les réseaux sociaux
Chaque année, des millions d’animaux sauvages sont capturés dans leur milieu naturel ou élevés en captivité pour répondre à la demande d’animaux utilisés comme animaux de compagnie, alors qu’ils ne sont en aucun cas destinés à vivre ainsi. Beaucoup meurent lors du transport, et ceux qui survivent souffrent souvent toute leur vie en captivité.
Les réseaux sociaux jouent un rôle clé dans ce commerce. En diffusant massivement des contenus mettant en scène des animaux sauvages dans des contextes domestiques, ils contribuent à banaliser, voire à valoriser, leur détention en les assimilant à des animaux de compagnie, masquant totalement une réalité de souffrance.
Le perroquet gris du Gabon illustre cette réalité : ses populations ont chuté de près de 90 % dans certaines régions au cours des 5 dernières décennies, principalement à cause du commerce d’animaux de compagnie. Pourtant, beaucoup ignorent encore que cette espèce est menacée.
Comme ailleurs en Europe, les Français expriment une forte sensibilité à la protection des animaux, mais passent peu à l’action. Ce décalage entre préoccupation et engagement constitue un frein majeur à la lutte contre ce trafic.
Un trafic mondial en expansion
Le trafic d’espèces sauvages est estimé entre 7 et 23 milliards de dollars par an, ce qui en fait l’un des plus grands marchés illicites au monde, aux côtés du trafic de drogues, d’armes et d’êtres humains. Par ailleurs, les plateformes en ligne jouent un rôle croissant dans ce commerce, facilitant les échanges entre vendeurs et acheteurs à l’échelle internationale.
Dans l’Union européenne, malgré le plan d’action contre le trafic d’espèces sauvages, les résultats restent limités : seulement environ 10 % des cas signalés aboutissent à des condamnations, amendes ou peines d'emprisonnement.
En 2025, IFAW est devenue la première organisation de protection de la faune reconnue comme « signaleur de confiance », statut délivré par l’ARCOM, dans le cadre du règlement européen sur les services numériques. Entre mars et décembre 2025, l’organisation a signalé 118 annonces suspectes, dont près de 75 % ont été retirées. Cependant, dans un cas sur quatre, aucune action n’a été prise, permettant la poursuite de ventes potentiellement illégales.
De bonnes intentions... mais des effets pervers
« Les criminels exploitent les opportunités créées par les réseaux sociaux, mettant en scène des animaux sauvages en les présentant comme des animaux de compagnie. Ce qui semble “mignon” ou “inoffensif” cache souvent, en réalité, une histoire de souffrance et d’exploitation », explique Ilaria Di Silvestre, directrice des politiques et du plaidoyer d’IFAW en Europe.
« Notre étude révèle un paradoxe : les citoyens se soucient profondément de la faune sauvage, mais beaucoup se sentent impuissants. Pourtant, chacun peut contribuer au changement, notamment en questionnant les contenus qu’il consomme et partage, et en s’interrogeant sur les causes de la présence de ces animaux en dehors de leur habitat naturel », ajoute-t-elle.
Les recommandations d'IFAW
Pour répondre à cette crise, IFAW appelle les décideurs européens et français à :
- Interdire l’importation, le commerce et la détention d’espèces qui sont protégées dans leur pays d’origine,
- Mettre en place des listes positives d’espèces autorisées comme animaux de compagnie,
- Renforcer les systèmes de contrôle du commerce d’espèces sauvages,
- Soutenir des protections internationales plus strictes.
IFAW appelle également les citoyens à :
- Ne pas interagir avec des contenus montrant des animaux sauvages présentés faussement comme des animaux de compagnie,
- Ne pas acheter d’animaux sauvages,
- Signaler les ventes suspectes en ligne,
- Soutenir les initiatives de protection de la faune.
A propos de la campagne
Avec sa campagne Quand le like tue, IFAW alerte sur un phénomène invisible : des animaux sauvages « likés à mort ».
Derrière chaque vidéo virale peut se cacher un trafic, une souffrance, et parfois la disparition d’une espèce.
Si nous aimons vraiment les animaux sauvages, leur place n’est ni dans nos foyers, ni sur nos écrans, mais bien dans la nature.
Notes aux rédacteurs :
- Étude Sapience (mars 2025) menée auprès de 3 767 personnes dans 5 pays européens (France, Allemagne, Espagne, Pays-Bas, Royaume-Uni) ,
- Données représentatives au niveau national (âge, genre, région)
- 64 millions d’animaux sauvages seraient détenus comme animaux de compagnie en Europe (estimation IFAW)
- Rapport IFAW « Quand le like tue », 28 avril 2026
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