Les failles et négligences japonaises fatales aux éléphants

Mercredi, Mai 30, 2007
La Haye, Pays-Bas
Une enquête réalisée par IFAW (le Fonds international pour la protection des animaux - www.ifaw.org) sur les contrôles du marché intérieur de l'ivoire au Japon a dévoilé de nombreuses failles importantes dans le système japonais qui permettent de blanchir sur le marché intérieur japonais l'ivoire illicite provenant d'éléphants braconnés à l'état sauvage. Les résultats de ce rapport, rédigé en langue anglaise et intitulé "Fatal Flaw: The Inadequacies of Japan’s Ivory Trade Controls" constitue une réfutation solide de la position du Comité Permanent (CP) de la CITES qui a accepté le Japon en tant que partenaire commercial pour la vente exceptionnelle d'un stock de 60 tonnes d'ivoire approuvée lors de la 12ème Conférence des Parties (CdP) en 2002.
Lors de la 54ème réunion du CP en octobre 2006, les délégués et les organisations écologistes ont été surpris par une décision prise en dernière minute et recommandant d'établir un partenariat commercial avec le Japon pour la vente de ces stocks. Cette décision a été prise avant que ne soit connue la prise récente de 2,8 tonnes d'ivoire de contrebande à Osaka en août 2006, que les Japonais n'ont pas dévoilée avant la fin de la réunion du Comité Permanent. 

Pour savoir si le Japon sera définitivement approuvé comme destination pour ces stocks, il faudra attendre la conclusion du rapport de vérification du Secrétariat qui sera présenté au CP55, qui se réunit samedi 2 juin.
 
L'une des principales faiblesses du système japonais dévoilées par le rapport d'IFAW réside dans l'absence de conformité et la négligence. Selon le rapport, 64% des trafiquants d'ivoire de Tokyo et 58% de ceux de Yamanashi ont négligé de se conformer aux réglementations gouvernementales exigeant une inscription de tous les commerçants spécialisés dans l'ivoire. Une autre enquête menée par la Japan Wildlife Conservation Society entre octobre 2003 et janvier 2005 a révélé que le chiffre incroyable de 90% des trafiquants vendant de l'ivoire hanko (cachets personnels traditionnels exigés pour la plupart des documents officiels) ne disposaient pas des homologations requises par la loi japonaise. La quantité d'ivoire saisie à Osaka représente approximativement 56.000 hankos.
 
Il existe une autre faille dans les réglementations concernant la propriété privée ; en effet, les contrôles portant sur l'ivoire en tant que bien personnel sont inexistants. Etant donné que près de trois tonnes de défenses enregistrées sont introduites sur le marché intérieur japonais chaque année (source TRAFFIC), cela donne une formidable occasion aux criminels qui peuvent ainsi blanchir l'ivoire illicite dans les stocks légaux.
 
Le marché des antiquités en ivoire offre également des possibilités de blanchiment de l'ivoire illicite, à la fois au niveau national et international, tout comme le commerce sur Internet. Selon le rapport d'IFAW, certains brocanteurs ou antiquaires semblent vendre des articles en ivoire relativement neufs. Il semble également qu'il y ait un lien avec le trafic d'ivoire illicite sur le marché chinois.
 
“La trop grande confiance du Japon sur le contrôle du trafic d'ivoire et son enthousiasme à l'égard des signes de prestige en ivoire ont des conséquences réelles et tragiques", a déclaré Peter Pueschel, Responsable du Programme d'IFAW de protection de la faune sauvage contre le commerce. Le massacre de sept personnes au Kenya, Tchad et en R.D.C. la semaine dernière est l'un des exemples les plus récents qui illustre combien la demande d'ivoire motive les activités illicites. "Une interdiction de tout commerce de l'ivoire est la seule manière d'œuvrer en vue de la protection simultanée des éléphants et des populations locales," complète-t-il.
 
Plus de 26 tonnes d'ivoire ont été saisies entre août 2005 et août 2006, ce qui constitue le record absolu des saisies annuelles depuis que l'embargo fixé par la CITES en 1989 est entré en vigueur. De plus, les autorités chargées de faire appliquer la loi estiment que près de 90% de la contrebande passent par les contrôles sans être détectés?
 
Le Kenya et le Mali ont soumis une proposition à la CITES pour l'établissement d'un moratoire de 20 ans sur tout l'ivoire. Ils sont appuyés actuellement par 10 états de l'aire de répartition des éléphants, ainsi que d'autres pays.
Le moratoire ne devrait pas affecter les ventes de stocks approuvées en 2002.

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