Les animaux sauvages ne sont pas des animaux de compagnie : les mythes dangereux
Les animaux sauvages ne sont pas des animaux de compagnie : les mythes dangereux
Mignon, câlin et viral : sur nos réseaux sociaux, la vidéo d’un animal sauvage sur un canapé peut sembler inoffensive, voire attendrissante. Mais ce que nous ne voyons pas, c’est la forêt dont il a été arraché, les animaux morts en chemin, les dégâts écologiques ou la vie misérable de leurs congénères captifs dans des élevages. Ce commerce prospère grâce à la désinformation, qui présente les animaux sauvages comme des compagnons appropriés tout en occultant le véritable coût pour les animaux, les écosystèmes et les populations.
Derrière ces vidéos qui font le buzz se cachent de dangereux mythes qui alimentent le commerce d’animaux sauvages comme animaux de compagnie.

« Ces animaux ont été élevés en captivité, ils sont donc domestiqués. »
Faux.
« Élevé en captivité » ne signifie pas « domestiqué ». La domestication est un processus complexe qui s'étend sur plusieurs générations et dure des milliers d'années, au cours duquel les animaux sont sélectionnés pour certaines caractéristiques leur permettant de cohabiter avec les humains. Les chiens, les chats et le bétail ont co-évolué avec les humains pendant des millénaires, adaptant progressivement leur comportement, leur physiologie et leurs besoins sociaux. Ce n'est pas le cas des animaux sauvages vendus comme animaux de compagnie.
Même nés en captivité, les reptiles, les perroquets, les primates et les félins sauvages restent biologiquement sauvages. Leurs instincts, leurs besoins et leurs comportements sont façonnés par l'évolution dans la nature, et non par la vie au sein d'un foyer humain. C’est pourquoi, même dans des familles bien intentionnées, ces animaux présentent souvent des signes de stress, de l’agressivité, des comportements d’automutilation ou des troubles de santé chroniques.
En bref : naître en captivité ne rend pas un animal sauvage apte à devenir un animal de compagnie.
« Il suffit de bien s’occuper de son animal sauvage, et tout ira bien. »
Faux.
Les bonnes intentions et l’affection ne remplacent pas des soins spécialisés. Pire, elles peuvent même parfois masquer de graves problèmes de bien-être.
Les animaux sauvages en captivité ont des besoins très spécifiques, notamment en matière d’alimentation, de conditions environnementales, de structures sociales et d’espace. Autant d’exigences extrêmement difficiles, voire impossibles, à satisfaire dans un cadre domestique.
Certains propriétaires se donnent beaucoup de mal pour choyer leurs animaux, en leur offrant une alimentation de luxe ou des installations sophistiquées. Mais des soins excessifs ou inadaptés sont bien souvent néfastes. Une alimentation inappropriée, un éclairage insuffisant, un manque d'espace ou l'absence d'interaction sociale sont autant de facteurs qui peuvent mener à de graves souffrances physiques et psychologiques.
Prenons l’exemple de Tarbu, un perroquet gris du Gabon. Capturé en Tanzanie en 1957, il a passé toute sa vie, 55 ans, en cage au Royaume-Uni. Sa propriétaire pensait bien faire, allant jusqu’à lui offrir des friandises comme des KitKat. Mais des décennies d’enfermement ne remplaceront jamais la richesse des expériences sociales, mentales et comportementales propres à ces oiseaux à l’état sauvage. Les perroquets sont des animaux extrêmement intelligents et sociables : dans la nature, ils volent, explorent, cherchent leur nourriture et interagissent au sein de vastes groupes. Une vie en cage, pauvre en stimulation et en liberté, les prive de leurs besoins fondamentaux et entraîne souvent de graves troubles.
Ce fait illustre une confusion fréquente : survivre ne veut pas dire bien vivre.
À l’état sauvage, de nombreux animaux parcourent des territoires immenses. Leur quotidien est fait d’exploration, de recherche de nourriture, de chasse, de migrations et d’interactions sociales. Aucune forme de captivité, aussi bien intentionnée soit-elle, ne saurait reproduire une telle complexité.

