Le sanctuaire de l’océan Antarctique

La création du sanctuaire de l’océan Antarctique a été entérinée en 1994 par l’International Whaling Commission, la Commission baleinière internationale (IWC). Son objectif est d’assurer la protection à long terme d’environ 75 % des baleines de la planète en préservant leurs aires d’alimentation.

Dans ce territoire, on a chassé les baleines de façon intensive. En créant ce sanctuaire, on a voulu permettre une restauration naturelle de ce vaste écosystème et de ses nombreux occupants. Ce répit est indispensable parce que certaines populations de baleines ont été décimées par la chasse. C’est notamment le cas de baleines bleues : elles ont déjà été plus de 250 000 dans ce territoire, on n’en compte plus que de 5000 à 10 000 maintenant.

La création du sanctuaire a été approuvée à la quasi-unanimité par l’IWC en 1994. Il protège presque tout l’océan Antarctique au sud du 40e parallèle. Le seul pays dissident a été le Japon.

Une protection essentielle

Le sanctuaire de l’océan Antarctique joue différents rôles très importants. Il permet de protéger les nombreuses populations de baleines de l’hémisphère Sud qui traversent ce secteur ou viennent s’y nourrir. Le sanctuaire facilite aussi la restauration et la protection de l’écosystème marin – fragile et unique – de l’Antarctique.

Comme ce sanctuaire communique avec le sanctuaire de l’océan Indien, certaines baleines jouissent d’une protection sur l’ensemble de leur territoire (elles font une migration annuelle d’un endroit à l’autre). D’autres espèces se rendent dans le sanctuaire seulement à certaines périodes de l’année, pour s’alimenter dans les eaux froides, riches en éléments nutritifs.

Rétablir les populations

Il fut un temps où les baleines étaient très nombreuses dans l’océan Antarctique. Les scientifiques estiment qu’aujourd’hui, il ne reste plus que 5 % de la population originelle.

Le Japon a déjà affirmé avec cynisme qu’il fallait « gérer » les populations de petits rorquals dans cette région. Mais nous ne sommes pas dupes. Ce que le Japon appelle « gestion » est en réalité une chasse. Non seulement l’IFAW s’oppose-t-elle à toute forme de chasse commerciale aux baleines dans cette région (ou ailleurs), mais nous sommes aussi convaincus que la meilleure façon d’aider cet écosystème à se rétablir, c’est sans doute de le laisser en paix.

L’IFAW estime qu’il faut prévoir une période de protection totale d’au moins 50 ans. Ce répit constituerait une première étape pour permettre à l’écosystème ravagé de se restaurer naturellement. Au fil des ans, un nouvel équilibre se créera entre les différentes espèces qui partagent les mêmes sources d’alimentation (baleines, phoques, oiseaux marins). Ce n’est qu’à ce moment que l’on pourra considérer que les populations de baleines sont sur la voie du rétablissement.

Des méthodes de recherche scientifique innovatrices

Pour s’assurer que le sanctuaire s’avère un moyen efficace de protéger les baleines, il faut en apprendre davantage sur cet écosystème, ainsi que sur les baleines et les autres animaux et organismes qui y vivent.

C’est pourquoi nous avons participé à de nombreux projets de recherche dans l’océan Antarctique depuis 1996. Au fil des ans, nous avons mis de l’avant de nouvelles techniques et des méthodes de recherche non invasives très efficaces. Par exemple :

  • Nous avons mis au point un système d’hydrophone qui permet d’écouter les baleines en continu, 24 heures sur 24. En le remorquant derrière les navires, on enregistre de précieuses données et, grâce à un programme informatique spécialisé, on peut distinguer les baleines et suivre leur trajectoire.
  • Grâce à des bases de données d’identification photographique, nous pouvons faire un suivi individuel de différentes baleines pendant toute leur vie. L’ordinateur nous permet de faire un appariement photographique rapide et de reconnaître facilement les baleines.

Ce système permet déjà de répertorier plus de 3000 baleines franches australes qui se reproduisent près des côtes de l’Argentine et s’alimentent dans le sanctuaire de l’océan Antarctique. Comme des chercheurs étudient cette population depuis plus de 30 ans, nous sommes maintenant en mesure d’analyser comment les changements à l’écosystème influencent les baleines et leur rythme de reproduction.

En faisant appel à des méthodes de recherche inoffensives et non invasives, nous démontrons – de manière absolument limpide – qu’il n’est pas nécessaire de tuer des baleines pour les étudier. De plus, au fil du temps, ces méthodes douces permettent d’en apprendre beaucoup plus sur les baleines du sanctuaire de l’océan Antarctique que la chasse « scientifique » pratiquée par le Japon.