Réhabilitation des tigres de Russie : à quoi ressemblent leurs journées ?

Borya.Le soir, après 18 h 00, tous les tigres sortent de leur cachette, réglés comme des horloges.

Kuzia s’allonge en haut d’une colline ou dans une clairière. Boria grimpe au sommet d’une grotte tandis qu’Ustin se positionne dans une petite clairière qui donne sur les enclos. Quant aux deux tigresses, Svetlaya et Ilona, elles s’allongent sur un sentier depuis lequel elles peuvent garder un œil sur l’enclos d’Ustin.

Bien installés à leurs postes d’observation respectifs, les tigres surveillent les alentours.

Dans ces moments-là, les tigres semblent imperturbables, leurs activités se réduisant à de légers mouvements de tête et d’oreilles. Pendant 40 minutes, leur synchronisation semble parfaite.

Chez les animaux en pleine croissance, il est capital d’étudier les rythmes biologiques, notamment les rythmes circadiens, pour comprendre les besoins des tigres à ce stade de leur développement. Le comportement des tigres dans leurs enclos est un exemple à petit échelle du comportement qu’ils adopteront dans la nature après leur remise en liberté.

Ustin.

Le printemps pointe le bout de son nez dans le Primorié. La journée, le soleil réchauffe le sol et les températures peuvent s’élever à 10° C mais, la nuit, elles redescendent aussi vite pour atteindre jusqu’à -10° C. Aujourd’hui, la lune est pleine et il n’y a aucun signe de précipitation à l’horizon.

Nous observons les tigres de loin, grâce à des caméras. Chaque enclos est équipé de pièges photographiques qui nous permettent de suivre les activités nocturnes des tigres. Entre 9 h 30 et 18 h 30, les tigres sont pratiquement invisibles. Parfois, on peut en surprendre un alors qu’il se déplace d’une cachette à l’autre pour dormir, mais rien de plus. Tous les tigres préfèrent se reposer à l’abri des regards, au milieu des buissons ou dans les hautes herbes.

Soudain, Boria saute de la grotte et se dirige vers son garde-manger où il entame les restes. Chaque tigre a sa propre « cantine ». Après avoir chassé et tué une proie, ils la déposent et la dévorent toujours au même endroit. Kuzia décide de patrouiller dans l’enclos et marche le long des sentiers battus, reprenant ainsi sa routine des jours précédents.

Au même moment, Ustin bondit d’un coup et commence à sautiller dans son enclos, la queue en l’air, dans une suite de mouvements espiègles. Curieuses, les femelles s’approchent pour assister au spectacle. Ces jeux, quoique très brefs, sont souvent répétés plusieurs fois de suite.

Ilona.

Ustin s’élance ensuite vers les femelles : ils se reniflent mutuellement, s’effleurent les babines, avant qu’Ustin ne s’allonge en face des tigresses.

Dans l’enclos voisin, Kuzia se met lui aussi à sautiller. Il retrouve Boria, lui agrippe les flancs avec ses pattes antérieures, et les deux frères commencent à se chamailler.

Vers 19 h 40, les femelles s’éloignent des enclos de leurs compagnons et s’enfoncent dans leur territoire. Tandis que la tigresse Ilona se met à surveiller la colline et le fossé, Svetlaya se couche sur le dos, le ventre à l’air, et se roule dans la clairière. Ce comportement détendu montre qu’elle se sent bien. L’instant d’après, elle se relève et, d’humeur joueuse, court vers Ilona en essayant d’attraper sa queue.

Kuzya.

Une heure plus tard, ils marchent tous le long de leurs chemins. Ils aiment particulièrement faire quelques pas ensemble près des barrières qui les séparent et s’observer les uns les autres. Les tigres profitent de cet instant pour marquer leur territoire, jeter un œil à leur garde-manger ou chasser les corbeaux indésirables. Ils s’arrêtent, tendent l’oreille, et reprennent leur marche. Ils surveillent sans cesse les environs. Au moindre son inquiétant, les tigres se cachent sur-le-champ. Si aucun danger ne se manifeste, ils poursuivent leur ronde au sein de leurs petits territoires. Mais si quelque chose les gêne ou les alerte, ils se déplacent vers des endroits moins accessibles, dans les fossés ou dans les buissons. Ils sont capables de rester au même endroit, sans bouger d’un poil, pendant 40 minutes. Leur patience est impressionnante.

Après une heure de marche, les tigres regagnent leurs lieux d’observation, s’allongent et se reposent un instant, à l’affût du moindre mouvement et du moindre bruit. Plus tard, leurs rituels recommencent et, de nouveau, ils jouent, patrouillent dans leurs territoires et s’observent les uns les autres.

Le même schéma se reproduit jusqu’à ce que le soleil se lève. En milieu de matinée, les tigres s’en vont enfin dormir et reprendre des forces jusqu’au crépuscule, avant qu’une nouvelle journée ne commence.

Ekaterina Blidchenko

Pour en savoir plus sur le travail d’IFAW pour sauver les derniers tigres sauvages au monde, rendez-vous sur notre page dédiée.

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Nos experts

Dr. Maria (Masha) N. Vorontsova, Directrice Russie et CEI
Directrice Russie et CEI
Responsable du sauvetage d’animaux sauvages, siège d’IFAW
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Grace Ge Gabriel, Asia Regional Director
Directrice régionale Asie
Vivek Menon, Directeur du Wildlife Trust of India, partenaire d'IFAW
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