« Si un animal sauvage est né en captivité, il peut être vendu comme animal de compagnie sans conséquence pour les populations sauvages. »
Pas forcément.
En théorie, l’élevage en captivité pour le commerce d’animaux de compagnie pourrait réduire la pression sur les populations sauvages, mais, en réalité, c’est souvent l’inverse qui se produit.
Pour les acheteurs, il est quasiment impossible de vérifier l’origine réelle des animaux. Bien souvent, rien ne permet de distinguer un animal élevé en captivité d’un animal capturé dans la nature, ce qui facilite leur entrée dans le commerce légal.
Prenons l’exemple des iguanes des Galápagos que l’on ne trouve nulle part ailleurs que sur les îles isolées de l’archipel des Galápagos, en Équateur et qui sont devenus des animaux de compagnie très recherchés. Malgré les lois strictes de l'Équateur interdisant l'exportation d'iguanes à des fins commerciales, ceux-ci ont été vendus sur des plateformes en ligne et souvent présentés de façon mensongère comme issus d'élevages. Et même lorsqu’ils sont déclarés comme tels, ils descendent tous d’animaux initialement exportés illégalement. Un récent changement de politique internationale interdit désormais tout commerce international de ces espèces, comblant ainsi cette faille.
Des animaux capturés dans la nature peuvent ainsi être facilement déclarés à tort comme nés en captivité. Leurs descendants obtiennent ensuite, indûment, des permis de commerce international, faute de contrôles d’origine suffisamment rigoureux et cohérents. Ce mécanisme crée une façade de légalité qui permet au commerce illégal d’animaux sauvages de se poursuivre, tandis que les populations à l’état sauvage déclinent en silence.
« Peut-on vraiment mettre un prix sur la biodiversité ? »
Non… mais c’est pourtant ce que fait le commerce d’animaux sauvages.
Dans le commerce des animaux sauvages comme animaux de compagnie, les animaux sont réduits à de simples marchandises, assorties d'une étiquette de prix. Les perroquets gris du Gabon, par exemple, se vendent plusieurs milliers d’euros sur les marchés internationaux. Cette incitation financière, alimentée notamment par la demande des pays riches, exerce une pression énorme pour capturer des oiseaux dans la nature, que ce soit illégal ou non. Les braconniers n'en perçoivent qu'une infime part, tandis que les réseaux criminels organisés en récoltent les bénéfices. Capturer des animaux dans la nature revient souvent moins cher que de les acheter à un éleveur.
Mais le coût pour la nature est bien plus élevé que n’importe quel prix de vente. Les populations de nombreuses espèces prisées dans le commerce des animaux de compagnie se sont effondrées dans une grande partie de leur aire de répartition naturelle. Pourtant, la demande reste forte. Et même, trop souvent, la rareté ne fait qu’augmenter la valeur.

« Au moins, les animaux vendus comme animaux de compagnie survivent. »
En réalité, beaucoup n’atteignent même pas cette étape.
Ce que les consommateurs voient rarement, c’est qu’avant même d’arriver en animalerie ou dans un foyer, de nombreux animaux ont déjà subi une immense souffrance, voire n’y survivent pas. Pour chaque animal sauvage qui survit assez longtemps pour être vendu, d’innombrables autres meurent lors de la capture, du transport ou de la détention. C’est un spectacle déchirant dont les agents des services frontaliers sont fréquemment témoins. Les animaux, surtout lorsqu’ils sont capturés illégalement, sont souvent prélevés dans la nature par des méthodes brutales, entassés dans des caisses ou des conteneurs, privés de nourriture, d’eau et de soins vétérinaires, et soumis à un stress extrême. Beaucoup meurent de blessures, de maladies ou d’épuisement au cours du trajet. Ces pertes sont considérées comme acceptables car les prix élevés des animaux qui survivent suffisent à maintenir la rentabilité du trafic. Ce coût invisible est lourd : derrière un seul animal sauvage se cachent la souffrance, et souvent la mort, de nombreux autres, restés dans l’ombre.
