Carole Mercier
Accorder la priorité au bien-être animal dans la répression de la criminalité faunique
Accorder la priorité au bien-être animal dans la répression de la criminalité faunique
D’après les estimations de l’ONU, environ 4 000 espèces d’animaux et de plantes sont victimes de commerce illicite chaque année à travers le monde. Ce trafic menace la survie de nombreuses espèces. De plus, les autorités qui luttent contre ce trafic ne connaissent pas toujours les bons gestes pour manipuler les animaux vivants saisis aux trafiquants, ce qui ne fait qu’aggraver le problème.
Car s’il est honorable de sauver des animaux du commerce illicite, il est également essentiel de leur offrir des soins et des conditions de prise en charge adaptés, afin d’éviter tout risque de stress prolongé, de blessure ou même de décès. C’est là tout l’objet du projet CARE d’IFAW.

Aider les agents de première ligne à manipuler les animaux vivants
Depuis 2021, le projet Confiscated Animals – Rescue and Enforcement (CARE) d’IFAW a été déployé auprès des organismes nationaux et des agents de première ligne de dix pays afin d’améliorer les soins, la manipulation et la prise en charge des animaux saisis à des trafiquants.
J’ai eu la chance d’être mobilisé sur ce projet et d’en superviser le développement et la mise en œuvre au long cours.
Au cours des cinq dernières années, j’ai travaillé avec des agents de première ligne de ces dix pays, dans le cadre du partage de bonnes pratiques pour une manipulation sans cruauté et en toute sécurité des animaux sauvages saisis.
Ce qui m’a le plus marqué en rencontrant ces agents des forces de l’ordre du monde entier, c’est l’importance qu’ils accordent au bien-être des animaux dans le cadre des opérations de saisie. Chaque jour, ils peuvent être amenés à intercepter des animaux transportés dans des conditions déplorables, sans aucune considération d’hygiène ni de sécurité. Leur métier consiste à s’assurer que les trafiquants sont sanctionnés, que les communautés obtiennent justice et que les animaux sauvages bénéficient de la réhabilitation dont ils ont besoin pour pouvoir regagner un jour leur milieu naturel.
Une approche flexible
L’un des volets du projet CARE consistait à dispenser des formations en personne dans plusieurs pays, ce qui nécessitait de la souplesse. En effet, les organismes nationaux participant au projet avaient chacun une expérience, des connaissances et des capacités opérationnelles différentes, c’est pourquoi nous devions adapter chaque atelier aux besoins locaux, sans reproduire uniformément la même approche.
Chaque pays présentait un environnement opérationnel qui lui était propre. Certains disposaient déjà de lois solides sur le bien-être animal, quand d’autres étaient encore en train de développer les cadres législatifs et l’expertise opérationnelle nécessaires à la protection des animaux.
Mais surtout, les espèces sauvages concernées variaient elles aussi d’une région à l’autre. Chaque formation devait donc être axée sur l’identification et la manipulation des espèces susceptibles de faire l’objet d’un trafic dans cette région.
Nous avons donc adapté le contenu et le déroulement de chaque formation au contexte spécifique de chaque pays. Dans certains cas, les organismes nationaux et les agents de première ligne disposaient déjà de connaissances de base sur la manipulation des animaux sauvages saisis et sur les soins à leur apporter. Dans d’autres pays, il s’agissait d’une thématique complètement nouvelle.
Pour organiser ces formations, une préparation minutieuse a été essentielle. En travaillant en étroite collaboration avec des partenaires locaux de confiance, nous avons pu comprendre les normes culturelles, les structures institutionnelles et les processus de prise de décision de chaque pays. Ces connaissances nous ont permis de cibler les bons organismes et agents de première ligne, ce qui a renforcé la participation aux formations ainsi que l’impact de celles-ci à long terme.
Bâtir la confiance et renforcer les capacités
Les résultats parlent d’eux-mêmes. Grâce au projet CARE, IFAW a formé plus de 500 agents de première ligne (via 28 ateliers) et a distribué des centaines d’équipements spécialisés pour permettre à ces agents de manipuler les animaux sauvages sans cruauté et en toute sécurité. IFAW a également appuyé la réalisation d’analyses des lacunes juridiques au Brésil, au Congo, au Guyana et en Ouganda, afin de favoriser l’adoption de réformes législatives permettant l’intégration du bien-être animal dans les lois et les procédures opérationnelles normalisées nationales.

Les participants ayant suivi la formation affirment savoir mieux repérer les signes de trafic d’espèces sauvages. Ils se sentent également plus confiants en ce qui concerne la manipulation et le transport en toute sécurité et sans cruauté des animaux saisis, ainsi que sur le plan de la collecte des preuves nécessaires pour faire arrêter les trafiquants.
« Je me sens plus à l’aise dans mon poste. Les animaux ont de meilleures chances de survie grâce aux soins que je sais désormais leur apporter », confie ainsi un agent de première ligne au Brésil.
« Cet atelier a permis d’améliorer le bien-être des animaux et celui des personnes qui travaillent auprès d’eux. La collecte d’éléments de preuve permettant d’étayer les procédures judiciaires a également été renforcée, en établissant une chaîne de contrôle solide », rapporte un autre agent brésilien.
Les résultats du test de connaissances proposé à l’issue de la formation montrent que 80 % des personnes formées ont renforcé leurs acquis en matière d’interception, de confiscation, de manipulation et de prise en charge d’animaux vivants saisis à des réseaux de trafic. Leur connaissance des procédures de collecte de preuves et de poursuites judiciaires a également été significativement renforcée.
De plus, 80 % des participants au projet CARE affirment savoir mieux repérer les animaux vivants malades, blessés ou stressés, et être mieux à même de manipuler et de soigner les animaux dont ils ont la charge.

Créer des réseaux et des partenariats durables
Au-delà de renforcer les capacités techniques des participants, les ateliers CARE permettent de renforcer la collaboration entre les différents acteurs de la lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages.
Chaque atelier réunit tous les métiers impliqués dans la lutte contre cette forme de criminalité et la prise en charge des animaux saisis : vétérinaires, agents des forces de l’ordre et des douanes, personnel d’aéroports, écogardes, employés de zoos, ONG partenaires... En suivant ensemble cette formation, les participants ont la possibilité d’acquérir une meilleure compréhension des rôles et des responsabilités de chacun, et de tisser des liens susceptibles de rendre leurs opérations de sauvetage d’animaux et de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages plus rapides et efficaces à l’avenir.
Dans certains pays, ces différents acteurs entretenaient déjà une collaboration étroite. Dans d’autres, en revanche, les ateliers du projet CARE ont permis à certains organismes et acteurs d’entrer en contact pour la première fois. En renforçant les réseaux existants et en créant de nouveaux liens, le projet CARE favorise ainsi une meilleure coordination de la lutte contre le trafic d’espèces sauvages.
De fait, de nombreuses personnes formées dans le cadre du projet affirment qu’elles ne se sentent pas seulement plus en confiance pour gérer les saisies d’animaux, mais qu’elles savent désormais vers qui se tourner pour obtenir de l’aide concernant l’identification d’une espèce, la prise en charge d’un animal ou encore le choix du lieu où envoyer les animaux saisis et des conditions de transport adaptées.
« Je sais maintenant où envoyer les animaux saisis, grâce aux contacts établis et aux connaissances échangées avec des personnes travaillant dans différents organismes », explique un agent qui a participé à la formation au Brésil.
« J’ai davantage d’échanges avec d’autres organismes et avec des collègues du terrain rencontrés lors de la formation », confie un autre participant. « La collaboration et le contact avec d’autres partenaires travaillant aussi auprès de la faune sauvage ont été renforcés », renchérit une autre personne formée.

Prochaines étapes
Dans le cadre du projet CARE, nous avons apporté gratuitement des connaissances, des informations et des équipements à des partenaires et à des organismes de répression locaux, en prenant à notre charge toutes les dépenses liées à la participation aux ateliers. Nous avons ainsi apporté une solution globale extrêmement précieuse pour un grand nombre de personnes travaillant dans ce domaine, ce qui explique pourquoi le projet a été particulièrement bien accueilli.
Même si le projet CARE est aujourd’hui terminé, IFAW continue de dispenser des formations, de fournir des équipements et d’apporter un soutien inestimable dans différents pays du monde afin de veiller à ce que le bien-être animal soit au cœur des efforts de lutte contre le trafic d’espèces sauvages. Nos formations régionales réuniront des pays qui partagent des frontières communes où se situent des zones sensibles de trafic d’espèces sauvages. Cette approche régionale aidera les organismes chargés de l’application de la loi à rester à la page pour lutter contre les réseaux de trafic d’espèces sauvages, tout en améliorant les chances de survie et le sort des animaux sauvés du commerce illicite.
Le projet CARE a été rendu possible grâce à des financements du Bureau du Département d’État américain chargé des aspects internationaux de la lutte antidrogue et de la répression (INL).
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