Pourquoi les mammifères marins vont-ils s’échouer sur le rivage ?

Les échouages individuels

Plusieurs raisons peuvent expliquer les échouages d’individus isolés. Par exemple, un dauphin, une baleine, un marsouin ou un phoque peut s’échouer s’il est égaré, désorienté, malade, blessé, victime d’une infection, etc. De même, un jeune animal récemment sevré peut avoir de la difficulté à se débrouiller seul et s’échouer par manque d’expérience. Il arrive aussi que les problèmes qui entraînent les échouages ou causent la mort des animaux que l’on retrouve sur les plages soient d’origine humaine. Par exemple : emmêlement dans les engins de pêche, collision avec des bateaux, blessures par arme à feu et même dérangement par des baigneurs bien intentionnés. Au cours des 10 dernières années, près de 7 % des mammifères marins échoués dans le secteur que nous couvrons avaient été victimes d’une forme d’interaction avec les humains.

Les échouages collectifs

Le phénomène des échouages collectifs touche uniquement les cétacés (dauphins et baleines, parfois aussi les marsouins). On emploie le terme « échouage collectif » lorsque deux individus ou plus (à l’exception d’une mère et son petit) viennent s’échouer dans un même secteur géographique et lors du même cycle de marée. Habituellement, c’est la combinaison de plusieurs facteurs qui entraîne les échouages, mais tous ont un point commun. Comme les humains, les baleines et les dauphins sont des animaux sociaux; leur sécurité et leur survie dépendent des ressources du groupe. Cette caractéristique, si précieuse pour la vie en mer, peut malheureusement aussi pousser des animaux en pleine santé à s’échouer en groupe lorsqu’ils sont près des côtes. En effet, quand un animal s’échoue ou pénètre dans un secteur où l’eau est peu profonde, il arrive que le reste du groupe le suive.

Les principaux facteurs

Voici les principaux facteurs qui peuvent entrer en jeu pour provoquer les échouages collectifs : structure sociale, fuite devant un prédateur, topographie complexe, variation des marées, conditions climatiques extrêmes, anomalies géomagnétiques, perturbations engendrées par les sonars ou d’autres sources sonores. À Cape Cod, on observe des échouages collectifs de baleines et de dauphins depuis des centaines d’années. Il est donc peu probable que les échouages actuels soient causés par des activités humaines contemporaines.

Structure sociale

Les espèces de cétacés qui s’échouent sont généralement des animaux de type pélagique (de haute mer) et qui vivent en groupe sociaux serrés, comme les baleines et les dauphins. Ces liens sociaux, qui leur servent si bien en temps normal, peuvent causer leur perte lorsqu’ils s’aventurent près des côtes. En effet, ces animaux demeurent groupés en tout temps; un individu malade, blessé ou désorienté peut donc entraîner tout le groupe vers un endroit dangereux.

Fuite devant un prédateur

Les scientifiques et les chercheurs croient que lorsqu’ils sont menacés par des prédateurs, comme les requins ou les épaulards, les mammifères marins s’approchent parfois des côtes, ce qui augmente le risque d’échouage.

Topographie complexe

Les animaux s’approchent des côtes à différents moments de l’année. S’ils pénètrent dans des passages complexes ou des baies en forme de crochet, comme celle de Cape Cod, ils peuvent être désorientés et se retrouver emprisonnés. Dans la baie de Cape Cod, il y a même un crochet à l’intérieur du crochet, à Wellfleet. C’est sans doute à cause de ce niveau de complexité topographique élevé que 60 % des échouages collectifs de cette région ont lieu dans la petite baie de Wellfleet. Les chercheurs ont aussi observé des similitudes entre les fonds marins des endroits où l’on enregistre le plus d’échouages collectifs sur la planète. Il s’agit souvent de fonds plats, sablonneux ou boueux, en pente douce, qui pourraient nuire à la capacité de navigation des animaux. 

Variation des marées

Les échouages collectifs coïncident souvent avec les cycles de marée de la pleine et de la nouvelle lune. Lors des pleines lunes, les hautes marées permettent aux animaux de s’avancer plus loin que d’habitude dans les terres, et ils se retrouvent parfois à sec quand la marée redescend. Au port de Wellfleet, on enregistre des écarts verticaux du niveau d’eau de près de 4 m au cours d’un cycle lunaire complet. 

Conditions météorologiques extrêmes

Les vents puissants et les mers orageuses engendrent parfois ce qu’on appelle une vague de tempête, qui fait monter le niveau de l’eau. Les animaux peuvent alors s’aventurer plus loin dans les terres, et se retrouver coincés quand l’eau se retire. On croit aussi que ces conditions pourraient faire augmenter les probabilités que les animaux deviennent désorientés dans les régions côtières complexes.

Perturbations acoustiques

Plusieurs espèces de dauphins et de baleines utilisent les ondes sonores pour naviguer. Les perturbations acoustiques engendrées par différentes activités humaines (exploration pétrolière, sonars militaires, etc.) pourraient désorienter les animaux et entraîner des échouages.