Une recherche révèle l’existence du trafic d'espèces sauvages sur le Darknet

Mercredi, 14 Juin, 2017
Londres, Royaume-Uni

Un nouveau rapport de recherche d'INTERPOL démontre que les trafiquants d'espèces sauvages se tournent vers le Darknet. 

Les experts du Complexe mondial INTERPOL pour l'innovation ont réuni des preuves, évidentes bien que limitées, que les trafiquants recourent désormais au Darknet (ndt : le Darknet est un réseau virtuel parallèle à l’Internet inaccessible publiquement, la connexion se faisant entre pars de confiance) pour vendre des produits dérivés d'espèces sauvages en danger critique d'extinction comme des cornes de rhinocéros, de l'ivoire d'éléphant, des parties et des produits dérivés de tigres.

Financée par le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), le Département d'État des États-Unis et l'African Wildlife Foundation (AWF), la recherche dont le rapport est intitulé « Trafic illégal d'espèces sauvages sur le Darknet » (Illegal Wildlife Trade in the Darknet) a également révélé que la majorité des transactions se faisait en crypto-monnaie (ndt : système de monnaie électronique, n'ayant pas de support physique) comme le Bitcoin.

Menée de décembre 2016 à avril 2017, cette étude a permis de découvrir 21 annonces, dont certaines datent de 2015, proposant des produits dérivés de corne de rhinocéros, de l'ivoire et des parties de tigre.

David Higgins, directeur du programme de sécurité environnementale d'INTERPOL, a déclaré que l'utilisation émergente du Darknet faisait partie d'une augmentation générale de l'utilisation des plateformes en ligne pour le commerce illicite de la faune.

« Les trafiquants chercheront toujours à identifier de nouveaux espaces pour tirer profit de leurs activités illicites et le Darknet ne fait pas exception », a déclaré M. Higgins.

Ce dernier a ajouté qu’« afin d'aider à protéger la faune sauvage et notre biodiversité universelle, nous devons veiller à ce que l'application de la loi dans les pays membres d’INTERPOL bénéficie du soutien et des ressources nécessaires pour s'attaquer à la criminalité faunique sur les marchés physiques comme virtuels ».

« La bonne nouvelle est que les enquêteurs ont trouvé des quantités limitées de produits disponibles à la vente sur le réseau Darknet », a déclaré Tania McCrea-Steele, responsable du projet international de lutte contre la criminalité faunique d’IFAW. « La mauvaise nouvelle est que les enquêteurs d'INTERPOL ont trouvé des annonces de vente de parties de certaines des espèces les plus en danger d'extinction sur terre sur l'une des plateformes les plus difficiles à réglementer ».

« Nous ne pouvons tout simplement pas ignorer les opportunités que le Darknet offre aux criminels qui souhaitent revendre les espèces sauvages en secret », a déclaré Mme McCrea-Steele.

« Les réseaux criminels adaptent leurs méthodes de trafic et les forces de l'ordre doivent toujours avoir un coup d'avance sur eux et collaborer à plus grande échelle. En fin de compte, nos efforts aboutiront si les espèces sauvages affectées par ce commerce illicite continuent de prospérer dans leurs habitats naturels », a déclaré Philip Muruthi, vice-président d'AWF pour la conservation des espèces.

Le rapport explique que les trafiquants d'espèces sauvages sont susceptibles d'être attirés par le Darknet en raison de son anonymat et de ses mécanismes de sécurité rigoureux, les vendeurs maîtrisant déjà la technologie de cryptage, les instruments financiers et les méthodes de communication couramment utilisées dans cet espace anonyme.

Plus de 96% du contenu d'internet n'est pas indexé par les moteurs de recherche standards, ce qui fait que le Deepweb -dont le Darknet fait partie- fait environ 500 fois la taille du World Wide Web. Le Darknet est généralement utilisé pour promouvoir des services illégaux ou les activités criminelles telles que le trafic de drogue, les crimes financiers, la cybercriminalité et l'exploitation sexuelle des enfants sur internet.

La croissance du e-commerce et l'intérêt généré par cette criminalité démontrent la nécessité pour les responsables de l'application des lois de passer au peigne fin le Darknet lors des enquêtes sur les crimes liés aux espèces sauvages.

