Pour la première fois en trois ans, un baleinier islandais part chasser le rorqual commun

Bénévoles déguisés de la campagne « Meet Us Don’t Eat Us » (Venez à notre rencontre, ne nous mangez pas)Je suis arrivé à Reykjavik dimanche à minuit.

J’étais fatigué mais le soleil, lui, ne l’était pas. Il brillait toujours haut dans le ciel et ne semblait pas vouloir se coucher, contrairement à moi.

C’est un triste voyage que j’effectue aujourd’hui. En effet, j’ai bien peur que Kristjan Loftsson, responsable d'une compagnie baleinière islandaise, ne s’apprête, envers et contre tous, à tuer des baleines pour la première fois durant l'un de mes séjours.

Hier, je me suis entretenu avec notre représentant en Islande et avec les opérateurs spécialisés dans l’observation des baleines. Tous s’inquiètent des répercussions de la chasse au rorqual commun et craignent que le ministre des Pêches fraîchement élu ne décrète l’abolition du sanctuaire baleinier étendu, obtenu de haute lutte.

Le ministre étudierait actuellement le sujet…

Cependant, le sanctuaire étendu demeure pour l’heure une réalité et les chasseurs à la baleine de Minke ne peuvent traquer leurs proies que dans des zones très éloignées, comme récemment dans les eaux du Nord, où leur « taux de réussite » reste pour le moins mitigé.

En réalité, leurs seules prises à ce jour proviennent d’une autre zone située au nord-ouest de l’île et réservée à l’observation des baleines, au grand dam des entreprises locales proposant ce type d’excursion.

Les chasseurs à la baleine de Minke convoitent donc précisément les zones où sont organisées ces excursions et tuent les cétacés qui font vivre le secteur des opérateurs.Et ils n’y vont pas par quatre chemins : à l’annonce de la mise en place d’un sanctuaire, les baleiniers se sont plaints en expliquant que 80 % de leurs prises provenaient de ce qui allait devenir une réserve protégée.

La campagne « Meet Us Don’t Eat Us » lancée par le Fonds international pour la protection des animaux a entamé sa troisième saison ce week-end.

Dans le cadre de ce projet, les bénévoles encouragent les touristes en visite sur l’île à boycotter la viande de baleine. Par le passé, on estimait à pas moins de 40 % la part du tourisme dans la consommation de viande de baleine de Minke dans les restaurants locaux.

Les touristes, qui croient souvent que tous les Islandais consomment de la viande de baleine, pensent par conséquent qu’ils peuvent tout à fait en manger « un petit peu » et que cela ne changera rien à la situation.

Or, en réalité, moins de 5 % des Islandais consomment régulièrement de la viande de baleine et plus de 20 baleines sont tuées chaque année pour satisfaire la curiosité des touristes à l’égard d’un aliment qu’il ne leur viendrait jamais à l’esprit de manger à nouveau. D’où le travail de sensibilisation mené auprès des touristes par les bénévoles de la campagne « Meet Us Don’t Eat Us », affublés de deux imposants déguisements de baleine.

Ces derniers exhortent les touristes à signer une carte postale pour marquer leur engagement à ne pas manger de viande de baleine et leur opposition à la chasse dont elle est issue.

À la fin de la saison dernière, le nombre de touristes ayant consommé de la viande de baleine est descendu à 22 %, selon une enquête réalisée auprès des intéressés avant leur départ.

Nous avons bon espoir que l’effet combiné du sanctuaire étendu et de la troisième saison de notre campagne « Meet Us Don’t Eat Us » convaincra les baleiniers que leur activité n’a plus d’avenir.

Si toutefois le nouveau ministre des Pêches abolit le sanctuaire étendu, ses partisans devront composer avec les retombées de notre campagne, et notamment de notre nouvelle offensive, à savoir le boycott revendiqué de la viande de baleine par certains restaurants.

Cette année, nous demanderons pour la première fois aux restaurants ne servant pas de viande de baleine (une majorité d’entre eux à Reykjavik) de le faire savoir aux clients par un sticker.

Nos bénévoles déguisés et nos amis organisateurs d’excursions dédiées à l’observation des baleines inciteront ensuite les touristes à privilégier ces restaurants lorsqu’ils mangent en ville.

À mon deuxième réveil sur l’île, j’ai assisté, impuissant, au départ de l'un des navires baleiniers vieux de 60 ans de Kristjan Loftsson, manifestement bien décidé à poursuivre sa croisade solitaire contre les rorquals communs.

Si lui et son équipage parviennent à attraper une baleine, ils reviendront le lendemain avec leur proie attachée par des sangles au flanc du navire avant de dépecer l’animal dans la station baleinière située plus bas sur la côte, au sud de Reykjavik.

Je serai sur place pour assister à ce spectacle affligeant.

Récemment, on a beaucoup entendu parler en Islande du fait qu’une partie de la viande de rorqual commun issue de la chasse finissait dans la composition d'aliments pour chiens au Japon. En outre, un actionnaire de la compagnie baleinière a pour la première fois regretté publiquement le déficit enregistré par l'entreprise et suggéré qu’elle mette la clé sous la porte. Pour couronner le tout, les autorités néerlandaises ont reçu plus d’un million d’e-mails d’internautes fustigeant l’exploitation du port de Rotterdam à la faveur de l’exportation de viande de rorqual commun de l’Islande vers le Japon.

Malgré l’acharnement des baleiniers à traquer et à tuer les baleines de Minke, et bien que le navire de M. Loftsson sillonne l’océan à l’heure où j’écris ces lignes, un véritable changement des mentalités semble actuellement à l’œuvre en Islande.

Même le journal national a appelé de ses vœux l’arrêt définitif de la chasse à la baleine.

Les organisations touristiques y sont elles aussi farouchement opposées et sont désormais prêtes à donner de la voix.

Les actionnaires de M. Loftsson eux-mêmes commencent à mettre en doute le potentiel du secteur.

Même au pays du soleil de minuit, le voile de la nuit finira par sonner le glas de cette industrie sur le déclin.

Robbie Marsland

Pour plus d’informations sur nos efforts pour mettre un terme à la chasse à la baleine commerciale partout dans le monde, rendez-vous sur la page dédiée à notre campagne.

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Représentante d’IFAW au Japon
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