Procès du Japon devant la CIJ : ne crions pas victoire trop vite

Un membre de l’équipe juridique du gouvernement japonais présente son plaidoyer devant la Cour internationale de Justice. c. ICJ Media CenterEn route pour les Pays-Bas, je profite d’une escale à l’aéroport d’Heathrow pour consulter mon iPhone. Beaucoup d’encre a déjà coulé au sujet de ce procès au pays des antipodes. Depuis plusieurs mois, les spéculations vont bon train, aussi bien du côté des autorités que chez les juristes, les défenseurs des baleines ou encore la petite communauté de partisans de la chasse « scientifique », qui manque rarement une occasion de se faire remarquer.

Le lundi 31 mars à 10 h 00, les 15 juges de la Cour internationale de Justice (CIJ) vont se réunir dans la grande salle de justice du magnifique « Palais de la Paix » de La Haye, aux Pays-Bas, pour rendre leur verdict dans le procès qui oppose l’Australie au Japon.

Ce procès concerne la chasse à la baleine dite « scientifique » que mène le Japon dans les eaux du Sanctuaire baleinier de l’océan Austral, près du pôle Sud. Le gouvernement japonais estime en effet qu’il est en droit de chasser autant de baleines qu’il le souhaite, tant qu’elles sont tuées au nom de la science. L’Australie, la Nouvelle-Zélande et d’autres pays du monde entier dénoncent depuis longtemps cette pratique et exhorte le Japon à cesser le massacre. En juin dernier, après des années de préparation, les meilleures équipes juridiques d’Australie, soutenues par la Nouvelle-Zélande, et du Japon se sont affrontées devant la Cour. Neuf mois plus tard, l’issue du verdict est pour le moins incertaine.

Du verdict final dépend l’avenir des baleines qui vivent dans le Sanctuaire baleinier de l’océan Austral et dans le monde entier. À ce titre, nous devrions tous garder deux choses à l’esprit.

La chasse commerciale à la baleine ne sera pas éradiquée par cette décision de justice.
La décision qui enrayera pour de bon le massacre des baleines à des fins commerciales ne sera pas prise à La Haye. Elle ne sera pas non plus prise par la Commission baleinière internationale (CBI), un organisme intergouvernemental qui a tenté de mettre fin à cette pratique d’un autre âge en l’interdisant complètement en 1986.

Viande de baleine en vente sur un marché japonais. c. IFAW

Ni Washington, ni Londres, ni Canberra, ni Wellington, ni les navires qui se heurtent dans l’océan Austral ne sont en mesure de changer la donne. Seule une action décisive de la part des décisionnaires japonais, norvégiens et islandais est à même de protéger durablement les baleines : l’arrêt de la chasse ne pourra être appliqué sans le consentement et l’approbation de ces trois pays.

Quelle que soit la décision de la Cour, les baleines continueront d’être confrontées à des menaces de plus en plus nombreuses.

Il nous faut condamner l’extrême cruauté de la chasse commerciale à la baleine et ses répercussions irréversibles sur les populations de baleines. Quoi que la Cour décide, IFAW (Fond international pour la protection des animaux) et d’autres organisations engagées dans cette démarche continueront de dénoncer les projets menés aux frais du contribuable pour alimenter cette industrie moribonde et de dévoiler les tentatives de relance du commerce international de la viande de baleine.

Mais pointer du doigt la chasse à la baleine ne suffit pas.

En effet, les baleines et leurs habitats font face à de nombreuses autres menaces que nous ne pouvons pas nous permettre d’ignorer. L’enchevêtrement dans des filets de pêches obsolètes, les collisions avec les bateaux et les navires à grande vitesse, la dégradation des principales zones d’habitat et la pollution acoustique de l’océan sont quelques-unes des grands problématiques du XXIe siècle qui mettent en péril la protection et le bien-être des baleines et d’autres espèces vulnérables de notre planète, y compris la nôtre.
Pour en savoir plus sur les menaces principales auxquelles sont confrontées les baleines et sur les mesures qu’IFAW réclame au gouvernement des États-Unis, cliquez ici.

C’est donc avec impatience que j’attends de monter à bord de mon vol en correspondance pour l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol aux Pays-Bas. En tout, il m’aura fallu presque 24 heures d’avion, de train et de voiture pour rejoindre La Haye et assister à l’audition où j’aurai l’occasion de m’entretenir avec des journalistes, des représentants du gouvernement et des militants d’autres ONG.

Tweets, SMS, articles de blog, e-mails et communiqués de presse… que les nouvelles pour les baleines soient bonnes, mauvaises ou mitigées, l’équipe d’IFAW ne manquera pas de rapporter en détails la décision de la Cour en direct de la grande salle de justice et depuis nos bureaux du monde entier.

L’heure de vérité approche.
Le procès historique qui se trame depuis des années arrive bientôt à son terme. Après plusieurs dizaines d’années de chasse à la baleine menée en Antarctique pour fabriquer des produits dont quasiment personne ne veut, au nom d’une science bafouée, une décision favorable pourrait enfin voir le jour. Toutefois, quoi que la Cour internationale de Justice fasse pour les baleines lundi, ces majestueux mammifères auront encore besoin de nous mardi et tous les jours suivants.

Toute l’équipe d’IFAW vous est infiniment reconnaissante pour votre soutien indéfectible dans ce combat.

Patrick Ramage

Pour plus d’informations sur les efforts que nous consacrons en faveur de la suppression de la chasse à la baleine à des fins commerciales, rendez-vous sur la page Internet de notre campagne.

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Nos experts

Dr. Maria (Masha) N. Vorontsova, Directrice Russie et CEI
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Dr. Ralf (Perry) Sonntag, Directeur national Allemagne
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Isabel McCrea, Directrice régionale Océanie
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Représentante d’IFAW au Japon
Représentante d’IFAW au Japon
Patrick Ramage Directeur du programme Baleines
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Robbie Marsland, Directeur régional, Royaume-Uni
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