« Les influenceurs que je suis ont sauvé leurs animaux sauvages. C’est pour la bonne cause, non ? »
Pas forcément.
C’est une question complexe et chargée d’émotion. Certains animaux sauvages se retrouvent effectivement dans des refuges après avoir été saisis dans le cadre du commerce illégal ou abandonnés par des propriétaires incapables de s’en occuper. Mais le nombre de sanctuaires réellement légitimes reste très inférieur au nombre d’animaux nécessitant une prise en charge à vie.
En conséquence, ces centres de sauvetage sont parfois confrontés à des choix impossibles : l’euthanasie, la surpopulation, ou le placement auprès de particuliers jugés aptes à s’en occuper. Si ces décisions peuvent être prises par nécessité, elles ne doivent jamais être interprétées comme une justification de la détention d’animaux sauvages, ni servir à banaliser leur présence comme animaux de compagnie.
Lorsque des influenceurs mettent en scène ces animaux en ligne - avec ou sans contexte - ils risquent d’en rendre la détention attractive et d’inciter, même involontairement, d’autres personnes à vouloir s’en procurer. Cela peut alimenter la demande et perpétuer le commerce-même qui a mis ces animaux en danger au départ.
« Je n’achèterais jamais d’animal sauvage élevé en captivité, mais où est le mal à regarder des petites vidéos mignonnes en ligne ? »
Le préjudice est réel.
Lorsque les animaux sauvages sont présentés en ligne comme câlins, joueurs ou faciles à entretenir, ils deviennent plus désirables. Chaque vue, « like », commentaire ou partage renforce leur visibilité grâce aux algorithmes des réseaux sociaux, diffusant ce type de contenu à un public toujours plus large et suscitant de nouvelles envies d’achat.
Certains créateurs de contenu tirent même des revenus importants de ces animaux. Prenons l’exemple d’Apollo, un perroquet gris du Gabon qui compte plus de 1,5 million d’abonnés sur Instagram. Les propriétaires d’Apollo estiment que sa présence en ligne leur rapporte environ 120 000 dollars par an (soit 102 150 euros).
Ce qui peut sembler être un divertissement innocent peut alimenter toute une industrie fondée sur l’exploitation. Interagir avec ce contenu contribue à maintenir la demande et, au final, le commerce d’animaux sauvages, qu’il soit légal ou non.
« Le commerce est réglementé, il doit donc être durable. »
Faux.
La réglementation ne suffit pas à protéger. Des contrôles insuffisants, des failles juridiques, des lois incohérentes d’un pays à l’autre et la corruption permettent au commerce illégal de prospérer sous couvert de légalité. De nombreuses espèces aujourd’hui échangées légalement étaient autrefois abondantes à l’état sauvage et sont désormais menacées d’extinction, en partie sous l’effet de la demande pour des animaux de compagnie. Par ailleurs, certaines espèces protégées dans leur pays d’origine, mais non couvertes par le droit international, peuvent être commercialisées légalement une fois introduites en contrebande dans un pays consommateur, en raison de lacunes dans les législations nationales.
Plus inquiétant encore, de nouvelles espèces sont régulièrement découvertes et par défaut, ne bénéficient d’aucune protection. Leur nouveauté les rend particulièrement recherchées par les collectionneurs, et lorsque la réglementation finit par s’adapter, il est parfois déjà trop tard.
Mettre fin à la demande
Le commerce d’animaux sauvages comme animaux de compagnie ne fait pas qu’exploiter les animaux : il fragilise les écosystèmes, met des espèces en danger et compromet la santé et la sécurité publiques. Pour y mettre un terme, l’application des lois ne suffira pas. Il faut un changement collectif des mentalités, des attitudes et des comportements.
Tant qu’il y aura une demande, il y aura une offre. Nous avons donc tous une responsabilité : tourner le dos à cette industrie cruelle et néfaste.
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