Un dangereux médicament dénoncé par les défenseurs des animaux lors de la Journée internationale de sensibilisation aux vautours

Vendredi, 4 Septembre, 2015
Bruxelles, Belgique

La Journée internationale de sensibilisation aux vautours, qui s’est tenue le samedi 5 septembre, pourrait bien être l’une des dernières de l’histoire de ces rapaces en Europe.

Pour plusieurs organisations de conservation, la responsabilité en incombe aux gouvernements européens qui peinent à faire interdire le diclofénac, un produit vétérinaire dangereux qui pourrait pourtant provoquer l’extinction des vautours sur tout le continent.

BirdLife International, IFAW (Fonds international pour la protection des animaux), la Vulture Conservation Foundation et la Wildlife Conservation Society (WCS) s’accordent à dire que l’avenir de ces grands oiseaux est compromis à moins que la Commission européenne ne décide d’interdire l’utilisation vétérinaire du diclofénac dès maintenant.

Déjà instaurée dans certains pays d’Asie comme l’Inde et le Pakistan, l’interdiction du dicoflénac a contribué à endiguer le déclin alarmant des populations de vautours dans ces régions. Malheureusement, les États membres de l’UE ont décidé cet été que le médicament pouvait être contrôlé par le biais de vagues plans d’action plutôt que définitivement interdit. Les produits vétérinaires à base de dicoflénac sont donc encore disponibles légalement dans plusieurs pays, et notamment en Espagne, qui abrite 95 % de la population de vautours d’Europe. Pourtant, l’Agence européenne des médicaments a formellement identifié il y a quelques mois le risque grave qu’il fait courir aux vautours.

Directeur de la conservation en Europe pour BirldLife International, Iván Ramírez explique : « Seulement deux des pays de l’UE, à savoir l’Autriche et la Hongrie, ont évalué ces risques à leur juste mesure et n’autorisent plus l’utilisation vétérinaire du dicoflénac. Selon l’Agence européenne des médicaments, seule une interdiction stricte peut garantir la sécurité des vautours. »

« Les autres pays membres comme l’Espagne se contentent de mesures superficielles qui se résument parfois à un simple changement d’étiquette ou ne font rien pour régler le problème. »

« Pourtant, le diclofénac vétérinaire est une véritable bombe à retardement pour les populations de vautours. Nous devons l’interdire au plus vite ! »

Jose Tavares, Directeur de la Vulture Conservation Foundation, ajoute : « L’Inde montre l’exemple encore une fois puisque le pays a récemment interdit les médicaments multidoses pour l’homme à base de dicoflénac. Il s’agit là d’une avancée majeure dans la lutte pour retirer ce produit des écosystèmes et sauver les vautours. Il faut à présent que l’Europe lui emboîte le pas et interdise les produits vétérinaires vendus en toute légalité en Espagne, en Italie et dans plusieurs autres pays de l’UE. »

Janice Weatherley-Singh, Directrice des politiques européennes pour le WCS, poursuit : « La communauté scientifique est unanime : le diclofénac pose une menace réelle aux vautours. Nous demandons donc à la Commission européenne d’en interdire l’utilisation vétérinaire. Les “plans d’actions” et autres études ultérieures préconisés pour l’heure sont insuffisants. »

« Nous devons arrêter d’administrer ce médicament au bétail immédiatement. Son interdiction devrait faire l’objet d’un soutien massif puisqu’un autre médicament plus sûr existe et pourrait être utilisé à la place pour traiter le bétail. »

Le dicoflénac est un anti-inflammatoire administré aux vaches et aux cochons qui s’avère particulièrement toxique pour les vautours. Après s’être nourri sur une carcasse contaminée, ces derniers meurent généralement en quelques heures à peine.

Un médicament plus sûr et aux mêmes propriétés que le diclofénac existe pourtant sur le marché, ce qui limite les effets négatifs posés par son interdiction.

 

Notes aux rédacteurs

Dans les années 1990, un lien clair a été trouvé entre l’utilisation de diclofénac pour le bétail et la quasi-extinction des populations de vautours au Pakistan, en Inde et au Népal. Les résidus du médicament persistent dans les carcasses dont se nourrissent ces rapaces. En 2006, le gouvernement indien a interdit la production, l’importation et la vente de produits vétérinaires à base de diclofénac, suivi peu après du Pakistan, du Népal et du Bangladesh. Depuis, le déclin des populations de vautours en Asie du Sud a ralenti ou s’est arrêté.

Le plan de l’Espagne visant à limiter les effets du diclofénac sur les vautours est largement insuffisant. Il propose d’ajouter une étiquette précisant que les carcasses des animaux traités au diclofénac ne doivent pas servir à nourrir les animaux sauvages, d’informer les vétérinaires sur le sujet et de procéder à des analyses sur les carcasses. Au bout du compte, ce projet sera presque inutile pour protéger les populations de vautours d’Espagne, particulièrement fragiles. En effet, l’Europe dispose déjà de preuves attestant que ces mesures seront vraisemblablement inefficaces : la carcasse d’un vautour fauve retrouvée en Espagne présentait ainsi des résidus toxiques provenant d’un autre produit vétérinaire, la flunixine, probablement liée à la consommation d’une carcasse de bétail contaminée. Même des utilisations exceptionnelles de cet anti-inflammatoire pourraient avoir des conséquences désastreuses : les modèles scientifiques montrent qu’une contamination inférieure à 1 % des carcasses est suffisante pour que les vautours déclinent dans des proportions similaires à ce qui a été observé en Asie du Sud.

La Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage, dont l’UE elle-même et l’ensemble de ses États membres sont parties, a adopté des recommandations en 2014 afin de limiter les risques d’empoisonnement des oiseaux migrateurs. Elle recommandait notamment l’interdiction du diclofénac vétérinaire, identifié comme l’une des principales sources d’empoisonnement au monde. Lors de la séance tenue en novembre 2014, le Groupe de travail sur la faune sauvage de l’Organisation Mondiale de la Santé Animale a présenté ses inquiétudes au sujet de la décision de l’Espagne d’autoriser le diclofénac vétérinaire, conseillant à son tour l’interdiction de ces produits.

L’Agence européenne des médicaments a confirmé en réponse à une demande émanant de la Commission européenne que le diclofénac constituait une menace pour les vautours d’Europe et a recommandé que des mesures soient mises en œuvre pour mieux protéger les oiseaux.

 

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