Pour la première fois en dix ans une vente internationale d'ivoire est organisée

Mardi, Octobre 14, 2008
Le Cap, Afrique du Sud
Pour la première fois en près de 10 ans, une vente internationale d'ivoire provenant d'éléphants a été approuvée par la CITES (Convention sur le Commerce international des espèces de faune et de flore menacées d'extinction), soutenue par les Nations-Unies. Dans quinze jours, près de 108 tonnes de stocks d'ivoire, représentant les défenses de plus de 10.000 éléphants, seront mises aux enchères en provenance de quatre pays de l’Afrique australe.

La 57ème session du Comité Permanent de la CITES  s'est prononcée il y a quelques mois en faveur d'un partenariat commercial avec la Chine pour la vente d'ivoire, alors que le Japon avait déjà reçu son approbation précédemment. Ces deux pays sont connus pour être les plus grands marchés illicites d'ivoire au monde. De multiples saisies de plusieurs tonnes ont été réalisées dans les ports chinois ces dernières années. Le manque d'application des systèmes d'enregistrement de tous les commerçants spécialisés dans l'ivoire dans les deux pays offre également une faille très pratique aux trafiquants.

"Même si l'ivoire n'a pas été obtenu par des activités illicites de braconnage, ces ventes légales ne font qu'encourager les braconniers à blanchir leurs stocks d'ivoire illégal," déplore Michael Wamithi, Directeur du Programme international des éléphants d'IFAW (Fonds international pour la protection des animaux – www.ifaw.org) et ancien directeur du Kenya Wildlife Service.

Les tonnages suivants sont mis aux enchères: Botswana ~44 tonnes; Namibie ~9 tonnes; Afrique du Sud ~51tonnes; et Zimbabwe ~4 tonnes. Une partie non négligeable de ces stocks d'ivoire est issue de l'abattage sélectif, qui est en soi un moyen controversé de contrôler les populations d'éléphants.

"Il est indéniable que cette espèce déjà menacée le sera encore plus si le marché est inondé par plus de 100 tonnes d'ivoire," poursuit M.Wamithi. Dans l'ensemble de l'Afrique centrale et de l'ouest, des populations isolées ont été totalement anéanties par la chasse illégale. Si nous ne prenons pas ce trafic au sérieux, nous assisterons très certainement à la disparition de ces créatures majestueuses; et bien plus tôt qu’on ne pourrait le croire."

Jason Bell Leask, Directeur régional du bureau d'IFAW Afrique australe exprime également son dédain. "Le commerce international de l'ivoire ne peut tout simplement plus être justifié par un bénéfice perçu à court terme, tels que les profits tirés de ces ventes. Non seulement les éléphants sont une espèce fondamentale, mais en Afrique le tourisme repose sur leur existence. Jouer avec ce fait, c'est jouer avec les moyens d'existence des habitants de ces états africains déjà si fragilisés."

Le compte-rendu de sondage sur le commerce de l'ivoire en Chine réalisé par IFAW en 2007 a révélé la méconnaissance du système actuel de contrôle de l'ivoire en Chine, ainsi que le manque de volonté des Chinois à se conformer à ce cadre. Selon ce rapport, parmi les 14,5% de personnes qui admettaient réellement être des consommateurs d'ivoire, 75,7% enfreindraient volontiers le système de contrôle afin d'obtenir de l'ivoire à un prix plus bas.

En 1989, l’éléphant d'Afrique a été inscrit à l’Annexe I de la CITES, qui interdit effectivement tout commerce international des éléphants et de leurs produits dérivés, notamment l'ivoire, mais cette disposition a été révisée en 1997 et certaines populations ont été déclassées en Annexe II, qui permet le commerce avec autorisation spéciale de la CITES. Ce sera la deuxième vente internationale d'ivoire autorisée en près de vingt ans depuis l'embargo initial.

Il y a un an, une suspension d'au moins neuf ans du commerce international de l'ivoire d'éléphant avait été approuvée lors de la 14ème Conférence des Parties de la CITES. Cette interdiction du commerce doit prendre effet une fois que les ventes des stocks d'ivoire seront terminées.

Post a comment

Contact presse

Bernard Derty (IFAW, France)
Contact phone:
+ 33 (0)6 08 30 16 17
Contact email: