Des éléphanteaux arrachés à la nature et dressés pour le tourisme

Jeudi, Avril 7, 2005
Le Cap, Afrique du Sud
Les éléphants sont en passe de devenir la toute dernière marchandise de la conservation ; en effet, ils sont de plus en plus soustraits à la nature pour être amenés à vivre en captivité, notamment en Afrique du Sud, dans le cadre de l’industrie du tourisme et des safaris à dos d’éléphant.
Les éléphanteaux, parfois extrêmement jeunes, sont des animaux de choix et les méthodes de dressage qui ne font l'objet d'aucune réglementation sont ouvertes à des abus très répandus.

Un rapport commandité par le Fonds International pour la Protection des Animaux (IFAW - www.ifaw.org) précise qu’il n’existe aucune réglementation régissant les méthodes utilisées pour dresser les éléphants pour le tourisme et les safaris, que les dresseurs eux-mêmes n’ont pas besoin d’enseignement ou de formation officielle et que ce secteur produit une demande croissante.

Ce secteur touristique propose deux sortes d’"expériences avec les éléphants" : les promenades à dos d’éléphant et des randonnées au cours desquelles les touristes peuvent marcher à côté des éléphants, les toucher et les nourrir.

Certaines personnes travaillant dans le secteur des safaris à dos d’éléphant ont lancé un signal d’alarme, déclarant que la recherche du profit risque de faire naître des abus et demandant à ce qu’un organisme de surveillance soit instauré. Les enquêtes d’IFAW démontrent que certaines expériences ont déjà eu lieu, qui utilisent des drogues pour encourager la docilité des éléphants.

“Alors que de nombreux opérateurs parlent avec conviction de leur soi-disant amour des éléphants, il est très clair que ce secteur économique est poussé par le profit commercial. Ce secteur n’a aucune valeur en matière de conservation et il fait une utilisation inadéquate des éléphants d’Afrique du Sud," commente Jason Bell, Directeur d'IFAW Afrique du Sud.

L'enquête d'un journaliste spécialiste de l'environnement au cours des quatre derniers mois, a révélé qu'un opérateur de ce secteur propose des éléphants "apprivoisés et dressés" à la vente et à la location.

Les prix des éléphants "diplômés" peuvent grimper jusqu'à 113.900,00 euros et la location d'un éléphant peut varier de 2.530 à 3.200 euros par mois, comprenant les services des dresseurs et grooms.

Actuellement, au moins 72 éléphants sont utilisés pour cette forme de tourisme dans quatre des neuf provinces d'Afrique du Sud, et une nouvelle demande a été acceptée dans une cinquième.

Cette semaine, IFAW et son association-partenaire, the Ethical Conservation Network (ECN), ont lancé leur Campagne "Naître et vivre en liberté!" pour s'opposer à ce que les éléphants soient retirés à la nature à des fins commerciales.

Selon J.Bell, IFAW et l'ECN sont préoccupés par le fait que le nombre croissant d'éléphants présents dans des réserves privées accentue la tentation de vendre les "stocks" d'éléphanteaux à des acheteurs de l'industrie touristique. Actuellement, on dénombre plus de 1.300 sur des terrains privés.

J.Bell a également déclaré que cette enquête avait également permis de publier des chiffres démontrant qu'entre 1980 et 2004, le Parc national Kruger avait déplacé 446 éléphants en dehors des frontières de l'Afrique du Sud, dont 90 hors du continent africain.

IFAW s'oppose totalement à l'utilisation des éléphants pour les safaris à dos d'éléphant ou à ce qu'ils soient arrachés à la nature pour être maintenus en captivité à des fins commerciales, que ce soit dans un zoo, un parc de safari ou un cirque," ajoute J.Bell.

Le tourisme des safaris à dos d'éléphant en Afrique du Sud a commencé il y a quatre ans avec un seul opérateur. Depuis, il s'est développé et inclut neuf tour-opérateurs et l'insistance du pays sur la politique d'utilisation durable de la faune sauvage semble être passée entre les mains de ceux qui voient les animaux sauvages comme une vulgaire marchandise.

Comme l'indique le rapport : "Un opérateur, qui continue d'exercer, a offert à un expert de la faune sauvage 12.650 euros pour un éléphanteau orphelin. Dans un autre cas, un commerçant spécialisé en animaux a offert de vendre un éléphanteau mâle à un dresseur pour l'équivalent de 31.630 euros."

Ce rapport cite également le propriétaire d'une réserve de gibier, qui aurait déclaré que "on n'arrête pas de recevoir des coups de fil de personnes cherchant si quelqu'un dispose de jeunes éléphants".

"IFAW et l'ECN s'opposent également à l'élevage des éléphants en captivité, et estiment qu'il est cruel et criminel de soustraire des éléphants à leur milieu naturel et de les soumettre au dressage, et que cela relève de l'exploitation. Nous sommes encore plus préoccupés par le fait qu'aucune réglementation ne vient encadrer les méthodes de dressage des éléphants, ni les qualifications de leurs dresseurs.

"Nous ne pensons pas que les besoins physiques, comportementaux, psychologiques et sociaux des éléphants puissent être satisfaits en captivité, et nous estimons que le maintien des éléphants en captivité devrait être aboli progressivement," ajoute J.Bell.

"En poursuivant le commerce des éléphants – et d'autres animaux – l'Afrique du Sud est coupable de transformer son patrimoine vivant en une vulgaire marchandise. Cela ternit la réputation du pays, qui aurait été celle d'un gestionnaire responsable de son environnement et des créatures qui y vivent.   

Ce rapport rassemble également des données détaillées sur les éléphants au niveau fédéral et provincial et sur les propriétés privées, et il montre comment, depuis les années 1980, l'industrie de la faune sauvage a réintroduit des éléphants dans 42 réserves privées et 10 propriétés gérées par l'Etat. En 1980, seul le Parc national Kruger et le Parc national des éléphants d'Addo possédaient des populations d'éléphants.

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