Victoire pour les baleines à la Cour internationale de Justice

Des baleines de Minke sur le point d’être dépecées sur le Nisshin Maru, le navire-usine japonais, dans le Sanctuaire baleiner de l’océan Austral. c. IFAWEn saisissant la Cour internationale de Justice contre le Japon et la chasse à la baleine dans l’océan Austral, le gouvernement australien s’est engagé dans un projet extrêmement périlleux.

À notre heureuse surprise, ce geste a fini par porter ses fruits : nous venons d’assister à une victoire magistrale pour les baleines, et Patrick Ramage et moi-même étions aux premières loges.

Pour le Japon, la saison 2013-2014 de la chasse à la baleine dans l’océan Austral s’arrête ici ; l’année prochaine, les baleines de la région devraient enfin pouvoir s’épanouir en toute sécurité pour la première fois depuis plus d’un siècle. Le Japon a commencé à chasser la baleine dans l’océan Antarctique bien plus tard que d’autres pays, qui ont tous mis fin à leurs activités depuis longtemps déjà. Ainsi, au moment où le Japon s’est lancé dans cette pratique obsolète, les États-Unis ou encore le Royaume-Uni avaient déjà fait des ravages dans l’océan Austral. Aujourd’hui, on y dénombre à peine quelques milliers de baleines, contre 750 000 individus auparavant.

Mais, contrairement aux autres pays, le Japon a choisi de continuer la chasse à la baleine dans cette zone reculée. Malgré le moratoire instauré en 1986 sur la chasse commerciale à la baleine, le Japon a poursuivi son programme de « recherche » et ainsi tué plus de 10 000 baleines de Minke dans l’océan Austral. Même la décision de la Commission baleinière internationale (CBI) de faire de l’océan Antarctique un sanctuaire baleinier n’a pas suffi à endiguer la chasse à la baleine nippone. En 1994, lors de la réunion de la CBI, vingt-trois pays ont ainsi voté en faveur de la création du sanctuaire et le Japon s’est retrouvé seul à s’y opposer.

Certes, la lecture du jugement de la Cour prend du temps, mais son contenu va droit au but. La décision finale se trouve au paragraphe 247 et explique tout simplement que le Japon a transgressé trois règles obligatoires de la CBI en délivrant des autorisations spéciales qui n’entrent pas dans les clauses de l’Article VIII (la clause de la Convention de la CBI concernant la « chasse scientifique à la baleine »). La Cour a donc décidé que le Japon devait retirer tous ses permis de « chasse scientifique à la baleine » dans l’océan Austral.

En juin dernier, j’étais au tribunal, assis sur les sièges inconfortables surplombant la salle, en train d’écouter les représentants de l’Australie et du Japon présenter leur plaidoyer tour à tour. Aujourd’hui, le jugement prononcé met le Japon dans une situation très délicate, mais lui montre également le chemin à suivre. Il est grand temps pour le Japon de donner une nouvelle direction à ses recherches sur les baleines dans l’océan Austral et d’employer des méthodes respectueuses des cétacés.

La science japonaise doit désormais nous offrir ce qu’elle a de mieux et enrichir notre connaissance de cette région reculée. Le Japon pourrait rejoindre le Southern Ocean Research Partnership et collaborer avec l’Australie pour étudier les baleines de façon plus humaine, et ainsi collaborer comme il le fait déjà dans d’autres disciplines scientifiques liées à l’océan Austral.

On dit que la victoire a cent pères. De nombreuses organisations et des milliers de personnes du monde entier ont contribué à cette victoire éclatante pour les baleines. Aux premières lignes, l’équipe internationale dédiée aux baleines du Fonds international pour la protection des animaux : cette journée n’aurait jamais pu avoir lieu sans des dizaines d’années de travail et, sans vous, la victoire aurait été tout simplement impossible.

--Vassili Papastavrou, en direct de la Cour internationale de Justice, La Haye

 

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