L’utilisation limitée du Darknet en tant que « place de marché » pour les produits fauniques pourrait s'expliquer, selon le rapport d'INTERPOL, par les faibles risques judiciaires encourus par les trafiquants d'espèces sauvages pouvant ainsi trafiquer « au grand jour », par les prix élevés et incohérents, par la crainte des acheteurs d'être victimes de fraudes et par les difficultés liées aux expéditions.

La recherche s'est concentrée spécifiquement sur les rhinocéros, les éléphants et les tigres, qui sont des espèces en voie d'extinction et dont le commerce international des parties ou des produits est strictement interdit. En Afrique du Sud, le pays qui possède la plus grande population de rhinocéros blancs et noirs dans le monde, le nombre de rhinocéros braconnés pour leurs cornes s’est accru de plus de 90 % entre 2007 et 2015, avec 1 054 rhinocéros abattus pour la seule année 2016.

En 2016, à l'échelle mondiale, plus de 20 tonnes d'ivoire d'éléphant braconné, considéré comme « l'or blanc » dans certaines régions d'Asie, de Chine et des États-Unis, ont été saisis par les forces de l'ordre.

Les grands félins asiatiques sont tués pour leurs parties, comme leur peau, leurs griffes, leurs dents, leurs os et leur sang, qui sont utilisés, entre autres, pour la médecine traditionnelle et le vin de tigre (ndt : breuvage à base d'alcool de riz dans lequel des os de tigres ont trempés pendant plusieurs mois).

INTERPOL et IFAW sont partenaires de longue date pour lutter contre la criminalité liées aux espèces sauvages mondiale à la fois en et hors ligne. En 2013, un projet d'INTERPOL soutenu par IFAW pour identifier les moteurs et l'ampleur du commerce illégal d'ivoire en ligne a révélé qu'il y avait, sur une période de deux semaines et dans neuf pays européens, des centaines d'articles à vendre sur des sites d'enchères sur Internet pour un montant d'environ 1,45 million d'euros.

FIN

À propos de l'African Wildlife Foundation

Fondée en 1961, l'African Wildlife Foundation (AWF) est une organisation de premier plan œuvrant pour la conservation de la faune et de la flore sauvages sur le continent africain. Les programmes et les stratégies de conservation de l’AWF s'appuient sur des  fondements scientifiques solides et s’articulent autour de deux objectifs principaux : protéger la faune et la flore africaines et assurer un avenir plus durable aux africains. Depuis sa création, l'AWF protège les espèces et les habitats menacés, promeut les opérations de conservation profitant aux communautés humaines locales et forme des centaines de citoyens dans le but d'assurer la survie du patrimoine naturel inestimable de l'Afrique. Pour plus d'informations, consultez le site www.awf.org.

Post a comment

Contact presse

Christina Pretorius, IFAW Southern Africa
Contact phone:
+27 82 330 2558
Contact email:

Nos experts

Directeur général
Directeur général
Céline Sissler-Bienvenu, Directrice France et Afrique francophone
Directrice France et Afrique francophone
Directeur régional, Moyen-Orient et Afrique du Nord
Directeur régional, Moyen-Orient et Afrique du Nord
Dr. Joseph Okori
Directeur régional Afrique Australe et directeur du programme de conservation des habitats
Dr. Maria (Masha) N. Vorontsova, Directrice Russie et CEI
Directrice Russie et CEI
Faye Cuevas, Vice-présidente
Vice-présidente
Grace Ge Gabriel, Asia Regional Director
Directrice régionale Asie
Jeffrey Flocken, Directeur régional Amérique du Nord
Directeur régional Amérique du Nord
Kelvin Alie, Vice-président exécutif
Vice-président exécutif
Rikkert Reijnen, Directeur du programme criminalité faunique
Directeur du programme criminalité faunique
Représentant d’IFAW en Allemagne
Représentant d’IFAW en Allemagne
Tania McCrea-Steele, Chef de projet international Criminalité en ligne
Chef de projet international, Criminalité liée à la faune sauvage
Vivek Menon, Directeur du Wildlife Trust of India, partenaire d'IFAW
Directeur du Wildlife Trust of India, partenaire d'IFAW